(Extrait de Th. Simonelli, Günther Anders. De la désuétude
de l’homme, Paris, Éd. du Jasmin, novembre 2004)
Lui non plus n’avait rien produit.
Lui aussi avait simplement servi sa machine.
Lui aussi avait dû se synchroniser à son rythme.
Lui non plus n’était pas concerné par le fait que quelque
chose se réalisât.
Puis, vint la fin de la journée de travail.
(AM 2, p. 75)
[1] Karl Marx,
Manuscrits
de 1844, Paris, Garnier Flammarion, 1996, 3ème manuscrit, « Besoin,
production et travail ».
Ökonomisch-philosophische Manuskripte
aus dem Jahre 1844,
MEW 40, p. 546-547.
[2] Karl Marx,
Travail
salarié et capital, suivi de Salaire, prix et profit, et de Salaire
(extraits), traductions revues par Michel Fagard, Paris, Messidor/Éditions
sociales, 1985, « Cologne, 7 avril ».
Lohnarbeit und
Kapital,
MEW 6, p. 412.
[3] Karl Marx,
Manuscrit
de 1857-1858, texte français établi par Gilbert Badia et
al., introduction et notes Jean-Pierre Lefebvre, Paris, Éditions sociales,
1980, Introduction, partie 2) a1). Karl Marx,
Grundrisse der Kritik der
Politischen Ökonomie (1857-1858), Berlin, Dietz Verlag, 1953, p. 14.
[4] Karl Marx,
op.cit.,
pp. 14-15.
[5] Karl Marx,
Manuscrits
de 1844, Paris, Garnier Flammarion, 1996.
Ökonomisch-politische
Manuskripte,
MEW 40, pp. 474, 548.
[6] La traduction de «
Nachricht » par « nouvelle » n’est
assurément pas fausse. Mais elle se révèle tout à fait
insuffisante.
Nachricht signifie également avis, renseignement
et plus généralement : information. Le terme d’information
semble fournir la meilleure traduction dans la mesure où il rend compte
en même temps de la polysémie du terme de
Nachricht et
du rapport explicite à la théorie de la communication.
[7] Réduire systématiquement
le terme allemand de « Nachricht » à « nouvelle »,
ainsi que le fait la traduction française de l’
Antiquiertheit,
ne rend pas seulement l’argumentation de Anders incompréhensible,
mais en réduit surtout la portée et le sens. À suivre
Anders, le monde produit par la télévision n’est pas le
seul fait du journal de 20 heures, mais surtout celui des émissions
de divertissement qui n’ont
aucun rapport avec les
nouvelles.
[8] Assurément, le
passage du texte original peut prêter à confusion, mais le fait
de supprimer tout simplement une subordonnée explicative n’arrange
rien., alors que dans le contexte et dans la phrase de Anders, la non-présence
même partielle de la chose semble claire ; « la qualité de
l’objet » ou ce « quelque chose que l’on a
détaché de l’objet » (trad. p. 180,
AM,
pp. 156-157) pointe directement dans la direction d’une théorie
de l’émanation. Un tel glissement est tout à fait contraire à l’idée
de Anders.
[9] Sur ce point, Anders
est plus proche de Cassirer que de Heidegger. Voir à ce propos les chapitres
II et III du premier volume de la
Philosophie des formes symboliques. Interrogé sur
qui étaient ses maîtres, Anders répond en effet : « C’étaient
mon père et Ernst Cassirer, ensuite c’étaient Edmund Husserl
et Martin Heidegger [...]. » Elke Schubert (éd),
Günther
Anders antwortet, p. 101.
[10] Dans la traduction
nous lisons : « Le messager est le maître du maître
qui
souhaite apprendre la nouvelle. » (p. 182, je souligne) .
Cette dernière précision est absente du texte original :
dans quelle mesure et pourquoi le maître souhaiterait-il apprendre la
nouvelle ?
Disons que les nouvelles sont mauvaises, car ces petites ‘précisions’ de
la part du traducteur sont plutôt nombreuses dans le texte français.
Et, comme elles ne sont jamais signalées en tant que suppléments
spontanés issus de l’inspiration du traducteur, le lecteur sera
toujours en droit de se demander s’il est en train de lire Anders ou
Christophe David. Seul le texte original lui permettrait de faire la part de
choses.
[11] Étymologiquement,
la traduction par « influence » pourrait d’abord
sembler mieux adaptée. « Influence » serait pertinent
pour jouer du double sens qui résonne dans l’
Einflößung :
le verbe allemand
beinflußen et le nom
Einfluß signifient
justement « influencer » et « influence ».
J’ai néanmoins préféré le terme d’inoculation
pour préserver le sens de l’introduction, de l’intromission
quasi-
organique du produit dans le corps. C’est ce que suppose
l’image de la mère et du nourrisson. Étymologiquement,
la présence de
oculus dans « inoculer » est
un heureux et pertinent hasard puisque les produits inoculés, en l’occurrence,
sont des images.