Eytan Ellenberg
Anti-mondialisation et tiers-mondisme,
une alliance douteuse
Le mouvement anti-mondialisation représenté par des organisations
type ATTAC ou autres expriment, à travers leurs discours et écrits,
une volonté de défendre les pays du tiers-monde des méfaits
de la mondialisation du capitalisme néo-libéral. Cependant, cette
association entre la lutte contre la mondialisation et la critique tiers-mondiste
recèle des contradictions voire des alliances douteuses, notamment dans
l’interprétation partisane du conflit israélo-palestinien.
Une mise à l’écart,
projet mondial
Le rapport aux pays en voie de développement, ce rapport de mise à l’écart,
est confirmé par Chesnais : « la finance désintermédiée
de marché, qu’on dit « mondialisation », est
en réalité fortement excluante. Elle pénalise très
sévèrement les pays en développement au sens strict. »
[1] Cet
oubli sera corrigé par le versement éventuel de la taxe type
Tobin pour « éradiquer la pauvreté extrême. » Les
recettes de la taxe ainsi amassées seront redistribués aux pays
du Sud.
La mise à l’écart des pays en développement se
fait aux moyens de barrières technologiques « en effet, lorsqu’on
considère l’importance des barrières à l’entrée
de type industriel (...), les règles introduites dans le traité de
l’Uruguay Round ont un caractère parfaitement démesuré.
Elles sont une manifestation de puissance politique, ainsi que l’expression
de la volonté d’imposer aux pays pauvres un tribut supplémentaire à côté de
celui que représentent les intérêts de la dette. »
[2] Chesnais
rappelle plus loin que « c’est pour exporter une production
pléthorique autant que pour recycler les « pétrodollars » que
les pays centraux du système mondial ont aidé, voire incité,
les pays du tiers monde à accumuler une dette extérieure gigantesque
qui allait devenir un insupportable fardeau. (...) Comme toujours, ce sont
les classes opprimées qui ont eu à le supporter en premier. »
[3]Au
cours du récent colloque des intellectuels juifs de langue française
sur l’éthique du Jubilé, certains intervenants ont parlé de « dette
insupportable ». L’économiste Daniel Cohen précisait
cependant que le règlement simple de cette dette n’aurait aucune
utilité sans une « conversion démocratique » des
Pays du Sud.
Pour Ramonet, nous retrouvons un modèle archipel où les « îles,
de plus en plus nombreuses, de pauvres, d’exclus au nord ; Îlots,
de plus en plus concentrés, de riches, de nantis au Sud. »
[4] Les
réseaux de la mondialisation creusent le fossé Nord / Sud, « cette
marchandisation généralisée des mots et des choses, des
corps et des esprits, de la nature et de la culture, provoque une aggravation
des inégalités. » L’ « économie
d’archipel » de P. Veltz ou la « techno-apartheid » de
Petrella renvoie à l’idée d’un réseau qui
divise. Le réseau hiérarchise l’espace « conduisant à une
polarisation toujours plus grande entre le(s) centre(s) et le(s) périphérie(s)(...)
Le rassemblement autour de pôles et l’organisation de l’économie
mondiale en réseaux de pôle à pôle, au détriment
des espaces intermédiaires moins bien dotés et donc exposés à la
marginalisation et à la désertification, sont porteurs d’un
risque de dualisation de l’économie mondiale et d’une géographie
sociale à deux vitesses. »
[5] Cette
polarisation Nord-Sud n’est pas défendue par des auteurs comme
Castells qui, eux, renvoient à une plus grande fragmentation et une
polarisation plus fine : « le processus fondamental que vit
ce que l’on appelle tiers-monde est sa désintégration en
tant qu’entité relativement homogène. La Corée du
Sud ou Singapour sont plus proches de l’Europe en termes de développement économique
et social que des Philippines ou de l’Indonésie. Mais encore plus
important est le fait que Sao Paulo soit plus éloigné socialement
de Recife que de Madrid. (...) De la sorte, le commencement de l’histoire
se produit dans des conditions de ségrégation d’une partie
importante de la population de la planète, non pas dans les termes dangereusement
simplifiés du Nord contre le Sud, mais d’une façon plus
complexe et plus insidieuse. »
[6]
Pour S.Amin, les sociétés contemporaines sont intégrées
dans le système mondial mais, le centre est constitué par les économies
industrialisés tandis que la périphérie est formée
des pays non industrialisés. La périphérie souhaite être
intégrée à la mondialisation de peur d’être
marginalisée. Le niveau inégal de développement économique
s’explique par l’intégration de la périphérie à l’économie
capitaliste. Ce n’est qu’une question de retard à rattraper,
pas de non-connexion constitutionnelle ou coupable mais de connexion retardée.
( S.Amin, L’accumulation à l’échelle mondiale, Paris,
Anthropos, IFAN, 1969 et passim.)
Pour le prix Nobel d’économie, Amartya Sen, la globalisation
a eu des effets positifs et la solution à la pauvreté des pays
du Sud se situe plus dans l’accès à la démocratie
qu’à la pénalisation de la mondialisation : « l’idée
que l’ouverture économique a apporté richesses et prospérité à de
nombreuses régions du monde n’est plus à démontrer.
Et ce n’est certainement pas en les privant des bienfaits engendrés
par le commerce et le progrès technologique – sur lesquels s’est
fondé l’essor des nations les plus développées – que
nous améliorerons le sort des plus pauvres. C’est pourquoi nous
devons réaffirmer avec force tout ce que l’économie ouverte
sur le monde recèle de promesses. Sans, pour autant, négliger
les immenses inégalités qui défigurent la planète
et subsistent dans chaque pays, même au sein des nations prospères.
(...) Dans un régime non démocratique, les membres du gouvernement
de la classe dirigeante – militaires, dignitaires du parti au pouvoir,
hauts fonctionnaires et autres privilégiés – ne courent
aucun risque de manquer eux-mêmes de quoi que ce soit. Conséquence :
ils ne sont pas réellement incités à agir préventivement.
Et c’est pourquoi, je le répète, la présence d’un
régime démocratique constitue, bien souvent, la meilleure protection
contre le péril de la faim. » Et comme alternative à la
taxe Tobin, Amartya Sen confirme l’intérêt des « micro-crédits » (
système de prêt qui permet aux populations pauvres d’accéder
au crédit. Ces prêts portent sur des petits montants et sont accordés
sans caution. L’inventeur du micro-crédit est l’économiste
bangladais Muhammad Yunus, qui a fondé, sur ce principe, en 1997, la
Grameen Bank) : « Le micro-crédit est certainement l’une
des expériences les plus intéressantes qui ait vu le jour dans
les pays pauvres au cours de ces dernières années. Si ce mouvement
a connu une telle réussite, c’est parce qu’il permet d’associer à la
vie du marché, et de manière responsable, des gens qui en étaient
traditionnellement exclus (...) La grande force d’une innovation telle
que le micro-crédit est d’assurer l’émancipation
des plus déshérités en mettant un terme à leur
exclusion des circuits productifs de l’économie et de la société»
[7] (Amartya).
Sen suit parfaitement la doctrine de la Banque Mondiale qui pose l’idée
de gouvernance démocratique réelle comme facteur de développement.
La mondialisation exclut également au Nord : « les
fractures à l’intérieur des sociétés du Nord
font renaître une périphérie démunie, au centre
même du système international. Tout se passe comme si les solutions
délibérées à l’échelle internationale
tenaient ces exclus du centre comme une donnée désormais intangible
de l’économie internationale, un point fixe dont il convient se
s’accommoder, un îlot de « monde inutile » au
sein du « monde utile ». »
[8] Pour
Mattelart, il existe aussi une économie d’archipel : « Dans
la réalité, la technique et ses réseaux n’ont cessé,
depuis le début du XIXème siècle, de creuser les écarts
et les dissociations entre les mondes sociaux (...) cette loi de l’échange
inégal et de la hiérarchisation du système mondial reste
une donnée essentielle pour analyser les rapports entre les économies,
les sociétés, les cultures. Ce sont ces logiques d’exclusion
dont tente de rendre compte aujourd’hui la notion de « communication-monde »,
notion qui restaure l’histoire sur le devant de la scène. Partout,
des formes inédites de concurrence opposent les territoires entre eux
et produisent des usages différenciés de ceux-ci. Une « économie
d’archipel » se forme avec ses mégapoles d ‘excellence
technologique, lieux nodaux des marchés et des réseaux mondiaux. »
[9] Le
sous-comandant Marcos, source d’inspiration d’Ignacio Ramonet (qui
lui a consacré un ouvrage) va également dans ce sens : « la
suppression des frontières commerciales, l’explosion des télécommunications,
les autoroutes de l’information, la puissance des marchés financiers,
les accords internationaux de libre-échange, tout cela contribue à détruire
les Etats-nations. Paradoxalement, la mondialisation a produit un monde fragmenté,
fait de compartiments étanches à peine reliés par des
passerelles économiques. Un monde de miroirs brisés qui reflètent
l’inutile unité mondiale du puzzle néo-libéral...Le
néo-libéralisme ne fragmente pas seulement le monde qu’il
voudrait unifier, il produit également le centre politico-économique
qui dirige cette guerre. Il est urgent de parler de la mégapolitique. »
[10]
Il existe ainsi deux types d’exclusion : celle qui sépare
centre et périphéries et celle qui sépare les connectés
aux non-connectés au réseau, qu’ils soient au centre ou à la
périphérie. Ainsi, « dans cette version du paradigme
de l’exclusion est inclus celui qui est connecté, relié à d’autres – personnes
ou instances de niveau plus élevé tels que administrations, familles,
entreprises – par des liens multiples et diversifiés. Est, au
contraire, exclu celui qui a vu les liens qui le rattachaient aux autres se
rompre et qui a été ainsi rejeté aux marges du réseau,
là où les êtres perdent toute visibilité, toute
nécessité et, quasiment, toute existence. Ainsi, par exemple,
dans l’élaboration par Robert Castel (1994) de la notion de désaffiliation – sans
contexte la plus importante contribution récente à l’analyse
des phénomènes de marginalisation sociale -, l’exclusion,
comme son contraire, l’insertion, font indirectement référence
aux formes du lien social dans un monde conçu sur le mode du réseau.
L’individu désaffilié est celui dont les connexions se
sont rompues les unes après les autres, qui n’est plus inséré dans
aucun réseau, qui n’est plus rattaché à aucune des
chaînes dont l’enchevêtrement constitue le lien social et
qui est par là « inutile au monde ». »
[11]
Hétérogénéité de la mondialisation, « la
globalisation de l’économie mondiale ne suit donc pas du tout
un principe unique et universel. Tandis que les anciens pays prospères
prônent le retrait de l’État et accordent de plus en plus
de place aux forces du marché, les nouveaux pays en expansion font exactement
l’inverse. »
[12]
Une critique tiers-mondiste aux œillères intellectuelles
Le réseau-mondialisation est donc situé au-dessus des États
démocratiques les pervertissant. Ce faisant, il exclut les pays du Sud.
La critique est donc toujours celle d’une domination Nord-Sud. ATTAC
tend à déculpabiliser les démocraties occidentales en
faisant porter la responsabilité de la situation sur le marché et
déresponsabilise certains gouvernements ou dictatures du sud se refusant
d’œuvrer pour le bien de leur population. La critique reste donc
tiers-mondiste. Michalet nous indique, en passant, dans son ouvrage Le capitalisme
Mondial que « les pays pétroliers qui sont des prêteurs
nets sur le marché international sont à ranger dans le camp des
pays impérialistes. »
[13]Les
discours oublient souvent cette donnée. Certains Pays du Sud ou considérés
comme tels par un discours tiers-mondiste font souvent passer les dictatures
du Proche-orient ou d’Afrique pour des pays pauvres mais ils sont surtout
menés par des personnes peu intéressé par leur peuple.
Garantir l’amélioration des conditions des pays du sud sur
la simple disparition de la mondialisation, telle qu’elle est décrite,
semble difficile à prouver. La vision tiers-mondiste a souvent comme
défaut l’absence d’autocritique des responsables des pays
que l’on défend. Aussi, la mondialisation n’est pas forcément
que destructrice mais peut être aussi créatrice. Ce point n’est
jamais souligné, le tableau reste noir. Ainsi à l’instar
de Tobin ou Sen, Michalet souligne : « l’impact sur l’emploi
dans les économies moins développées est généralement
conçu comme positif. Les inquiétudes des syndicats dans les pays
industrialisés en face du job export entraîné par la multinationalisation
accélérée constituent une indication pouvant être
interprétée en ce sens (...) La plupart des études montrent
que les salaires versés par les FMN sont supérieurs à ceux
versés dans les entreprises locales (...) Mais il faut ajouter immédiatement
que dans tous les cas, la productivité du travail présente un écart
constamment plus grand. Le taux d’exploitation est donc finalement plus élevé dans
les filiales que dans les entreprises locales. Cette constatation recoupe l’observation
déjà faite, selon laquelle les différences de productivité du
travail entre les unités du Groupe situées dans les pays d’origine
et d’accueil sont minimes alors que les écarts de salaires sont
très marqués. Il s’agit là d’un facteur important
de la multinationalisation. »
[14] Cependant,
même un ancien dirigeant de la Banque Mondiale, Joseph E. Stiglitz, Prix
Nobel d’économie 2001 et professeur d’économie à l’université de
Columbia, réactive la grille colonialiste : « L’après-guerre
a vu s’estomper l’influence des anciennes puissances coloniales,
mais la mentalité colonialiste est restée – la certitude
de savoir mieux que les pays en développement ce qui est bon pour eux. »
[15]
Cette critique tiers-mondiste fut également celle de François
Mitterrand, en octobre 1981, lors du sommet Nord/Sud de Cancun ( Mexique) où il
avait affirmé que « le marché libre ne permet d’autre
croissance que celle des firmes multinationales qui créent dans le Tiers-Monde
des flots de richesse dans un océan de misère. »
[16] Mattelart
précise bien que la volonté de certains pays du Sud à acquérir
leur indépendance existe et a montré son efficacité. Prenant
l’exemple de l’Inde et du Brésil, il assure que « limitant
les conditions d’accès de leur propre marché aux grands
constructeurs étrangers, ils nouent des alliances avec des firmes qui
acceptent de négocier le transfert de leur savoir-faire en vue d’un
acheminement progressif vers l’indépendance technologique nationale. »
[17] La
technique soumet mais sépare également. Qui la possède
dépasse l’autre et ici le Nord possède la technique tandis
que le Sud en est dépossédé. Cette vision est, nous l’avons
vu, troublé par la possibilité qu’ont les pays du Sud à rivaliser.
Cependant, la vision tiers-mondiste est scotomisée et n’entrevoit
que la domination de la mondialisation économique. Cette soumission
et cette domination sont portées par la logique intrinsèque de
la mondialisation : « la pauvreté dans le monde est la
résultante des logiques excluantes et prédatrices sous-jacentes à l’actuelle
mondialisation de l’économie de marché libéralisée,
déréglementée, privatisée et compétitive. »
[18]
Il est ainsi mis de côté l’action des dictateurs au pouvoir.
Daniel Cohen rappelait récemment qu’un dictateur comme Mobutu
possédait dans ses coffres en Suisse autant d’argent que ce que
représente la dette de son pays ! Certaines critiques qui tendent à rééquilibrer
les flux financiers voient de bon œil une réforme fondamentalement
démocratique des pays en sous-développement et, surtout, une
prise de conscience de la tyrannie qui y règne souvent. Ainsi, le chercheur
vénézuélien Osvaldo Capriles notait en 1980 qu’ « il
y a une prédominance excessive du tiers-mondisme comme justification à outrance
qui ne paraît pas distinguer toujours entre État démocratique
et progressiste d’une part, et d’autre part, les États totalitaires
ou réactionnaires. C’est ainsi que des pays à régime
féodal, ennemis des droits de l’homme, apparaissent aux côtés
de pays qui s’efforcent réellement d’avancer dans la libération économique,
politique et culturelle de leur peuple. Beaucoup de pays d’Amérique
latine et du tiers- monde ont utilisé le nouvel ordre international
de l’information comme une « fuite en avant » pour
abandonner le terrain exigeant et donc dangereux des politiques nationales,
arguant de la priorité du plan international. La défense enflammée
d’un nouvel ordre économique, d’un nouvel ordre de l’information,
d’un nouvel ordre technologique est, souvent, un masque heureux pour
maintenir la situation intérieure inchangée. »
[19]
Des dynamiques inquiétantes
La mise à l’écart de pays du Sud de la mondialisation
entraîne par un effet inverse l’engagement de ces pays dans des
dynamiques inquiétantes. Cette conclusion sociologise la violence et
la corruption sur le dos de l’exclusion du Nord : « la
relégation de la plupart des pays du Sud à l’état
de « monde inutile » suscite plusieurs dynamiques qui,
paradoxalement, aggravent à la fois dépendance et désordre.(...)
le désordre qui se crée à la périphérie
du système international est générateur de conflits de
toute nature. »
[20] Le
réseau de la mondialisation, par sa structure excluante, est à l’origine
de mouvements dangereux. En tout cas, ceci est l’avis de Castells : « il
est significatif que l’intégrisme, qu’il soit islamique
ou chrétien, se répand et continuera de se répandre dans
le monde entier tandis que les réseaux planétaires de richesse
et de pouvoir relient les points nodaux et les individus sur toute la planète
tout en déconnectant et excluant de larges secteurs des sociétés,
des régions, voire des pays entiers.(...) Lorsque le réseau déconnecte
le Moi, ce dernier, individuel ou collectif, se cherche un sens loin des références
planétaires : la déconnexion devient réciproque après
que l’exclu a refusé la logique univoque de domination structurelle
et d’exclusion sociale. »
[21]
La mondialisation est économique et réticulaire. Elle domine
le monde. Ses réseaux techniques sont ses outils. Mais qui domine ces
réseaux domine alors le monde. Ce constat devrait exclure par la catégorisation
réticulaire la présence d’un centre au commande. Pourtant,
une tentative de hiérarchisation est déjà apparue par
l’exclusion des pays du Sud. Mais une autre hiérarchisation apparaît
dans les discours : celle d’une domination par les États-Unis,
véritable marionnettiste des réseaux du capital.
Une contradiction qui pèse lourd
La relation aux pays du tiers-monde est réellement problématique
pour les mouvements anti-mondialisation. En effet, d’un côté,
ces pays veulent à tout prix exporter pour faire fonctionner leur économie
et profiter des investissements étrangers et, de l’autre, des
barrières douanières sont mises en place pour éviter le
chômage inévitablement consécutif à une production
moins chère dans ces pays du Sud. Si dans les années 60 et 70
la guerre contre l’impérialisme fonctionnait en accord avec les
pays en voie de développement qui se battaient pour sortir de la colonisation,
aujourd’hui, ce discours est moins pertinent du fait que ces mêmes
pays adhèrent, pour leur survie, à une idéologie libérale.
Le discours qui se centre sur l’utilisation des enfants pour fabriquer
des chaussures (voir Naomi Klein) en fait perturbe les grandes firmes car ce
n’est pas bon pour leur image mais ces sous-traitants ne sont pas des
entreprises de la grande firme, ils n’ont pratiquement aucun lien. D’après
Charles Albert Michalet, ces pays en voie de développement sont en majorité contre
ces lois sociales à l’OMC et surtout les pays d’Asie.
Le combat d’un Bové est celui d’un agriculteur français
qui protège par un ultra-protectionnisme exacerbé ses produits.
En fait, Bové est plutôt illogique à Porto Alegre, sa lutte
pour le roquefort français n’est pas franchement positif pour
les pays en voie de développement. Ces pays ont adhéré aux
idées néo-libérales, souhaitent attirer des investissements étrangers
et pouvoir exporter et c’est bien ce qu’a montré Lula en
allant de Porto Alegre à Davos. De plus, c’est bien chez Georges
Bush que ce même Lula a effectué un de ses premiers voyages.
Vouloir développer les pays du tiers-monde c’est accepter qu’ils
exportent et acceptent les investissements étrangers. Comment cela est-il
possible si l’on se bat pour un protectionnisme de l’autre côté ?
En fait, accepter le développement du tiers-monde, c’est aussi
accepter le chômage dans les pays du Nord.
Le dernier Rapport sur l’investissement dans le Monde, 2002 de la
Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement
précise bien que les « responsables qui souhaitent promouvoir
le développement de leur pays doivent en particulier chercher à améliorer
sa compétitivité à l’exportation. cette compétitivité se
traduit par une augmentation de la part du marché mondial, mais elle
ne se limite pas à cela. Elle implique une diversification de la composition
des exportations, une accélération durable du taux de croissance
des exportations, une augmentation de l’intensité de technologie
et de compétence des activités exportatrices et une diversification
et un renforcement des industries nationales capables de soutenir la concurrence
internationale, de façon que les gains de compétitivité soient
durables et s’accompagnent d’une hausse des revenus. »
[22]
Finalement ce rapport introduit l’idée selon laquelle l’accès
des pays en voie de développement aux réseaux internationaux
de production a deux faces : « l’évolution des
stratégies d’entreprise et des systèmes de production offre
aux pays en développement et en transition de nouvelles possibilités
de pénétrer dans des activités à forte intensité de
technologie et à vocation exportatrice, qui auraient été inaccessibles
sans cela, et de s’intégrer dans des réseaux internationaux
de production. En même temps, les normes de plus en plus rigoureuses
appliquées aux fournisseurs créent des obstacles à l’entrée
pour les petits fournisseurs inexpérimentés des pays en développement
et en transition qui ne possèdent pas les capacités et les avantages
compétitifs qu’exigent les systèmes de production modernes. »
[23] Le
rapport rajoute, en forme de maxime, tout au long que « l’expansion
des exportations est un moyen et que le développement est la fin. »
Palestiniens et anti-mondialistes
Bové, Halimi et les autres
Si l’on regarde de plus près les membres du bureau d’ATTAC,
on se rend compte qu’ils ont chacun, à leur manière, témoigner
de leur soutien sans failles aux Palestiniens. José Bové s’est
rendu à Ramallah pour soutenir Arafat dans son Quartier Général
et qu’à son retour, emmitouflé d’un Keffieh, il a
accusé le Mossad israélien d’être à l’origine
de la vague d’antisémitisme !
Gisèle Halimi, elle par contre, tente désespérément
de pouvoir défendre Marwan Barghouti, terroriste palestinien accusé du
meurtre de centaines d’israéliens !
Daniel Mermet anima une émission de radio « Là-bas
si j’y suis » en juin 2001 depuis la Bande de Gaza et fut accusé de
propager la haine par la diffusion de réactions d’auditeurs incontrôlés
avec à la barre pour témoigner contre lui : Alain Finkielkraut,
Roger Cukierman et Alexandre Adler. A la mort d’un terroriste palestinien
par une explosion trop précoce de sa ceinture, Daniel Mermet conclut
qu’il était mort trop tôt ! à l’issue
de l’audience, aucune peine n’avait été requise contre
M.Mermet par le procureur.
Ignacio Ramonet, quant à lui, dans ses ouvrages et articles du Monde
Diplomatique n’est pas non plus en reste.
Comment comprendre le lien existant entre la lutte contre les méfaits
de la mondialisation et la lutte des Palestiniens ? Question embarrassante.
Je l’ai posée à Alain Gresh (auteur récemment d’un
livre sur le conflit «israélo-palestinien Israël – Palestine,
vérités sur un conflit, Fayard, Paris, 2001 et 2002) et il l’a
péniblement évitée. C’est le cas des articles que
j’ai pu lire sur leur site. La seule justification est celle-ci : « finalement
que ce soit dans la lutte du peuple palestinien ou dans l’émancipation
de la société civile sud-américaine, c’est le même
combat qui est mené contre un même modèle »
[24], « il était
normal qu’un mouvement qui se réclame du droit des gens à se
réapproprier leur avenir se retrouve aux côtés des Palestiniens
vivant sous l’occupation »
[25].
Ainsi le combat des Palestiniens est un combat global et non purement local : « Le
combat des Palestiniens,– notre présence ici, au palais présidentiel
de Ramallah (Moukat’a) en tant que missions civiles pour la protection
du peuple palestinien, en est un signe – n’est pas seulement un
combat local. Il s’inscrit dans un combat global à l’échelle
de la planète, un combat qui appartient à tout le monde, donc
n’importe qui – par exemple nous, des militants de différents
horizons, humbles, mais qui d’une certaine façon représentent
les visages politiques multiples du mouvement social mondial. Étudiants,
paysans, enseignants, chômeurs...nous croyons en de nouvelles formes
de solidarité, de mobilisation et de luttes civiles. Nous croyons qu’un
autre monde est possible. Si nous sommes les pacifistes, qui sont les terroristes. »
[26]
Fond « léniniste»
Le soutien sans failles à la cause palestinienne peut relever d’un
fond « léniniste» aux revendications anti-mondialisation.
En effet, s’associer à la cause palestinienne n’a pas de
rapport évident avec la cause anti-mondialisation. Mais à l’évidence,
pour les tenants de la lutte anti-mondialisation, le rapport est clair. Naomi
Klein, l’auteur de No Logo , véritable manifeste anti-mondialisation
reprend la même dialectique : « Despite easy labels like « anti-globalisation »,
the trade-related protests of the past three years have all been about self-détermination :
the right of people everywhere to decide how best to organize their societies
and economies, whether that means introducing land reform in Brazil, or producing
generic Aids drugs in India or, indeed, resisting an occupying force in Palestine »
[27] Cette
association idéologique anticolonialiste et anti-impérialiste
capitalise se retrouve chez Boukharine : « L’Internationale,
qui subordonnera les intérêts dits nationaux aux intérêts
de la révolution mondiale, réalisera l’entraide des prolétaires
des différents pays (...), soutiendra les peuples exploités des
colonies dans leur lutte contre l’impérialisme, afin de hâter
l’effondrement du système impérialiste mondial. »
[28] Pour
Mattelart, « dans ce nouveau combat à dimension planétaire,
la lutte des colonies n’est plus seulement une lutte pour la libération
nationale, mais une lutte pour la libération sociale. »
[29] L’orientation
pro-palestinienne et anticolonialiste en général s’accordent
ici très bien avec des revendications anti-impérialistes, autant économiques
que territoriales. Mattelart insiste bien, dans son ouvrage Histoire de l’utopie
planétaire sur l’anti-impérialisme comme grille de lecture.
Anti-impérialisme s’associe souvent à antiaméricanisme
et ce dernier, chez les hommes des Lumières, s’associe à l’anticolonialisme : « déprécier
le pays, dénigrer ses habitants : autant de manières de
sauver ce qui peut l’être en dissuadant la colonisation. »
[30] Ainsi
Roger reprenant les thèses de Gaillard et, dans l’Aristocratie
en Amérique, rappelle cette association : « aujourd’hui
le Mexique, demain le monde. Telle est la vraie, la seule maxime de cette république
impériale et marchande, impériale parce que marchande, aux yeux
dessillés de son ancien admirateur. »
[31] Armand
Mattelard, dans un autre ouvrage La communication-monde reprend la dialectique
colonisation et réticularisation, associant le concept de réseau
au mouvement « libérateur », ainsi, « cette
guerre de minorité qui oppose le « mouvement » à l’État
régulier peut aussi être lue comme la métaphore d’un
modèle de communication : le réseau complexe de relations
contre le système du commandement centralisé et vertical, la
déterritorialisation de l’espace stratégique contre sa
territorialisation, l’espace nomade contre l’espace sédentaire. »
[32]
Si l’on relit certains textes publiés par ATTAC sur son site
internet, on se rend compte de la violence des assertions. En effet, Alain
Gresh entreprend de donner aux adhérents d’ATTAC les moyens de
comprendre le conflit israélo-palestinien en formulant les vérités
sur ce conflit, ou plutôt « sa vérité ».
Que penser de cette phrase qui relance la thèse selon laquelle les Palestiniens
ont souffert et souffrent toujours de la Shoah : « mais ce sont
les Palestiniens qui ont payé le prix d’un crime qu’ils
n’avaient pas commis et dans lequel ils ne portaient aucune responsabilité. » C’est
une thèse largement avancée dans les pays arabes ainsi que celle
du complot ourdi par les juifs en relation avec les nazis (Thèse d’histoire
d’Abou Mazen, premier Ministre palestinien), réactualisant quelque
peu les protocoles des sages de Sion qu’il est possible d’obtenir
sur un site consacré à l’anti-mondialisation (indymedia.org) !
Au complot des juifs contre le monde, une autres thèse est soulevée :
celle du complot des juifs contre eux-mêmes. En effet, circulent dans
divers articles l’idée selon laquelle l’antisémitisme
qui sévit de nos jours en France est utilisé par le Premier Ministre
israélien Ariel Sharon pour asseoir son dessein politique. Laissons
de côté les assertions antisémites affligeantes de José Bové pour
qui le Mossad – le service secret israélien – est à l’origine
des attentats de synagogues en France !Citons Alain Gresh : « ceci étant
rappelé avec force, il faut dénoncer le fait que certains se
drapent derrière la solidarité avec le peuple palestinien pour
développer des mots d’ordre et des analyses antisémites.
Nous devons les dénoncer sans concession. A la fois pour des raisons
de principe – la condamnation de toute forme de racisme, qui constitue
une des principes mêmes du mouvement antimondialisation – et aussi
parce que les antisémites sont les meilleurs alliés de la politique
de Sharon qui se sert d’eux pour « souder », autour
du gouvernement israélien, les juifs du monde et une partie de l’opinion
publique. »
[33]
Cette thèse est également reprise par Naomi Klein dans un
article intitulé en anglais « Sharon’s best weapon »,
titre qui sera modifié après traduction dans le journal d’ATTAC
par « de vieilles haines nourries par la peur ». Si le
début de l’article se soucie d’une alliance à éviter
entre soutien aux Palestiniens et antisémitisme, la suite laisse un
peu pantois. Ainsi peut-on lire
[34] : « la
haine des juifs est un puissant outil politique entre les mains de la droite
en Europe et en Israël. Pour M. Le Pen, l’antisémitisme est
une aubaine, qui contribue à faire grimper son pourcentage d’électeurs
de 10 à 17% en une semaine. Pour Ariel Sharon, c’est la crainte
de l’antisémitisme, réelle et imaginaire (sic), qui est
l’arme. M. Sharon se plaît à dire qu’il affronte les
terroristes pour montrer qu’il n’a pas peur. Mais en réalité,
sa politique est mue par la peur. Son grand talent est de parfaitement comprendre
les profondeurs de la peur juive d’un nouvel holocauste. Il sait établir
les parallèles entre l’anxiété que l’antisémitisme
suscite parme les juifs et les craintes américaines du terrorisme. Et
il est passé maître dans l’art d’exploiter l’ensemble
de ces peurs pour servir ses desseins politiques (...) C’est précisément
parce que l’antisémitisme est utilisé par des gens comme
M.Sharon qu’il faut se réapproprier la lutte contre lui.»
Un autre point intéressant à souligner est la légitimation
des activités terroristes des Palestiniens sous couvert...du droit international.
En effet, Alain Gresh nous indique qu la Convention de Genève permet
la continuation des actes de « résistance » : « de
ce point de vue, il ne fait aucun doute que les Palestiniens ont le droit d’utiliser
la violence dans leur lutte. (...) Quoi que l’on pense du Hezbollah,
celui-ci a mené une résistance armée légitime au
Liban Sud contre les soldats israéliens qui occupaient une partie du
territoire libanais. » Ce point est développé également
par Paul Nicholson (dirigeant de la Via Campesina) et F. Weiser, deux militants
présents dans le Bureau d’Arafat : « ultime mensonge
israélien, cette tentative permanente de criminaliser le droit des Palestiniens à la
résistance. Or la résistance à l’oppression et l’occupation
s’inscrit comme un droit et un devoir (sic) dans cette même convention
de Genève. »
[35]
Finalement la réelle question à se poser est celle ou non
d’une résurgence d’une judéophobie spécifique à ces
mouvements. Pierre-André Taguieff pose que la judéophobie se
fonde sur un amalgame ente juifs et « sionistes », un « antisionisme
absolu » : « la nouvelle judéophobie se fonde
sur un amalgame polémique entre juifs, israéliens et <sionistes>,
ces derniers étant fantasmés comme les représentants d’une
puissance maléfique, et elle se constitue autour d’un noyeau idéologique
bien défini : ce que j’ai appelé l’antisionisme
absolu qui, sur la base d’une déligitimation sans réserve
de l’État d’israël, prône ouvertement ou non
son démantèlement, ou sa construction violente. » Ainsi,
selon Pierre-André Taguieff, « il ne faut pas confondre les
résurgences ou les recyclages du vieil antisémitisme ethno-nationaliste
et les formes d’émergence et d’expansion de la nouvelle
judéophobie planétaire, dont les principaux vecteurs sont la
propagande des réseaux islamistes et la démagogie des nouveaux
gauchistes (néo-communistes activistes de l’ <antimondialisation >,
trotskistes, anarchistes), exploitant tous massivement la <cause palestinienne> »
[36].
Ainsi, lors de nombreuses manifestations pro-palestiniennes, nous avons pu
voir des militants d’ATTAC aux côtés d’islamistes
du Hezbollah, mouvement terroriste libanais, et d’autre criant des slogans « mort
aux juifs « » ou « Bush Sharon assassins »...En
résumé, pour Taguieff « l’islamo-palestinisme
est l’opium des peuples européens. »
On le voit, le mouvement anti-mondialisation consacre une place importante
dans ses critiques à celle de l’ « oppression » du
tiers-monde par les réseaux sataniques de la mondialisation. Elle recèle
pourtant des contradictions logiques et des alliances douteuses qui ne permettent
pas d’envisager une critique saine du phénomène de la mondialisation.
[1] F.Chesnais, op. cit., p.55
[2] F.Chesnais, op. cit., p.188
[3] F.Chesnais, op. cit., p.268
[4] I.Ramonet, Géopolitique
..., p.266
[5] A.Mattelart, La mondialisation
..., pp.100-101
[6] M.Castells, « le commencement
de l’histoire », Le socialisme du futur, Paris, Vol. 1, n°2,
1990. cité in A. Mattelart, La communication-monde : histoire des
idées et des stratégies, La Découverte, Paris, 1999,p.284
[7] H.Lepage, B.Adès, « pour
en finir avec l’économisme, entretien avec Amartya Sen », Politique
internationale, n°92, été 2001.
[8] B.Badie, M.C.Smouts, op. cit.,
p. 213
[9] A. Mattelart, Histoire de l’utopie
planétaire : de la cité prophétique à la société globale, éditions
la Découverte, Paris, 1999, pp. 368-369
[10] sous-commandant Marcos, « La
quatrième guerre mondiale a commencé », Le Monde diplomatique,
Paris, Août 1997, p.5
[11] L.Boltanski, E.Chiapello, Le
nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, p.428
[12] H.P. Martin, H.Schumann, op.
cit., p. 190
[13] C.A. Michalet, op. cit.,
p.264
[14] C.A. Michalet, op. cit.,
pp.200-201
[15]J.E.Stiglitz, « FMI,
la preuve par l’Éthiopie », Le Monde Diplomatique, avril
2002, pp.10-11
[16] Cité in. A.Matellart, La
mondialisation ..., p.76.
[17] A.Matellart, La mondialisation
..., p.77.
[18] R.Petrella, op. cit., p.59
[19] O.Capriles, « From
National communication Policies to the New International Information Order :
The role of Research », in New structures of international communication?
The role of research, Papers from the 1980 Caracas conference, International
Association for Mass communication Research (IAMCR-AIERI), Adams Bros. & shardlow,
Leicester, 1982, pp. 36-37
[20] B.Badie, M.C.Smouts, op.
cit., pp. 210-211
[21] M.Castells, la société ...,
p. 47
[22] Conférence des Nations
Unies sur le commerce et le développement, Note au Rapport sur l’investissement
dans le Monde 2002 : sociétés transnationales et compétitivité à l’exportation, p.14
[23] Conférence des Nations
Unies sur le commerce et le développement, Note au Rapport sur l’investissement
dans le Monde 2002 : sociétés transnationales et compétitivité à l’exportation, p.18
[24] G.Bertrand, « Le
monde arabe présent à Porto Alegre », ATTAC –FSM
2002, 1er février, vu le 14 mars 2003 sur
http://attac.org/fsm2002/0102/article/arabe.htm
[25] A.Gresh, « Le mouvement
antimondialisation libérale et la Palestine », Le courriel
d’information, N°367, mardi 01octobre 2002 ,pp. 1-9.
[26] P.Nicholson, F.Weiser, « De
Seattle à la Palestine en passant par Porto Alegre. Un autre monde est
possible », Couriel d’information, n°326, pp. 8-9
[27] N. Klein, “Sharon’s
Best weapon”, The Guardian , April 25 2002.
[28] Cité in P.Broué, Histoire
de l’internationale communiste, 1919-1943, Fayard, Paris, 1977, p.86
[29] A. Mattelart, Histoire de ...,
p. 273
[30] P.Roger op. cit., p.25
[31] P.Roger, op. cit., p.154
[32]A. Mattelart, La communication-...,p
.118
[34] N.Klein, « De
vieilles haines nourries par la peur », trad. Christine mercier, Courriel
d’information, n°328, pp. 1-3
[35] P.Nicholson, F.Weiser, op.
cit
[36] P-A. Taguieff, « La
guerre contre les juifs est aujourd’hui conduite par les mouvances qui
désignent la démocratie libérale, clairement ou non, comme
leur ennemi », L’Arche, n°535, septembre 2002
