Annie Petit
(Université Paul-Valéry–Montpellier III)
Des sciences positives à la politique positiviste
(Paru dans Auguste Comte. Trajectoires du positivisme,
Paris, L'Harmattan, 2003)
Le terme « positivisme » est une mine d'ambiguïtés :
il y a celui du fondateur Auguste Comte, celui des ses disciples plus ou moins
fidèles, et multiples variantes au siècle suivant sur lesquelles
on n'en finit pas de disputer. Du coup, en parlant de positivisme ou en décernant
à telle ou telle attitude l'étiquette de « positiviste »,
on souligne des traits divers : parfois, c'est le caractère systématique
des propos – revendiqué hautement par le fondateur – ;
ou les prétentions de scientificité – mais elle peuvent
afficher bien des critères – ; ou les visées de réforme
politico-sociales – et là, aussi, maître et disciples ont
eu des ambitions diverses, plus ou moins dictatoriales, républicaines,
ou opportunistes – ; ou les objectifs socio-religieux – mais
certains les ont reniés quand d'autres en ont fait l'essentiel – ;
ou encore, certains syntagmes relient positivisme et empirisme ou/et positivisme
et logique – bien que le fondateur se soit opposé aux privilèges
de l'empirisme et de la logique. Bref, les vulgates sont ambivalentes...
On s'attachera ici à mieux définir le « positivisme »
de celui qui a inventé le terme, en analysant comment il l'a peu à
peu élaboré, dans une intrication étroite d'exigences scientifiques
et d'ambitions politiques et sociales, qui en viennent à se développer
en une nouvelle religion. En scandant les étapes d'un très dense
itinéraire intellectuel et spirituel, on montrera que les diverses voire
contradictoires acceptions données au terme positivisme, procèdent
d'une sélection de ses multiples aspects.
Les exigences scientifiques d'une vocation politique
Les choix du polytechnicienReçu à
l'École Polytechnique en 1814, le jeune Auguste Comte
pénètre dans un monde où les plus grands savants se sont
investis dans les activités et même les responsabilités
politiques : parmi les aînés et les maîtres, nombreux
furent ceux qui s'étaient mis au service de la Révolution ;
nombreux sont ceux des promotions nouvelles qui cherchent une science pour
guider la
régénération
[1].
En ce temps-là, prendre intérêt au
« positif » et en reconnaître la valeur est trivial.
Par-delà les confrontations du « positif » et du
« naturel », le qualificatif
« positif », lié aux assurances de
l'expérience et de la science, a des connotations valorisantes. La
quête plus ou moins philosophique du « positif » se
donne aussi, et de plus en plus, comme un programme historique et social :
après les bouleversements révolutionnaires
répétés, on aspire aux reconstructions et
réorganisations ; on veut sortir du négatif. On
espère, on aspire à une société en paix, un
régime politique stabilisé, où les développements
scientifiques et industriels apporteraient progrès et bonheurs. On
cherche alors à maîtriser les savoirs et à assurer les
pouvoirs, pour réorganiser les idées et refaire le
monde.
À l'École Polytechnique Comte est donc aussi
enchanté de ses études scientifiques que de l'esprit
« républicain » qui y
règne
[2]
En 1816, son renvoi, avec toute sa promotion, ne fait qu'attiser ses engagements
politiques ; il essaie de les traduire en mots et en actes : il
rédige un appel au peuple français, analysant l'actualité
à partir d'une philosophie de l'histoire
généralisée
[3] ;
puis il caresse l'espoir de partir en Amérique porter la bonne parole
scientifique, et participer à l'éclosion d'une
société nouvelle. En attendant, il continue à travailler
dans les deux directions : scientifique – et « sciences
exactes » autant que « sciences morales et
politiques » – ; et philosophique – à forte
connotation historique et
politique
[4]. Le plan américain
échoue, mais la rencontre de Henri de Saint-Simon, plein de projets
exaltés et exaltants, répond aux enthousiasmes de
Comte
[5].
Les choix du publicisteLes premiers textes de Comte,
publiés dans des recueils de Saint-Simon, analysent l'urgence et les
conditions de la réorganisation sociale. Comte s'engage donc en
politique, avec l'application systématique qui caractérisera toute
son oeuvre. En 1820, la « Sommaire appréciation de l'ensemble
du passé
moderne »
[6]
expose l'histoire en termes de conflits de
« systèmes »
[7].
Ces cadres d'analyse sont repris en 1822 lorsque Comte établit le
« Plan des travaux scientifiques nécessaires pour
réorganiser la
société »
[8] :
il tire de l'étude du passé et de l'échec
répété des tentatives de restructuration
sociale
[9],
les conditions des succès à venir ; en prenant des
modèles scientifiques, il insiste sur la priorité des mises au
point théoriques avant toute exécution pratique ; il juge
conséquemment « la classe des savants » seule apte
à élaborer la « doctrine organique » et
diriger les nouvelles coordinations, bref à « terminer la crise
en entraînant la société tout entière dans la route
du nouveau
système »
[10].
Ceci est aussitôt lié à des considérations
générales sur la marche de toute connaissance selon une succession
de « trois
états »
[11] :
comme l'ont déjà fait toutes les autres sciences, la politique
aurait à dépasser ses formes
théologico-métaphysiques pour devenir enfin positive. L'objectif
politique est clairement affiché : comprenant et suivant la
« nature des choses », leur marche « naturelle et
irrévocable », les hommes pourront alors en toute connaissance
de cause agir efficacement, sans croire à des décisions divines
plus ou moins capricieuses ni prétendre à leur
toute-puissance
[12].
Ces
thèses générales d'histoire et de philosophie des sciences,
entrelacées aux visées politico-sociales, conduisent alors Comte
à enquêter systématiquement sur les conditions de toute
positivité.
Les décisions du philosophe1824 est une date
charnière dans l'itinéraire comtien. Entre Comte et son
ex-maître puis associé, il y a rupture. Sans revenir ici sur ses
circonstances et ses plus ou moins bonnes
raisons
[13], rappelons seulement que
Comte affiche de fortes exigences du point de vue scientifique et une ambition
systématique
déterminée
[14].
C'est
alors aussi qu'à côté de la référence
essentielle et constante aux « sciences positives », Comte
se met à employer de plus en plus fréquemment et de façon
programmative le syntagme « philosophie positive ». Or
jusqu'ici il était fort peu question de philosophie :
l'« Appréciation » de 1820 mentionnait seulement la
« philosophie naturelle » comme ce qui naît au moment
où les sciences deviennent
positives
[15].
De fait, Comte n'exprimait guère d'ambition philosophique que dans ses
travaux sur les sciences
mathématiques
[16],
où il définissait la « philosophie » comme
mise en rapports, établissement des relations et
coordinations :
« Ce n'est point a priori, dans sa nature, que l'on peut
étudier l'esprit humain et prescrire des règles à ses
opérations ; c'est uniquement a posteriori, c'est-à-dire
d'après ses résultats, par des observations sur des faits, qui
sont les sciences. C'est uniquement par des observations bien faites sur la
manière générale de procéder dans chaque science,
sur les différentes marches que l'on y suit pour procéder aux
découvertes, sur les
méthodes en un mot, que l'on peut
s'élever à des règles sûres et utiles sur la
manière de diriger son esprit. Ces règles, ces méthodes,
ces artifices, composent dans chaque science ce que j'appelle sa
philosophie. Si l'on avait des observations de ce genre sur chacune des
sciences reconnues comme positives, en prenant ce qu'il y aurait de commun dans
tous les résultats scientifiques partiels, on aurait la philosophie
générale de toutes les
sciences »
[17].
L'expression
de « philosophie positive » n'apparaît que dans la
partie finale du « Plan », ajoutée en
1824
[18].
En tout cas, à partir de 1824, le propos philosophique prend une
portée générale pour Comte, qui parle de plus en plus
souvent de « philosophie positive » pour présenter
son opuscule réédité à ses
correspondants
[19].
Les convergences des
« Considérations... »Les séries
de « Considérations » –
« Considérations philosophiques sur les sciences et les
savants », 1825, et « Considérations sur le pouvoir
spirituel »,
1826
[20]
– attestent la radicalisation des propos comtiens. Le choix même des
sujets considérés relève sans aucun doute du souci de
marquer les distances avec l'ex-associé : Saint-Simon, dans ses
derniers textes, avait nettement choisi l'appui des industriels et des
artistes
[21] ;
Comte réaffirme l'importance primordiale des sciences et attribue pour
charge principale au « pouvoir spirituel » la direction
d'une éducation générale et
systématique
[22].
Il
y a plusieurs signes de l'inflexion des réflexions comtiennes vers la
philosophie des sciences qui, bientôt, caractérise le
Cours.
D'abord l'orientation « philosophique »,
proclamée dans le titre des « Considérations
“philosophiques” sur les sciences et les savants », est
marquée aussi dans le plan suivi : Comte n'abandonne certes pas les
enjeux politico-sociaux qui l'ont jusqu'ici motivé, mais l'ordre de
présentation de ses préoccupations est modifié, même
inversé Dans les opuscules précédents, il partait des
constats de crise de la société pour chercher le nouveau
système d'idées qui en dirigerait la solution. Maintenant, il part
directement de méditations sur « l'esprit humain » et
sur le « système intellectuel de l'homme » pour
arriver à des propositions sur « l'organisation moderne du
corps scientifique » ; et le souci d'une politique positive est
introduit comme besoin de « compléter » le
système des connaissances :
« Cette condition une fois remplie, nous pourrons construire
enfin une vraie philosophie positive, capable de satisfaire à tous les
besoins de notre intelligence [...] Quand ce travail sera terminé, ou
plutôt quand il sera assez avancé, [...] nous pourrons enfin, et
nous devrons même procéder à la construction d'un
système général des connaissances
humaines »
[23].
Les
propos de l'« Appréciation » comme ceux du
« Plan » visaient les « systèmes
sociaux » ; ces « Considérations »
partent et visent surtout des « systèmes de
pensée ».
De plus, les
« idées-mères » prennent là toute leur
puissance génitrice. La succession des trois états est maintenant
promulguée en « loi », et d'emblée dans un
exposé plein d'emphase :
« En étudiant dans son ensemble le phénomène
du développement de l'esprit humain, soit par la méthode
rationnelle, soit par la méthode empirique, on découvre, à
travers toutes les irrégularités apparentes, une loi fondamentale
à laquelle sa marche est nécessairement et invariablement
assujettie. Cette loi consiste en ce que le système intellectuel de
l'homme, considéré dans toutes ses parties, a dû prendre
successivement trois caractères distincts, le caractère
théologique, le caractère métaphysique, et enfin le
caractère positif ou
physique »
[24].
La
« dogmatisation » de l'exposé historique est
radicale
[25].
L'ordre des sciences, lui aussi, est établi avec une fermeté qu'il
n'avait point jusque là : Comte parle d'une
« échelle encyclopédique » qu'il assume
explicitement comme « sa »
classification
[26] ;
et elle prend une importance
propre
[27].
Pour l'ordonnance des différentes « classes », les
« Considérations » apportent aussi des
critères complétés et
affinés
[28] :
dès lors, on a l'énoncé complet des critères que
reprendra le
Cours ; on a également la présentation
explicitée des classes de sciences en fonction des
« lois » que suivent les phénomènes dont elles
s'occupent
[29].
Et le choix de l'appellation « physique sociale » pour la
dernière science envisagée est donné comme
innovant
[30].
Enfin, Comte estime la hiérarchie des sciences si bien établie
qu'il en fait la base de toute l'éducation et le remède à
la « divagation des
intelligences »
[31].
Un
autre apport important des « Considérations »
concerne la détermination du champ scientifique. Au début de
l'opuscule de 1825, Comte précise l'acception dorénavant
restreinte du terme « science » : plus question de
l'utiliser pour tout « savoir » ou
« connaissance » ; une révolution
définitive est traduite par sa
définition
[32].
À la fin de l'opuscule, même souci de clarification lorsque Comte
fait « dans le corps scientifique une sous-division
importante » : « la classe des
ingénieurs », « corporation distincte, servant
d'intermédiaire permanent et régulier entre les savants et les
industriels pour tous les travaux
particuliers »
[33]
Quant à l'opuscule de 1826, il participe de cette systématisation
philosophico-scientifique des intérêts politico-sociaux, d'une
part, avec l'insistance sur la priorité du théorique sur la
pratique
[34],
et, d'autre part, avec la présentation nouvelle, et sévère,
du monde industriel et des prétentions de l'économie
politique
[35] :
Comte retire décidément à celle-ci et à
celui-là une confiance qu'il leur avait gardée
jusqu'ici.
Avec la promotion des « trois
états » en « loi très
générale », avec la traduction de l'ordre des sciences
en « échelle encyclopédique », avec
l'invention d'une nouvelle science qui complète la méthode
positive, avec la précision du statut
« scientifique », le nouveau système a trouvé
ses fondements. Alors Comte se lance bien dans « la construction d'un
système général des connaissances humaines », de
cette « encyclopédie positive » où toutes les
conceptions doivent se présenter « comme les diverses parties
d'un système unique et
complet »
[36].
Philosophie des sciences et sciences philosophiques :
La « Philosophie positive » du Cours
Entreprise à partir d'une enquête sur les sciences
déjà « positives », l'édification de la
« philosophie positive » commence dès
1826
[37],
reprend à partir de 1829 sous forme de cours public ; ce travail
aboutit à la publication de six gros volumes, étagée entre
1830 et 1842. On ne rappellera ici les thèmes principaux du
Cours de
philosophie positive que pour mieux montrer sa construction
systématique.
Les cadres de la constructionLes visées
poursuivies – assurer la positivité de l'étude des
phénomènes sociaux, compléter l'encyclopédie en
comprenant les véritables coordinations des sciences, maîtriser les
lois de l'esprit humain et trouver les guides d'une saine éducation
– sont rappelées dès les leçons introductives.
Celles-ci donnent aussi les thèses directrices à partir des
« lois », tirées dit Comte d'observations
réfléchies sur l'histoire de l'humanité – loi des
trois états et hiérarchie des sciences. L'histoire des savoirs
montrant que l'accès au positif est plus aisé et plus rapide pour
les phénomènes les plus simples, les plus généraux
et les moins liés à l'homme, et donc que les études des
corps bruts ont été plus vite positives que celles des corps
vivants, Comte admet que l'étude des vivants les plus complexes qui sont
les hommes en société soient les plus difficiles et les plus
tardives. D'où l'ordre des sciences fondamentales :
mathématiques, astronomie, physique, chimie, biologie et
« physique sociale » – pour laquelle Comte crée
en 1838 le néologisme « sociologie ». Cette
ordonnance « naturelle » et déterminée par les
progrès faits, détermine les progrès à faire ;
elle assigne aussi le cursus général obligé pour toute
éducation positive. Comte étudie alors patiemment chacune des
sciences, et leurs
rapports
[38],
montrant surtout, par-delà l'inventaire des doctrines, les contributions
méthodiques successives : berceau de la positivité, les
mathématiques sont des modèles pour l'analyse et les
déductions rigoureuses ; l'astronomie l'est pour l'observation
systématique, l'usage positif des hypothèses et de
l'abstraction ; la physique est « le triomphe de
l'expérimentation » ; la chimie a porté
« au plus haut degré de perfection [...] l'art des
nomenclatures rationnelles » ; la biologie a
développé la « méthode comparative » et
mis au point « la théorie des
classifications » ; la méthode propre de la sociologie
étant la « méthode historique ». Ces
études suivies combinent le souci de souligner et la
spécificité de chaque science, et leurs liaisons, leurs
coordinations.
« Chacune des diverses sciences fondamentales possède, par
sa nature, l'importante propriété de manifester
spécialement l'un des principaux attributs de la méthode positive
universelle, quoique tous doivent se retrouver, à un certain
degré, dans toutes les autres sciences, en vertu de notre invariable
unité
logique »
[39].
On
voit aussi comment Comte comprend les recherches logiques : par
l'exploration des procédés scientifiques dans leur usage
réel, et non point par une « vicieuse
systématisation » préalable, qui ne peut être
qu'artificielle et
vaine
[40].
La
« saine » systématisation est l'ambition
déclarée de cet inventaire encyclopédique. Commentant dans
l'« Avertissement au lecteur » le titre de son
Cours,
Comte définit précisément son emploi du mot
« philosophie » « comme désignant le
système général des conceptions humaines ». Les
premières leçons insistent : il s'agit d'exposer
« les diverses branches fondamentales de la philosophie
naturelle » en un « système d'idées
très étendues », de reclasser « le
système général des connaissances humaines »,
d'homogénéiser le « système
intellectuel », de construire un « système unique des
conceptions ». Et le bilan du
Cours en fait un travail
d'« appréciation systématique de tous les
éléments propres à la philosophie
fondamentale »
[41].
Très vite d'ailleurs, Comte substitue à l'intitulé
Cours
de philosophie positive celui de
Système de philosophie
positive [42].
Cependant
ce « système » est élaboré au cours
d'un long travail, que l'on analysera ici en s'appuyant sur la comparaison des
« plans du Cours » successivement proposés.
Un
premier plan est élaboré en
1826
[43].
Assez succinct, il prévoit 72 séances : 2 séances de
Préliminaires généraux – « Exposition du
but de ce cours », « Exposition du plan » ;
puis un groupe de 16 séances sur la Mathématique,
distribuée en Calcul (7 s.), Géométrie (5 s.),
Mécanique (4 s.) ; puis un ensemble de 30 séances
consacré à la Science des corps bruts, comprenant l'Astronomie (10
s.) elle-même subdivisée en Astronomie Géométrique
(5 s.) et Astronomie Mécanique (5 s.), la Physique
(10 s.), la Chimie (10 s.) ; enfin les dernières
séances sont pour la Science des corps organisés,
sous-divisée en Physiologie (10 s.) et Physique Sociale
(14 s.).
En
1828
[44],
les 72 séances sont redistribuées. Après les
Préliminaires, les Mathématiques, qui deviennent plurielles,
rejoignent le groupe Sciences des corps bruts et perdent une séance, par
réduction du Calcul ; Astronomie, Physique et Chimie, sont aussi
diminuées – 2 séances en moins pour la première et
pour la dernière, la physique n'est amputée que d'une
séance. Les 6 séances économisées sont
utilisées par le groupe Sciences des corps organisés – la
Physiologie en gagne 2, et la Physique sociale s'augmente de 4,
c'est-à-dire de près du tiers ; enfin les sous-divisions de
ces sciences sont précisées – la physiologie est
distribuée en Végétale (3), Animale (5) et Intellectuelle
(4) ; la Physique sociale est exposée avec 3 séances
d'introduction, puis dans sa méthode (4 s.), puis comme Science
(8 s.), puis en un Résumé général.
De
nouvelles modifications interviennent en 1829 lorsque Comte publie l'annonce de
son Cours à
l'Athénée
[45].
Le tableau programmatif joint est dans l'ensemble plus explicite que les
précédents – les deux séances préliminaires
ont des intitulés redoublés –
« Considérations générales sur la nature et
l'importance de la philosophie positive » ;
« Considérations générales sur la
hiérarchie des sciences positives » ; chaque science est
introduite par une leçon de « Considérations
philosophiques sur l'ensemble de... » ; les sous-parties sont
partout données, et sont parfois même subdivisées –
cas des 6 dernières séances consacrées à la Physique
sociale comme « science », dont les subdivisions de
troisième et quatrième degrés sont
présentées ; les 2 dernières séances sont
réservées pour un Résumé général et
Conclusion – l'une sur la « méthode positive »
et l'autre sur la « doctrine positive ». Quant au nombre de
séances accordées à chaque science, à rapporter
cette fois à 50 séances au total, les Mathématiques n'en
conservent que 10, avec égalité des sous-parties, Calcul,
Géométrie, Mécanique rationnelle, ce qui fait que les deux
premières diminuent ; l'Astronomie et la Physique sont aussi
à égalité avec 6 séances chacune – ce qui
restreint la part de la Physique, subdivisée en Barologie, Thermologie,
Acoustique, Électrologie, Optique, sans augmenter pourtant celle des
sous-parties précédentes de l'Astronomie, puisqu'il y a ajout de
« Considérations sur la Cosmogonie positive » ;
la Chimie, réduite à 4 séances c'est-à-dire à
la moitié du compte précédent, se subdivise en
« inorganique » et « organique » ;
la Physiologie, qui a 8 séances, s'enrichit par contre d'une
séance sur « la structure et la composition des corps
vivants » et d'une autre sur leur
« classification », et la Physiologie intellectuelle devient
aussi « affective » ; pour les 12 séances de
Physique sociale enfin, sont données moult subdivisions
détaillées.
En 1830, le « Tableau synoptique de
l'ensemble du
Cours de philosophie positive » joint à la
publication du premier
tome
[46],
ne modifie guère celui de l'« Annonce » : comme
il reprend la division en 72 leçons qui représente celle du Cours
oral, alors que le « Cours écrit » est en 60
leçons, on repère mieux les quelques changements entre le plan du
début de l'année et celui de la fin. En gros, les rapports entre
chaque science sont respectés, sauf pour la Chimie, qui de 8 passe
à 6 séances ; les détails donnés dans
l'« Annonce » sont fidèlement repris dans le
Synoptique ; par contre une séance terminale est ajoutée sur
l'« Avenir de la philosophie positive ».
Au cours des
douze années que dure la publication, Comte remanie encore les cadres de
son « système ». Les titres définitifs des
leçons et les Tables des matières traduisent ce travail de
maturation. Les remaniements concernant les sciences des corps bruts, pour
significatifs qu'ils soient, restent secondaires ; ceux qui portent sur les
sciences de corps organisés sont plus importants et plus manifestes. En
tout cas, les uns et les autres témoignent du souci d'unifier les cadres
de références et les opérateurs de
distribution.
L'inventaire encyclopédiqueLes
présentations des sciences mathématique, astronomique, physique et
chimique du
Cours publié, soulignent au moins, voire accentuent
leurs ordonnances systématiques.
Les
mathématiques
[47]
deviennent « la science mathématique » dont
l'unité est ainsi mieux
marquée
[48]
Et l'histoire en est plus nettement évacuée au profit de
présentations plus abstraites et plus systématiques : ainsi
en Géométrie, ce qui était donné en 1829 comme
« géométrie des anciens » devient
géométrie « spéciale » ou
« préliminaire », tandis que le caractère
« général » de la
« géométrie analytique » est
souligné
[49] ;
les « géométries des lignes et des surfaces »,
devenues « géométries à deux ou trois
dimensions », gagnent aussi en
abstraction
[50].
Les
leçons sur la science
astronomique
[51]
modifient aussi sensiblement la présentation du Tableau synoptique. Si
les quatre leçons d'« astronomie
géométrique » restent identiques, en transformant les
intitulés des leçons d'« astronomie
mécanique » Comte souligne la distance prise par rapport aux
séductions exercées par la
gravitation
[52].
D'autre part, il y a un transport en astronomie du couple
« statique-dynamique », employé dans le
Tableau-programme pour les seules divisions de la
mécanique
[53].
Enfin, la redistribution de second niveau en statique et dynamique
« célestes », redouble une insistance sensible au
niveau de la division de premier niveau en « astronomie
géométrique » ou « géométrie
céleste » et « astronomie
mécanique » ou « mécanique
céleste » : alors que les premières appellations
étaient celles du Tableau programmatif, les secondes,
préférées et soulignées dans le
Cours [54],
renforcent la justification de la distribution par des considérations
d'« objets » (ciel - terre) autant que de méthode
(géométrie - mécanique).
Les présentations de
la
physique
[55]
et de la
chimie
[56]
ne changent guère par rapport au Tableau synoptique. Celui-ci mentionnait
déjà une ré-ordonnance des
sous-parties
[57].
En chimie cependant, les intitulés modifiés, « chimie
proprement dite ou inorganique » et « chimie dite
organique », suggèrent les réserves de Comte à
l'égard de la seconde.
La présentation des
« sciences des corps organisés » apporte, par contre,
des modifications essentielles. Le nom même des deux dernières
sciences est modifié ; et leurs subdivisions
reconsidérées.
Pour la cinquième science,
appelée « physiologie » en 1826, en 1828-29, et
encore en 1830 dans les premières leçons générales,
Comte adopte en 1836 le nom de
« biologie »
[58],
et en précise strictement
l'emploi
[59].
Cette biologie étant alors divisée en études de
« statique » ou du « point de vue
anatomique » et de « dynamique » ou
« point de vue
physiologique »
[60]
la « physiologie » est alors réduite à
n'être plus qu'une partie du tout qu'elle dénotait
antérieurement
[61].
Ceci bouleverse la division jusqu'ici envisagée, en
« Physiologie végétale »,
« Physiologie animale » et « Physiologie
intellectuelle »
[62].
La division selon la « statique » et la
« dynamique » installe un critère méthodique
répétitif bousculant les pertinences de la division entre
« végétaux » et
« animaux »
[63],
qui est retraduite sous chaque point de
vue
[64].
En référant ainsi la véritable « science
biologique » à la notion de « vie » et
à ses modalités d'exercice plutôt qu'aux vivants qui en
bénéficient, Comte veut aussi dissiper toute confusion de cette
science « fondamentale » avec la médecine et
« l'histoire naturelle » qui, pour lui, ne sont que des
sciences
« concrètes »
[65].
Bref, les nouvelles subdivisions adoptées, référées
à Blainville, donnent « trois branches générales
de la science biologique » : « biotomie » et
« biotaxie » formant la « biologie
statique », « bionomie ou physiologie proprement
dite » formant la « biologie
dynamique »
[66]
De fait, Comte use peu de ces nouvelles
désignations
[67],
mais il insiste toujours sur la pertinence de la distribution en
« biologie statique » et « biologie
dynamique » à l'ouverture des diverses
leçons
[68].
Quant à la troisième « physiologie », la
« physiologie intellectuelle » de 1828, déjà
enrichie en 1829 pour devenir « physiologie intellectuelle et
affective », elle a un statut assez ambigu. Lui consacrant dans le
tome trois du
Cours l'unique mais longue et importante 45
e
leçon, intitulée « Considérations
générales sur l'étude positive des fonctions
intellectuelles et morales, ou cérébrales », Comte en
fait une physiologie particulière, qui est aussi une partie de la
physiologie de la vie
animale
[69] ;
c'est donc à la fois une division et une sous-division de la biologie
dynamique. Mais surtout, le nouvel intitulé, en soulignant
l'équivalence des « fonctions intellectuelles et morales ou
cérébrales », durcit l'attaque contre les formes
traditionnelles de la psychologie : par-delà la critique radicale
des méthodes d'introspection qui inspiraient déjà les
diatribes de la première
leçon
[70],
Comte annexe maintenant à la biologie des champs considérés
jusqu'ici comme tout
autres
[71].
Pour
la sixième science, comme pour la précédente, les
changements et apports des derniers tomes du
Cours affectent et la
dénomination de son ensemble et la distribution de ses parties. Cette
dernière science, désignée jusqu'ici comme
« physique sociale » ou « politique »,
est baptisée d'un nom nouveau : « Sociologie »
– nom plus court et qui, calqué sur celui de Biologie souligne
mieux la proximité des deux dernières
sciences
[72].
Cette « sociologie » comtienne est, d'une part, une sorte
d'« anatomie sociale », étude des structures, des
actions et réactions mutuelles qu'exercent les unes sur les autres les
différentes parties du système social, étude de la
« statique »
[73] ;
d'autre part, une sorte de « physiologie sociale »,
étude des mouvements de civilisation, développements, filiations
et modifications, étude de « dynamique », constituant
une « vraie philosophie de l'histoire », établie
essentiellement à partir de l'étude du cas-type de la série
sociale « la plus avancée, la plus complète et la plus
caractérisée », c'est-à-dire celle des nations
européennes occidentales, que les populations plus ou moins
« arriérées » sont censées suivre un
jour à leur
tour
[74]
Ainsi comprise, la sociologie donne le seul « point de vue pleinement
universel »
[75].
Dans
ces deux dernières sciences, Comte insiste sur le thème du lien de
l'homme au monde : aux diverses conditions du monde inorganique, et aux
autres vivants. Tout vivant vit dans un milieu, avec lequel se négocient
constamment les relations ; en tant que vivant animal, l'homme doit
toujours être compris à partir de son animalité instinctive,
même si, pour cet animal social le plus complexe, l'étude du
proprement humain ne peut se faire qu'à partir d'une étude
co-relative des divers états de société, des organisations
politiques, bref de l'« organisme social ».
On
insistera enfin sur la redistribution de la
« hiérarchie » dans les conclusions logiques du
Cours. Les six sciences sont regroupées en trois
« couples » : mathématique-astronomie,
physico-chimie,
biologie-sociologie
[76],
où les pôles extrêmes sont d'ailleurs
privilégiés de telle façon qu'une distribution binaire est
suggérée
[77],
reprise d'ailleurs avec fermeté dans la leçon
suivante
[78].
Par ces rapprochements, Comte entame d'ailleurs un processus accentué
dans les oeuvres ultérieures qui proposeront des recombinaisons
multiples. Se retrouvent là les ambivalences de Comte quant à sa
classification des sciences, qu'il prétend
« naturelle » mais où il souligne aussi une part de
décision conventionnelle pour les identités
déterminées. Rien de contradictoire cependant entre la
référence à un ordre naturel des sciences et la
liberté prise à les regrouper diversement : car quels que
soient les groupes définis, c'est la même suite de sciences qui est
respectée et confirmée. C'est la maîtrise de l'ensemble qui
permet d'y dessiner, selon les points de vue, des accords
disciplinaires.
Et Comte d'envisager des systématisations plus
amples, concernant les domaines jusqu'alors prudemment
écartés : après celle des sciences fondamentales
abstraites, peut s'envisager celle des sciences concrètes, et même
celle des arts – beaux-arts autant qu'arts industriels ; bref,
après l'harmonisation spéculative, celle de la contemplation et de
l'action, et, en général, de l'idéalité et de la
réalité
[79].
Ainsi, de la « conciliation » essentielle des conceptions du
monde et de l'homme, suit une cascade d'harmonies :
« Une véritable unité [...] vient heureusement
dissiper le fatal antagonisme mental qui, depuis vingt siècles, s'oppose
de plus en plus à l'état pleinement normal de la raison humaine,
où les conceptions relatives à l'homme et celles propres au monde
extérieur ont toujours semblé jusqu'ici radicalement
inconciliables, tandis que notre solution philosophique les combine
irrévocablement, en assignant à chaque classe la juste influence
générale, soit scientifique, soit logique, qui convient à
sa propre nature, sans jamais altérer ainsi l'harmonie
fondamentale »
[80].
Plus
de conflit, mais pas de confusion non plus. Unité de différences
bien reconnues, assumées, maîtrisées.
« Coordonner », « lier » et
« relier », « combiner »,
« concilier », « harmoniser »,
« solidariser »..., pour « consolider »,
sont des termes répétés à satiété par
Comte dans ces textes.
La coordination et le réseauAinsi Comte insiste
sur l'ordonnance hiérarchique de son système. Les savoirs sont
strictement articulés les uns aux autres et il instaure des sens
obligatoires pour l'édification et la circulation des connaissances.
D'où les condamnations des usages déplacés de telle ou
telle méthode – des mathématiques par exemple dans
l'étude des vivants –, des domaines mal définis – par
exemple celui de la chimie organique, ou encore de l'économie politique
–, des prétentions précipitées – celles par
exemple des psychologues qui dissertent sur l'âme et sur l'esprit sans
s'appuyer sur l'étude physiologique des fonctions
cérébrales. Comte s'élève aussi contre les ambitions
de ceux qui voudraient connaître l'univers par-delà les limites de
notre monde solaire où il y a déjà tant à
apprendre ; et dans tous les domaines il blâme les savants trop
attachés à leur spécialité, qui ne savent la
comprendre par rapport aux autres et aux enjeux généraux.
On
a parfois déploré les rigidités d'une telle
systématisation et sa « circularité ». On ne
peut dans les limites de cet article reprendre cette
discussion
[81]
Mais, d'une part, on soulignera que dans la coordination du système
comtien, la hiérarchie des sciences se conjugue, paradoxalement, avec
l'affirmation de leur égalité.
« Bien que toutes les sciences fondamentales n'inspirent pas aux
esprits vulgaires un
égal intérêt, il n'en est aucune
qui doive être négligée dans une étude comme celle
que nous entreprenons. Quant à leur importance pour le bonheur de
l'espèce humaine,
toutes sont certainement équivalentes,
lorsqu'on les envisage d'une manière approfondie. Celles, d'ailleurs,
dont les résultats présentent, au premier abord, un moindre
intérêt pratique, se recommandent éminemment, soit par la
plus grande perfection de leurs méthodes, soit comme étant le
fondement indispensable de toutes les
autres »
[82].
Toutes
et chacune ont la même importance pour le philosophe, car toutes
participent, par l'élaboration de leurs
« procédés » propres à la construction
de « la » méthode positive
« fondamentale »,
« universelle »
[83].
Ainsi les différentes sciences sont-elles présentées avec
des superlatifs aussi bien qu'avec des comparatifs relativisants : chacune
est « la plus parfaite »,
« suprême » en quelque chose, chacune a une dominante
exclusive, chacune « triomphe » à sa manière
et à son tour. La dépendance de chacune à chacune et
à toutes permet qu'aucune ne soit vraiment inféodée. Une
forme de domination étant accordée à chaque niveau d'ordre,
il semble que la classification comtienne soit gouvernée par le refus de
tout dominateur : chaque science a un égal devoir de
souveraineté et de subordination.
On soulignera, d'autre part, que
dans la circularité du système comtien, il ne s'agit point tant
d'insister sur les aspects de « clôture » que sur les
effets de « circulation ». Très tôt d'ailleurs
Comte a donné explicitement à son projet philosophique ce souci de
la circulation :
« Il y a incontestablement, aujourd'hui, certaines
méthodes dans la chimie ou la physiologie qu'il serait utile de
transporter dans les mathématiques et réciproquement ; on ne
le fait point, et pourquoi ? C'est que chaque savant est occupé
à faire aller sa science particulière, et ne s'avise point
d'extraire et d'apporter des secours aux autres savants, ni d'en aller chercher
chez
eux »
[84].
Les
premières leçons du
Cours rappelaient aussi la
nécessité des rapprochements heuristiques contre les isolements
stérilisants
[85].
C'est donc pour éviter les cloisonnements des distributions tabulaires,
ainsi que les concurrences des revendications impérialistes, que le
système comtien est un cercle : pour qu'on y circule et qu'on n'y
piétine pas dans l'encerclement. Montrant que chaque domaine fournit des
paradigmes opérants pour les autres, s'affirmant à la fois
hiérarchique
et circulaire, l'encyclopédie comtienne donne
à et par chacun de ces caractères paradoxaux le correctif qui les
rend pertinents.
Autrement dit, il faut insister sur l'aspect dynamique de
la « circularité » du système comtien :
si Comte programme bien un cheminement en va-et-vient dans son système
– des mathématiques à la sociologie, puis retour par les
mêmes étapes – qui peut et doit se lire en effet comme une
figure du cercle, c'est justement parce que et pour que chaque science puisse
exploiter, dans le système complété, ce qu'elle ne pouvait
pas dans le système incomplet. Ainsi certains transports de
méthodes et certaines recherches, jugés dangereux tant que la
positivité de toutes les sciences n'est pas assurée, sont admises
et même programmées en contre-coup de la systématisation
accomplie. Comte sait bien, le dit, et le programme, que revenir n'est pas
répéter.
Politique de la science et science politique :
De la philosophie positive au positivisme
Et donc Comte redéploie son
Système. Grâce
à la constitution positive qu'il pense avoir donné dans le
Cours à la dernière science fondamentale de sa
hiérarchie encyclopédique, il juge que les conditions de la
philosophie positive sont définitivement remplies et que celle-ci peut
alors s'ouvrir et prêter à des méthodes et connaissances
nouvelles. Côté méthode, Comte envisage des chemins de
retour sur l'ordre encyclopédique, des effets de feed-back entre les
sciences fondamentales, et il pense pouvoir développer, à
côté de la méthode objective en usage jusqu'ici, une
méthode subjective. Côté connaissances, Comte pense avoir
enfin les moyens de proposer un programme de politique positive ou de
sociologie, objet du second
Système :
Système de
politique positive ou Traité de sociologie.
On peut
s'étonner que l'intitulé « Traité de
sociologie » soit relégué en sous-titre, alors que le
néologisme « sociologie » fut inventé
précisément pour définir les nouvelles modalités de
la politique positive. Sans doute est-ce pour mieux faire écho au
Cours rebaptisé
Système de philosophie positive que
l'intitulé
Système de politique positive arrive en premier
rang. La continuité de l'œuvre comtienne est ainsi soulignée
en même temps que son évolution. D'ailleurs, pour en souligner
l'évolution, Comte déploie le thème de ses « deux
carrières »
[86] ;
alors que pour convaincre de sa continuité, contre ceux qui
prétendent y voir une rupture, Comte juge bon de republier
« tous les opuscules primitifs de l'auteur sur la philosophie
sociale » en « Appendice général du
Système de politique
positive »
[87].
Il
est clair en tout cas que, considérant la propédeutique
scientifique accomplie, Comte accentue l'engagement politique.
De la sociologie à la socio-politique :
« L'École positive »En s'attelant aux
reconstructions théoriques, Comte avait jusqu'ici plutôt
prêché pour une certaine réserve dans l'action. Mais
à force d'éprouver la résistance des institutions –
et bien des déconvenues personnelles dans sa carrière –
Comte commence dans les derniers tomes du
Cours à
« considérer les choses sous le point de vue pratique le plus
étendu » et à parler d'une « école
positive » pour faire pièce à l'« école
rétrograde » et à « l'école
révolutionnaire »
[88].
En 1842, les polémiques déclenchées lors des séances
d'ouverture de son Cours d'astronomie populaire le poussent plus encore à
se poser en chef d'école, et il prend le parti de souligner
particulièrement la portée de la philosophie positive quant
à la
morale
[89].
Enfin, le texte qu'écrit Comte pour « Discours
préliminaire » à son
Traité philosophique
d'astronomie populaire, devient si important qu'il en fait un ouvrage
autonome – c'est le
Discours sur l'esprit positif – dont il
fait un
« manifeste »
[90].
Or Comte n'y fait pas seulement une version condensée du
Cours ; la sélection et la réorganisation des
thèmes et thèses sont significatives de réorientations
délibérées : la philosophie positive est nettement
engagée dans l'action socio-politique – en témoigne
même la présentation nouvelle de la hiérarchie des sciences
– et son aptitude déclarée à diriger la
« morale » l'érige en concurrente des
religions
[91].
Le
Discours sur l'esprit positif est ainsi un texte étape et
tournant. Il est, à la fois, un bilan et un préambule.
Aboutissement de l'immense parcours encyclopédique qu'est le
Cours, il le résume, le synthétise, le
« systématise » – d'où le nouveau titre
Système de philosophie positive proclamé sur la page-titre
de 1844. Cette synthèse réordonnée du système
l'infléchit, l'engage aussi sur d'autres voies : celles du
« positivisme ».
Le développement du
positivisme« Positivisme » est un terme assez
tardivement forgé par Comte. Dans le
Cours on n'en trouve que deux
occurrences
[92]
et Comte ne s'y attache guère. Par contre, lorsqu'à partir de fin
1841 on le trouve dans la correspondance, il est clair que Comte en use de
façon précise et circonspecte.
La première occurrence
de ce type apparaît d'ailleurs dans une lettre remarquable : dans la
première lettre adressée à J. S. Mill. Comte l'emploie
à propos de son projet d'un « comité
européen »
« chargé, en permanence, de diriger partout le mouvement
commun de régénération philosophique, quand une fois le
positivisme aura enfin planté son drapeau, ou plutôt son fanal, au
milieu du désordre et de la confusion de notre
siècle »
[93].
Ainsi
le terme « positivisme » est-il nettement employé
dans une perspective militante de réorganisation sociale. Il n'est
guère réemployé jusqu'à 1843 : alors Comte
rapportant à Mill la séance d'ouverture de son cours annuel
d'astronomie, se vante d'avoir « directement proclamé, pendant
trois heures consécutives, devant quatre cents personnes, la
supériorité morale du positivisme sur le
théologisme »
[94].
Le ton est celui d'une entrée en campagne. Le terme est aussitôt
repris par Mill avec sa connotation militante ; les réemplois par
Comte le
confirment
[95].
Puis
Comte se décide vraiment à faire de
« positivisme » la « dénomination
dogmatique » de la doctrine nouvelle :
« Au sujet de cette indispensable expression, spontanément
présentée à chacun de nous, savez-vous que notre commune
philosophie est vraiment la seule qui se désignera enfin, dans l'usage
universel, par une dénomination dogmatique sans emprunter aucun nom
d'auteur, comme on l'a toujours fait jusqu'ici, depuis le platonisme jusqu'au
fouriérisme ? Le mot
catholicisme avait, il est vrai, cette
qualité intrinsèque ; mais il a été
absorbé, de fait, par le nom de
christianisme. Je crois que nous
devons nous féliciter beaucoup de cette distinction
caractéristique, aussi utile
qu'honorable »
[96].
Comte
use pourtant d'abord fort peu, par écrit du moins, de
« l'indispensable expression » Elle est absente du
Discours de 1844. Mais elle revient lorsqu'il s'agit de souligner
« un nouveau pas
public »
[97].
Par la suite, Comte emploie couramment le terme dans sa
correspondance
[98].
En tout cas, l'usage par Comte du mot « positivisme » semble
bien lié au sentiment d'un développement nouveau donné
à la doctrine et à l'accent mis sur ses visées morale et
sociale.
À partir de 1848 par contre, la promotion du
« positivisme » est systématique.
La « Société positiviste » et
« l'ensemble du positivisme »Les
événements collectifs précipitent aussi les engagements
militants. Lorsqu'en 1848 éclate à nouveau la Révolution,
Comte réagit aussitôt. Les projets socio-politiques sont de pleine
actualité. Après avoir proposé une Association pour
l'instruction positive du peuple, Comte se décide à fonder une
Société
« positiviste »
[99].
Et il rédige le
Discours sur l'ensemble du
« positivisme » [100],
dont les premiers mots en sont la définition.
« Le positivisme se compose essentiellement d'une philosophie et
d'une politique qui sont nécessairement inséparables comme
constituant l'une la base et l'autre le but d'un même système
universel »
[101].
D'emblée
est ainsi précisée la portée des termes : il y a bien
distinction-progression entre « philosophie positive » et
« positivisme ». Affirmer la « combinaison
intime » entre une « philosophie » et une
« politique », composantes du
« positivisme », c'est dire que la « philosophie
positive » est une partie du « positivisme », mais
aussi que celui-ci ne saurait se réduire à celle-là ;
elle en donne les fondements, mais n'est pas l'édifice.
En
promouvant le « positivisme » comme nouvelle doctrine
générale, Comte insiste aussi sur le souci de satisfaire à
la fois la raison, le sentiment et l'imagination, et de coordonner les
différents aspects de « toute notre existence »
– personnelle et sociale, et spéculative, active et
affective
[102].
Le positivisme vise non seulement de nouveaux modes de penser, mais aussi de
sentir et d'agir, bref, de nouveaux modes de vie.
De la
« philosophie positive » à la « philosophie
positiviste », il y a donc un décalage chronologique qui est
aussi sémantique, et qui correspond à ce que Comte appelle
lui-même ses « deux vies philosophiques
différentes » ou encore ses « deux
carrières »
[103]
– thème rapporté aussi à la nécessité
de décomposer la réorganisation spirituelle en « deux
entreprises successives » :
« suivant que l'on considère la systématisation des
idées ou celles de sentiments, double préparation indispensable
à la systématisation finale des actions humaines [...] l'une
par-dessus tout mentale, où le point de vue social ne domine que comme
principale source de la systématisation abstraite, l'autre
éminemment sociale, où il s'agit de reconstituer, d'après
une saine doctrine préalable la vie morale de
l'Humanité »
[104].
À
partir de 1848 en tout cas, le « positivisme » s'inscrit
manifestement dans le siècle, dans la société telle qu'elle
est, et Comte et ses partisans multiplient les efforts pour instituer la
société telle qu'ils la veulent être. Les membres de la
Société positiviste ont des charges précises à
remplir et des pratiques rigoureuses à respecter :
intellectuellement, ils doivent lire et adhérer à des textes de
base ; pratiquement, ils doivent participer à des réunions
régulières et rédiger les Rapports
circonstanciés ; et financièrement, ils doivent donner leur
contribution au « libre-subside » positiviste
instauré par Littré pour assurer des ressources décentes au
maître et la publication des travaux de l'école. Les questions
discutées par les sociétaires sont concrètes : celle
de la « liberté d'enseignement », du choix des
membres du gouvernement, celle du « travail » qui doit
être assuré pour tous par un dirigisme strict, appuyé sur
tout un système de consultation de base ; le « Plan d'un
nouveau gouvernement révolutionnaire » est très
précisément établi ; puis le programme d'une
« École
Positive »
[105].
Cependant
le « positivisme » évoluant encore devient aussi
« religion ».
L'« active propagation du positivisme » : le
Catéchisme
positiviste [106]Le
passage des préoccupations sociopolitiques au
« religieux », dont certains ont prétendu
s'étonner, est de fait annoncé depuis longtemps. L'accent toujours
mis par Comte sur la réorganisation de la morale par la philosophie
positive et la sociologie était déjà
significatif.
Très vite la morale positive est
présentée comme concurrente et supérieure à toute
autre
morale
[107].
Cependant, dans le
Cours, il s'agit plutôt de constater la
faillitte des religions, et « d'éliminer leurs
influences » que d'en instaurer une. Il y est pourtant
déjà question pour la réorganisation
« spirituelle » d'instaurer une « sorte de concile
permanent de l'Église
positive »
[108].
Le
Discours de 1844 souligne encore plus l'importance de la morale que
Comte prétend exprimer en « règles » et
« corrollaires » appuyés sur
d'« irrécusables démonstrations » ; mais
l'enjeu essentiel est encore la disqualification de tout
« théologisme »
[109]
La morale prend ensuite une telle importance qu'elle est promue comme une
véritable « septième
science »
[110].
Et surtout ces enjeux moraux sont bientôt intégrés au
programme d'une nouvelle « religion ».
Ce
développement religieux du positivisme date, selon Comte, de son
« cours décisif de 1847 », cours portant sur
« l'histoire générale de
l'Humanité »
[111].
Analysant les multiples supériorités du positivisme sur la
« synthèse chrétienne », la conclusion du
Discours sur l'ensemble du positivisme de 1848, intitulée
« Culte de l'Humanité », le présente nettement
comme une nouvelle religion. En 1851 l'engagement est plus net encore, puisque
la page-titre du
Système de politique positive le dit
« Instituant la Religion de
l'Humanité »
[112] :
« C'est ainsi que le positivisme devient enfin une
véritable religion, seule complète et réelle,
destinée à prévaloir sur toutes les systématisations
imparfaites et provisoires qui émanèrent du théologisme
initial »
[113].
Pour
Comte, « la grande conception de l'Humanité, qui vient
éliminer irrévocablement celle de Dieu », fournit la
notion du « seul véritable
Être-Suprême ». Sont mises aussi en place des institutions
afin de cimenter les solidarités : nouveau système de
Fêtes
[114],
nouvel ensemble de
« sacrements »
[115].
Comte
développe alors la nouvelle religion sous les trois ordres
« pensées, actes et sentiments », correspondant aux
trois parties « le dogme, le régime et le culte »,
pour lesquelles il complète son système d'appellations :
« la
sociologie constitue la base systématique de la
sociocratie et de la
sociolâtrie » [116] ;
il retravaille sa théorie de la religion comme théorie de
l'unité humaine, lui attribuant essentiellement la fonction de
« re-lier
» les adeptes entre eux et à
l'Humanité, de « régler chaque existence
personnelle
» et de « rallier les diverses
individualités
» [117] ;
il organise précisément une nouvelle « Église
positiviste
», avec un corps sacerdotal
hiérarchisé dont il s'institue
Grand-Prêtre
[118].
Le
Catéchisme positiviste, publié en 1852, reprend tout
ceci sous forme condensée et précisée à la
fois.
Certains commentateurs ont parfois attribué la tournure
religieuse donnée alors par Comte au positivisme à son
affectivité troublée par un amour endeuillé et
sublimé pour Clotilde de
Vaux
[119]
Comte, qui a multiplié les proclamations de reconnaissance à son
« ange inspirateur
», donne lui-même des
arguments à cette interprétation. D'autres commentateurs, tenant
compte, d'une part, d'un air du temps propice aux inventions religieuses, et
relevant, d'autre part, une sorte de logique propre à Comte, ont
défendu la cohérence profonde des prolongements religieux du
positivisme
comtien
[120].
Déclinant toute compétence pour fouiller la psychologie de notre
auteur, on n'en discutera pas ici. On rappellera cependant, en s'en tenant aux
textes, qu'un certain vocabulaire religieux est assumé par Comte bien
avant que son émotivité soit réveillée lors de
« l'année sans
pareille »
[121].
En
tout cas, le passage au positivisme religieux traduit, ou se traduit par, une
systématicité que l'on peut dire galopante. Partout dans le
Discours de 1848-51 il est question de systématiser.
« Généraliser la science réelle et
systématiser l'art social » définit la
« mission fondamentale
» du
positivisme
[122] ;
dans chacune des cinq parties, il s'agit d'examiner, dans tous les domaines, qui
peut et comment la mieux conduire : systématisation théorique
par les « philosophes » ; systématisation de
« l'art social ou politique » par celle de la morale ;
systématisation des aptitudes affectives sociales par les
prolétaires et surtout par les femmes ; systématisation des
fonctions esthétiques. Et le positivisme est constamment
présenté comme la « systématisation
finale ». Il y a profusion, voire invasion de termes comme
« système »,
« systématisation »,
« systématiser », mêlés à ceux de
« synthèse »,
« synthétiser » ; les
« coordinations » prolifèrent ; les
« connexités » abondent ; les
« relations » se combinent aussi aux
« ralliements ». On ne saurait les recenser...
La
systématisation religieuse affecte l'ordonnance de l'encyclopédie
avec la morale comme « septième science » qui la
couronne. Ce « perfectionnement définitif de la
hiérarchie encyclopédique », dont Comte fait un nouveau
Tableau
[123],
renouvelle assez profondément la classification. L'échelle
encyclopédique présente alors 5 ou 7 degrés – selon
que le second, la Physique, est considéré comme un seul ou comme
trois (astronomie, physique proprement dite et chimie). Les compétences
de la Biologie pour l'étude de l'homme sont sévèrement
reconsidérées
[124]
Et le domaine de la Sociologie redistribué : il y a une
« Sociologie proprement dite », la science du 4
e
degré, mais aussi une « Sociologie-Étude de
l'homme
», comprenant Biologie, Sociologie et Morale, pour
laquelle Comte rappelle le mot
Anthropologie
[125]
Comte multiplie d'ailleurs les réordonnances systématiques en
proposant d'autres modes de classement – division dogmatique en
Étude de la terre ou Cosmologie, et Étude de l'homme, ou division
historique en Science préliminaire ou philosophie naturelle et Science
finale ou philosophie morale – et d'autres
« constitutions » « binaires »,
« ternaires », « quaternaires »,
« quinquenaires », « septenaires » de sa
hiérarchie
[126]
Tant et si bien qu'en exposant ces multiples points de vue, là même
où la systématisation est la plus grande, elle est aussi
très relativiste :
« On ne saurait objectivement fixer le nombre des sciences [...].
Au fond, le nom consacré pour chaque science désigne seulement le
groupe de spéculations dont l'unité se trouve suffisamment
reconnue ; ce qui doit varier suivant les temps et les esprits.
Subjectivement appréciée, la division des sciences ne comporte pas
plus de fixité, vu qu'elle indique alors les différentes stations
de l'intelligence dans une course encyclopédique qui peut toujours
être continue quel qu'y soit le nombre des
phases »
[127].
Le
dernier tome du
Système programme encore une autre
systématisation de l'ordre théorique : une
« systématisation finale
» en trois niveaux
successifs, « Philosophie première »,
« Philosophie seconde » et « Philosophie
troisième »
[128],
établissant respectivement le système des « lois
universelles »
[129],
puis la constitution de l'« encyclopédie abstraite »,
puis celle de l'« encyclopédie
concrète ».
Ainsi le second grand traité qui
s'achève est, aussi et encore, un programme, un nouveau départ.
Comte s'apprête à refaire le parcours encyclopédique, du
point de vue de la « synthèse
» : il
planifie sept volumes « où chaque science se trouve
réduite à son extension normale et dignement incorporée
à la religion de
l'Humanité
»
[130].
De cette
Synthèse subjective ou Système universel des
conceptions propres à l'état normal de l'Humanité, il
n'aura le temps d'écrire que le premier volume
Système de
logique positive ou Traité de Philosophie
mathématique [131]
Comte n'aura pas non plus le temps d'écrire ni la synthèse de la
morale
[132],
ni le
Système d'industrie positive ou Traité de l'action totale
de l'Humanité sur sa planète qui devait former la
« philosophie
troisième
»
[133].
C'est le disciple et successeur Pierre Laffitte, qui, reprenant les plans de
Comte, leur consacrera de nombreux cours.
La promotion de la
philosophie positive en positivisme est ainsi une longue histoire, que Comte a
d'ailleurs laissé inachevée. Suivre ce parcours, c'est suivre une
continuité scandée de recommencements et de rebondissements. Le
système comtien se complète, se nuance, se corrige. Mais aussi et
surtout, on voit combien et comment c'est un
« système », dogmatique et historique à la
fois.
Le souci, l'ambition de construire un
« système » sont chez Comte primordiaux. Ils sont
chronologiquement premiers dans sa démarche philosophique – ils
sont pour beaucoup dans la rupture avec Saint-Simon, qui, lui, était si
peu
systématique
[134] ;
ils deviennent presque obsessionnels lorsque Comte entreprend le Cours et ils
lui valent en partie son « orage
cérébral »
[135].
Ils sont constamment présents, clairement proclamés et partout
dans sa philosophie des sciences strictement ordonnée et aux structures
systématiquement répétées. Comte les revendiquent
très consciemment contre ceux qui les lui
reprochent
[136].
Ils commandent une sociologie politique où les places et fonctions de
chacun sont méthodiquement assignées dans des collectifs
dûment hiérarchisés. Ils dominent dans l'expression
même du philosophe, « les allures systématiques qui (lui)
sont propres » par lui-même
reconnues
[137],
ses lourdeurs répétitives, son goût des tableaux,
l'inflation dogmatique de ses propos, et son application à lister et
comptabiliser jusqu'aux paragraphes et aux lignes de ses écrits et
à systématiser les lettres qui débutent chacune des
phrases
[138].
La
systématisation de la philosophie comtienne est autant ce qui fascine que
ce qui repousse. Des sciences positives, elle fait un bilan remarquable ;
mais elle leur impose des limites, tant dans la détermination de leur
domaines que dans celles de leurs méthodes, que leur développement
a fortement ébranlées. Pour la politique, le système
comtien apparaît comme l'une des grandes et audacieuses tentatives
philosophiques du xix
e siècle pour refaire le monde.
L'obstination comtienne à prétendre articuler l'état des
sciences et celui de la société, en est un trait constant, mais
aussi sans doute ce qui fait sa puissance et sa
fragilité.
[1]. Cf. Henri Gouhier
(La
Jeunesse d'
Auguste Comte et la formation du positivisme, t. 1,
Paris, Vrin, 1933) montrant que la pépinière des plus grands
savants est aussi au XIX
e siècle celle des réformateurs
sociaux.
[2]. Voir les lettres de Comte à Valat
dans Auguste Comte,
Correspondance générale et Confessions,
éd. P.E. de Berrêdo Carneiro, Pierre Arnaud, Paul Arbousse-Bastide,
Angèle Kremer-Marietti, Paris-La Haye, Mouton-EHESS-Vrin (Archives Positivistes),
1973-1990, t. 1. Comte entreprend vite de convaincre Valat de préparer
le concours. Cf. par exemple le 2 janvier 1815 (p. 7) : « Tous
nos actes solennels sentent beaucoup la république : c'est là
l'esprit général de l'École, et si quelques uns ne vont
pas jusqu'à la république, du moins il n'en est pas un qui ne
soit un ardent ami de la liberté que nous savons très bien distinguer
de l'anarchie ».
[3] A. Comte, « Mes Réflexions
- Humanité, Vérité, Justice, Liberté, Patrie - Rapprochements
entre le régime de 1793 et celui de 1816, adressés au peuple français »,
dans
Écrits de jeunesse, Paris, Vrin (Archives Positivistes),
p. 417-431. En réveillant la mémoire de ses contemporains,
Comte veut alors les inciter à reconnaître et à abattre
la nouvelle « tyrannie » qu'il juge aussi grande, et parfois
pire parce que plus sournoise, que celle de la Terreur.
[4] Cf. lettre à
Valat, 12 février 1817 (A. Comte,
Correspondance
générale,
op. cit. n. 2, t. 1,
p. 19).
[5] . Comte a
rencontré Saint-Simon, grand concepteur de projets encyclopédiques
et sociaux, en 1817 ; séduit, fasciné, il renonce aux
carrières polytechniciennes et, après avoir été
appointé quelques mois comme secrétaire, il devient, pour quelques
années, collaborateur et ami.
[6]. A. Comte,
« Sommaire appréciation de l'ensemble du passé
moderne », dans
Système de politique positive
(1851-1854), Paris, Anthropos, 1970, t. 4,
Appendice
général, p. 4-46. Ce texte paraît en 1820 dans un
recueil de Saint-Simon et sous sa signature.
[7]. « Le
système que la marche de la civilisation nous appelle à remplacer
était la combinaison du pouvoir spirituel, ou papal ou
théologique, et du pouvoir temporel, ou féodal et
militaire ». Une rapide présentation de la naissance, du
développement et de la destruction de ce
« système » évoque l'émergence de
« capacités » nouvelles – celles de la science
pour le spirituel, et celles de l'industrie pour le temporel – qui,
s'élevant à coté des anciens
« pouvoirs », visent à les remplacer et à
fonder un nouveau « système social » Le texte
s'organise alors en suivant les « deux séries
contemporaines : celle des observations sur la décadence de l'ancien
système et celle de l'élévation du nouveau », et
donne des repères historiques succincts.
[8]. A. Comte,
« Plan des travaux scientifiques nécessaires pour
réorganiser la société », dans
Système
de politique positive,
op. cit. n. 6, t. 4,
Appendice
général, p. 47-136. Ce texte est le premier auquel Comte
appose sa signature.
[9]. Les rois ne songent
qu'à rétablir l'ancien système ; ils recherchent
l'ordre, mais ne savent prendre en compte les progrès ; ils ne sont
que rétrogrades. Les peuples ignorent tout des « conditions
fondamentales que doit remplir un système social pour avoir une
consistance véritable » ; ils veulent le progrès,
mais ne savent qu'engendrer le désordre ; ils ne sont
qu'anarchiques. Cf. A. Comte, « Plan des travaux
scientifiques...»,
op. cit., n. 8, p. 48-50,
60-61.
[10]. Cf.
ibid.,
p. 61-77 ; et la tâche des savants est
d'« élever la politique au rang des sciences
d'observation ».
[11]. Après
l'état théologique ou fictif – où l'on essaie
d'expliquer les faits au moyen d'idées surnaturelles – puis
l'état métaphysique ou abstrait – où l'on
procède à partir d'idées plus abstraites mais guère
plus naturelles ni vérifiables –, advient l'état
scientifique ou positif – où tout est enfin appuyé sur
l'observation et sur les faits liés en lois.
[12]. « La saine
politique ne saurait avoir pour objet de faire marcher l'espèce humaine,
qui se meut par une impulsion propre, suivant une loi aussi nécessaire,
quoique plus modifiable, que celle de la gravitation. Mais elle a pour but de
faciliter sa marche en l'éclairant » (A. Comte,
« Plan des travaux scientifiques...»,
op. cit., n. 8,
p. 95).
[13] Sur ces circonstances,
voir H. Gouhier,
op. cit. n. 1
, t. 3, Paris, 1941 et
Mary Pickering,
Auguste Comte, An Intellectual biography,
Volume
I, Cambridge University Press, 1993, chap. 4 et 5. Les deux auteurs
jugent très différemment des urgences. Saint-Simon est
pressé et plus soucieux d'intervention immédiate, et il cherche
plutôt l'appui des industriels et banquiers, et des artistes ; Comte,
lui, veut d'abord parfaire l'élaboration théorique et compte
plutôt sur les savants. Bref, Comte juge qu’il y a dans les
orientations de son ex-maître trop de hâte brouillonne, de
« sentimentalisme » – auquel il trouve plus tard des
relents de « théophilantropie réchauffée»
(cf. A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit.
n. 2, t. 1, p. 205, 213).
[14]. Comte voulait donner
à son opuscule le titre « Système de politique
positive » ; par la suite cet intitulé est dit
« prématuré », mais Comte a toujours vu dans
ce texte son « opuscule fondamental ».
[15] . A. Comte,
« Sommaire appréciation... »,
op. cit.
n. 6, p. 32.
[16]. Cf.
Essais sur
quelques points de la philosophie des mathématiques, notes
datées 1819 et 15 nov. 1818 ;
Essais sur la philosophie des
mathématiques, notes datées déc. 1819 et
janv.-févr. 1820 ;
Essais de philosophie mathématique,
janv.-mars 1821 et sept.-nov. 1824
. Tous ces textes sont repris dans A.
Comte,
Écrits de jeunesse,
op. cit. n. 3,
3
e partie, p. 491-563.
[17]. Lettre à
Valat, 24 sept. 1819 (A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2, t. 1, p. 59, l'auteur souligne). Même
idée dans un fragment des
Essais de 1819 : « La
philosophie d'une science n'est bien sensible, ne s'aperçoit bien
distinctement que dans ses rapports avec les autres
sciences ».
[18]. A. Comte,
« Plan des travaux scientifiques...»,
op. cit.
n. 8 , p. 132. Sur la comparaison entre le texte de 1822 et celui
de 1824, voir Henri Gouhier, « L'Opuscule fondamental »,
Études philosophiques, juil.-sept. 1974, repris dans
La
Philosophie d'
Auguste Comte, Esquisses, Paris, Vrin, 1987,
p. 65-77.
[19]. Cf. A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2,
t. 1 : ainsi lettre à G. Cuvier, 9 mai 1824, p. 86 ;
à G. d'Eichthal, 5 août 1824, p. 105-110 ; à
É. Tabarié, 5 août 1824, p. 112 ; à Valat,
5 août 1824, p. 120. Les explications données à Gustave
d'Eichthal sont particulièrement intéressantes : alors que
celui-ci pensait trouver déjà « la philosophie
positive » dans quelques ouvrages, Comte insiste pour dire qu'elle est
encore à faire, et, tout en justifiant le choix de
« politique » dans le nouveau titre de son ouvrage, il
déclare que « le vrai titre de (s)es travaux serait
“Philosophie positive” » : « Si j'ai
préféré “politique”, c'est à cause que
c'est l'application philosophique la plus urgente », 5 août
1824, p. 110.
[20]. A. Comte,
« Considérations philosophiques sur les sciences et les
savants » (1825) et « Considérations sur le pouvoir
spirituel » (1826), dans
Système de politique positive,
op. cit. n. 6, t. 4,
Appendice général,
p. 137-175 et p. 175-215.
[21]. Cf. Henri de
Saint-Simon,
Opinions littéraires, philosophiques et
industrielles, 1824 ;
Le Nouveau christianisme, 1825, qui, de
plus, se termine par un appel aux « Princes ».
[22]. Cf. A. Comte,
« Considérations sur le pouvoir spirituel »,
op.
cit. n. 20, p. 193 : « Le pouvoir spirituel a pour
destination propre le gouvernement de l'opinion, c'est-à-dire
l'établissement et le maintien des principes qui doivent présider
aux divers rapports sociaux. Cette fonction générale se divise en
autant de parties qu'il y a de classes distinctes de relations [...]. Son
attribution principale est donc la direction suprême de
l'éducation, soit générale, soit spéciale ;
mais surtout de la première, en prenant ce mot dans son acception la plus
étendue, et lui faisant signifier, comme on le doit, le système
entier d'idées et d'habitudes nécessaires pour préparer les
individus à l'ordre social dans lequel ils doivent vivre, et pour
adapter, autant que possible, chacun d'eux à la destination
particulière qu'il doit remplir ».
[23]. A. Comte,
« Considérations philosophiques sur les
sciences... »,
op. cit. n. 20, p. 150, 157 ;
voir aussi p. 161 : « je regarde avant tout les sciences
[...] comme ayant pour destination directe et principale de satisfaire ce besoin
fondamental qu'éprouve notre intelligence d'un système de
conceptions positives sur les différents ordres de
phénomènes qui peuvent être le sujet de nos
observations ». Le terme « système » est
employé plus de 10 fois entre les pages 117 et 161.
[24].
Ibid.,
p. 137. Comte expose alors sur une dizaine de pages les observations sur
lesquelles on peut appuyer cette « loi », il en commente la
« nécessité » et
l'« indispensabilité » et souligne le
caractère « naturel » du développement ainsi
décrit,
ibid., p. 138-145. Il conclut en se félicitant
de sa « démonstration à la fois théorique et
expérimentale », en joignant quelques appréciations
complémentaires sur les différents états, et surtout en
insistant sur la portée générale et même universelle
de sa « loi fondamentale » qui « doit être
aujourd'hui le point de départ de toute recherche philosophique sur
l'homme et sur la société »,
ibid., p. 146.
Cf. aussi le commentaire fait à G. d'Eichthal, 24 nov. 1825, A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2,
t. 1, p. 172.
[25]. Même
présentation dogmatique de la succession des trois états au
début des « Considérations sur le pouvoir
spirituel » (
op. cit. n. 20,
p. 176-178).
[26] . A. Comte,
« Considérations philosophiques sur les
sciences... »,
op. cit. n. 20, p. 147-149,
152.
[27].
Ibid.,
p. 148 : « Il est [...]
très essentiel
d'observer attentivement dans quel ordre nos différentes classes
d'idées ont subi cette transformation ; car cette notion est
indispensable pour compléter la connaissance de la loi
précédemment exposée »,
ibid.,
p. 147, je souligne. On peut même dire que Comte établit ici
une sorte de dépendance de la loi des états à la
maîtrise de l'ordre des positivités. D'ailleurs, une fois les
critères explicités, Comte relie la classification aux
états de façon telle que celle-ci commande ceux-là :
« Cette classification fixe donc d'une manière
irrésistible l'ordre du développement de chacune des trois
philosophies ».
[28].
Ibid., p.
147 : « Cet ordre est celui du degré de facilité
que présente l'étude des phénomènes correspondants.
Il est déterminé par leur complication plus ou moins grande, par
leur indépendance plus ou moins entière, par leur degré de
spécialité, et par leur relation plus ou moins directe avec
l'homme ».
[29].
Ibid., p.
147-148 : « Les phénomènes astronomiques sont
à la fois les plus simples, les plus généraux, et les plus
éloignés de l'homme ; ils influent sur tous les autres sans
être influencés par eux, du moins à un degré sensible
pour nous ; ils n'obéissent qu'à une seule loi, la plus
universelle de la nature, celle de la gravitation. Après eux viennent les
phénomènes de la physique terrestre proprement dite, qui se
compliquent des précédents et qui, en outre, suivent des lois
spéciales, plus bornées dans leurs résultats. Ensuite les
phénomènes chimiques, qui dépendent des uns et des autres
et dans lesquels on aperçoit une nouvelle série de lois, celles
des affinités dont les effets sont moins étendus. Enfin, les
phénomènes physiologiques où l'on observe toutes les lois
de la physique, soit céleste, soit terrestre, et de la chimie, mais
modifiées par d'autres lois qui leur sont propres et dont l'influence est
encore plus limitée ». Le
Cours de philosophie positive
(1830-1842) développe abondamment ce thème de la
spécificité limitative des lois (A. Comte,
Cours de philosophie
positive, Paris, Hermann, 1975, 6 t. en 2 vol. [vol. I :
t. 1, 2, 3, leçons 1 à 45 ; vol. II :
t. 4, 5, 6, leçons 46 à 60]).
[30]. A. Comte,
« Considérations philosophiques sur les
sciences... »,
op. cit. n. 20, p. 149-150 :
« Nous possédons maintenant une physique céleste, une
physique terrestre, soit mécanique, soit chimique, une physique
végétale et une physique animale : il nous en faut encore une
dernière, la physique sociale, afin que le système de nos
connaissances naturelles soit complet ». Se donnant pour inventeur,
Comte précise cette « physique sociale » par un
« esprit particulier », une « méthode
spéciale » et un « objet propre » –
celui-ci étant les diverses formes de collectif humain :
« espèce humaine », « genre
humain », « sociétés »,
« civilisation », cf.
ibid., p. 150-151.
Insistant sur l'originalité irréductible de la
« physique sociale », Comte insiste aussi sur son statut de
novateur.
[31]. Cf.
ibid.,
p. 151-161, et « Considérations sur le pouvoir
spirituel »,
op. cit. n. 20,
passim.
[32]. A. Comte,
« Considérations philosophiques sur les
sciences... »,
op. cit. n. 20, p. 146 note :
« Le mot
sciences, qui d'abord n'avait été
appliqué qu'aux spéculations théologiques et
métaphysiques, et plus tard aux recherches de pure érudition
qu'elles ont engendrées, ne désigne plus aujourd'hui, quand il est
isolé, même dans l'acception vulgaire, que les connaissances
positives ». Comte a déjà manifesté dans les
opuscules précédents son souci de préciser l'acception des
mots « science » et « savant » :
cf. par exemple, « Sommaire appréciation... »,
op.
cit. n. 6, p. 24 note 2 ; « Plan des travaux
scientifiques...»,
op. cit. n. 8, p. 73 note
1.
[33]. A. Comte,
« Considérations philosophiques sur les
sciences... »,
op. cit. n. 20,
p. 173.
[34]. Lorsqu'il analyse les
pratiques politico-sociales – rapports entre les États,
système colonial, invasion technologique, « despotisme
administratif » et centralisation du pouvoir, division du travail,
concurrence industrielle – c'est pour mieux établir la
nécessité d'une théorie politique préalable. Ainsi,
tout en développant largement les enjeux sociaux – institutionnels,
moraux – et parce qu'il les développe dans leur enchaînement
ordonné, Comte, pour ainsi dire, s'en dégage. Ses recherches les
impliquent, mais, provisoirement du moins, il s'oblige à surseoir
à ces préoccupations.
[35]. Cf. surtout A. Comte,
« Considérations sur le pouvoir spirituel »,
op.
cit. n. 20, p. 209-211. La correspondance de Comte permet de
suivre les progrès de sa méfiance, cf. surtout avec G.
d'Eichthal : décembre 1824 (A. Comte,
Correspondance
générale,
op. cit. n. 2, t. 1, p. 140),
puis novembre 1825 (
ibid., p. 173-174). Reprise de ces
réserves grandissantes dans A. Comte,
Cours de philosophie
positive,
op. cit. n. 29, vol. II, 47
e
leçon.
[36] A. Comte,
« Considérations sur le pouvoir spirituel »,
op.
cit. n. 20, p. 157-158.
[37]. Mais cette
première tentative tourne court, pour cause de maladie de
l'auteur.
[38]. Cf. A. Comte,
Cours de philosophie positive,
op. cit. n. 29, vol. I,
1
ère leçon, p. 30-32. Il s'agit de
« déterminer l'esprit de chacune (des sciences) [...]
découvrir leurs relations et leur enchaînement [...]
résumer, s'il est possible, tous leurs principes propres en un moindre
nombre de principes communs [...]. Aujourd'hui, chacune des sciences a pris
séparément assez d'extension pour que l'examen de leurs rapports
mutuels puisse donner lieu à des travaux suivis, en même temps que
ce nouvel ordre d'études devient indispensable pour prévenir la
dispersion des conceptions humaines ». Comte s'intéresse plus
à la construction des systèmes de rapports, de relations, qu'aux
détails des conceptions : cf. la différence faite entre son
approche « philosophique » et les études purement
scientifiques qui en fournissent en quelque sorte les matériaux :
« C'est un
Cours de philosophie positive, et non de sciences
positives, que je me propose de faire. Il s'agit uniquement ici de
considérer chaque science fondamentale dans ses relations avec le
système positif tout entier, et quant à l'esprit qui la
caractérise, c'est-à-dire sous le double rapport de ses
méthodes essentielles et de ses résultats principaux »
La coordination des connaissances est aussi donnée par Comte comme l'une
des visées et des propriétés « très
remarquables » (la troisième) de sa classification, cf.
ibid., vol. I, 2
e leçon,
p. 59.
[39]. Cf. A. Comte,
Cours de philosophie positive,
op. cit. n. 29, vol. II,
49
e leçon, p. 172.
[40]. Cf. surtout
ibid., vol. II, 58
e leçon.
[41]. Cf.
ibid.,
vol. II, 60
e leçon.
[42]. Comte le
désigne déjà ainsi dans
l'« Avertissement » au t. 4 (
ibid.,
vol. II, p. 7). Le changement est officialisé en 1844 lorsque,
pour la publication du
Discours sur l'
esprit positif, Comte se
déclare sur la page-titre « auteur du
Système de
philosophie positive » (cf. A. Comte,
Discours sur
l'
esprit positif, Paris, Vrin, 1995).
[43]. Il est
présenté pour la première fois à G. d'Eichthal le 26
janv. 1826 (cf. A. Comte,
Correspondance générale,
op.
cit. n. 2, t. 1, p. 185) ; Comte le reprend plus tard
pour « consacrer la souvenir de (sa) tentative
initiale ».
[44]. Annoncé
à G. d'Eichthal le 9 déc. 1828 (cf. A. Comte,
Correspondance
générale,
op. cit. n. 2, t. 1,
p. 205-206). Ce cours, commencé le 4 janvier 1829, s'est
déroulé jusqu'au 9 septembre.
[45]. Cf.
« Annonce et programme du Cours de philosophie positive de M. Auguste
Comte, ancien élève de l'École polytechnique »,
paru dans la
Revue encyclopédique (cf. A. Comte,
Écrits
de jeunesse,
op. cit. n. 3, p. 277-279) – le texte
est par erreur daté de 1828, mais Comte dit explicitement qu'il vient
d'en finir la rédaction le 4 novembre 1829 (cf. lettre à Gondinet,
A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit.
n. 2, t. 1, p. 209-210).
[46]. Il est joint à
l'« Avertissement de l'auteur » daté du 18
décembre 1829 ; oublié dans la 1
ère
réédition du
Cours de philosophie positive par
Hermann, il a été rétabli dans l'édition de 1998,
p. ix.
[47]. A. Comte,
Cours de
philosophie positive,
op. cit. n. 29, vol. I, tome 1
– 3
e à 18
e leçons – écrit
en 1829-1830.
[48]. Cf.
ibid.,
3
e leçon, p. 66, note.
[49]. Cf.
ibid.,
11
e et 12
e leçons. Ce qui d'ailleurs n'est pas sans
poser quelque problème : Comte ayant dans les premières
leçons du
Cours exposé la primauté et
l'antériorité spontanée des études
« générales » sur les
« spéciales », il faudrait donc croire qu'en
mathématique l'esprit humain a cheminé à rebours de ses
voies naturelles.
[50]. Cf.
ibid.,
13
e et 14
e leçons.
[51].
Ibid.,
vol. I, 19
e à 27
e leçons,
rédigées durant le dernier semestre de 1834, parues dans le tome
2.
[52]. Au lieu d'être
l'« Appréciation philosophique de la loi de la
gravitation », la 25
e leçon devient l'étude
de la « statique céleste », tandis que, au lieu
d'être l'« Explication des phénomènes
célestes par cette loi (de la gravitation) », la 26
e
leçon devient l'étude de la « dynamique
céleste ». Les entreprises chimériques d'explication
universelle par une loi unique ont été dénoncées
dès la première leçon (cf.
ibid., vol. I,
p. 40).
[53]. Le transport est
assez attendu, lorsqu'il s'agit des sous-divisions de la branche
« astronomie mécanique » ou
« mécanique céleste » ; cependant Comte
les envisage aussi pour les sous-divisions de l'« astronomie
géométrique » ou « géométrie
céleste » (cf.
ibid., vol. I, 21
e
leçon, p. 332).
[54]. Cf.
ibid.,
vol. I, 19
e leçon, p. 313 et 21
e
leçon, p. 332 ; 24
e leçon,
p. 379-380.
[55].
Ibid.,
vol. I, 28
e à 34
e leçons,
écrites en 1835, parues dans le tome 2.
[56].
Ibid.,
vol. I, tome 3 – 35
e à 39
e leçons
– écrit en 1835.
[57]. Inversion de l'ordre
des deux dernières : l'Optique succédait à
l'Électrologie dans l'Annonce de 1829 ; elle passe avant dès
le Tableau de 1830.
[58]. En fait, c'est dans
les leçons de chimie, écrites fin 1835, que le terme
« biologie » apparaît pour la première fois
dans le
Cours, d'abord sans commentaire (cf. A. Comte,
Cours de
philosophie positive,
op. cit. n. 29, vol. I,
36
e leçon, p. 601), puis avec une note explicative :
« Je ne pense pas qu'aucun philosophe puisse aujourd'hui suivre un peu
loin une série quelconque d'idées générales sur
l'ensemble rationnel des considérations positives propres aux corps
vivants, sans être en quelque sorte obligé d'employer cette
heureuse expression de
biologie, si judicieusement construite par M. de
Blainville, et dont le nom de
physiologie, même purifié,
n'offrirait qu'un faible et équivoque équivalent »
(
ibid., p. 602). L'enthousiasme de Comte pour son
« illustre ami » lui attribue une invention qui n'est pas de
son fait. Dans une note au titre même de la première leçon
de biologie (cf.
ibid., vol. I, 40
e leçon,
p. 665), Comte met sa formation biologique sous le patronage de Blainville,
en se référant aux cours de 1829-1832, postérieurs donc au
Tableau synoptique du
Cours ; il n'est donc pas étonnant que
les leçons rédigées en 1836-1837 corrigent les conceptions
qui inspiraient le plan de 1829.
[59]. Cf.
ibid.,
vol. I, 40
e leçon, p. 742 : « Quoique
la philosophie positive puisse quelquefois éprouver le besoin d'employer
la dénomination de
biologie pour désigner sommairement
l'ensemble de l'étude réelle des corps vivants, envisagés
sous tous les divers aspects généraux qui leur sont propres, on
doit cependant réserver soigneusement cette importante expression comme
titre spécial de la partie vraiment fondamentale de cette immense
étude, où les recherches sont à la fois spéculatives
et abstraites ».
[60]. C'est d'abord au
terme d'une méditation sur les notions d'« organe »,
de « milieu » et de « fonctions » que
Comte adapte, adopte, « statique » et
« dynamique » pour qualifier les points de vue
déterminants sur le vivant (cf.
ibid., vol. I, 40
e
leçon, p. 683-684) ; puis il en fait les dénominations
des principales divisions intérieures de la biologie, en se
réclamant d'ailleurs toujours de l'autorité de Blainville (cf.
ibid., p. 739, 743-746 ; cf. aussi 1
ère
leçon, p. 32-33).
[61]. La substitution et la
redéfinition des termes se font cependant lentement. Comte emploie assez
indifféremment l'un ou l'autre nom pour l'ensemble de la science,
jusqu'à ce qu'il en détermine les divisions. D'ailleurs, le cours
de Blainville que Comte donne comme « le type le plus parfait de
l'état le plus avancé de la biologie actuelle » est un
« Cours de physiologie générale et
comparée ». Comte commence à réserver à
« physiologie » le sens restreint précisé
désormais comme « physiologie proprement dite »
lorsqu'il envisage la distinction entre « le point de vue anatomique
et le point de vue physiologique » comme études de statique et
de dynamique biologique.
[62]. Division apparue en
1828 et à laquelle le Tableau synoptique du début du
Cours
reste fidèle. Le plan de 1828-1829 ne subdivise la
« physiologie » que sous ces trois chefs : il n'y est
pas fait mention des questions de structure et composition des corps vivants ni
de leur classification, qui, dans le Tableau synoptique, sont des parties de la
« science physiologique » au même titre que les trois
« physiologies ». Certes, Comte disqualifiait dès
1830 la division entre « Physiologie
végétale » et « Physiologie
animale » : « On pourrait aisément
établir une symétrie parfaite entre la division de la physique
organique et celle ci-dessus exposée pour la physique inorganique, en
rappelant la distinction vulgaire de la physiologie proprement dite en
végétale et animale. [...] Or, il est certain que la distinction
entre la physiologie végétale et la physiologie animale, qui a une
grande importance dans ce que j'ai appelé la physique concrète,
n'en a presque aucune dans la physique abstraite, la seule dont il s'agisse ici.
La connaissance des lois générales de la vie, qui doit être
à nos yeux le véritable objet de la physiologie, exige la
considération simultanée de toute la série organique sans
distinction de végétaux et d'animaux » (A. Comte,
Cours de philosophie positive,
op. cit. n. 29, vol. I,
2
e leçon, p. 57). Mais Comte ne formulait alors qu'un
refus ; maintenant, il procède à un double
déplacement-remplacement de la division
répudiée.
[63]. Mais il est à
souligner que, dans la biologie statique comme dans la biologie dynamique, Comte
invite à renverser l'ordre des considérations. L'étude des
végétaux s'avère complexe, difficile et imparfaite,
n'éclairant guère celle des animaux, alors que celle-ci
éclaire plutôt celle-là : une définition de
l'être végétal plonge selon Comte dans un
« profond embarras scientifique » (
ibid.,
42
e leçon, p. 792) ; d'où les incertitudes de
la biotaxie végétale ; pour les mêmes raisons, ce n'est
pas dans « l'organisme végétal » que la
physiologie générale est la plus aisée à
étudier (
ibid., 43
e leçon,
p. 812-814).
[64]. Ainsi, au niveau de
la « physiologie », la division entre
« végétaux » et
« animaux » est transformée en distinction de la
« vie végétative ou organique »,
étudiée dans la 43
e leçon, et « vie
animale », étudiée dans la 44
e leçon.
Mais la « vie végétative » n'est point celle
des végétaux, en tous cas pas d'eux seuls, et Comte va même
jusqu'à dénoncer « la stérilité vraiment
remarquable » des études faites jusqu'ici sur la vie des
végétaux (
ibid., 43
e leçon, p. 814).
À remarquer que Comte préfère l'expression « vie
organique », souligné dans le titre de la 43
e
leçon, à « vie végétative » (cf.
aussi
ibid., 40
e leçon, p. 680-681 et
745-746).
[65]. Cf.
ibid.,
40
e leçon, p. 742 : « aucune autre
catégorie de phénomènes ne fait ressortir d'une
manière aussi prononcée la réalité et la
nécessité de cette grande division philosophique entre la science
abstraite, générale, et par suite fondamentale, et la science
concrète, particulière, et par suite
secondaire ».
[66].
Ibid.,
40
e leçon, p. 743-744 : « En second lieu,
la biologie statique doit être ensuite subdivisée en deux parties
essentielles, selon qu'on étudie isolément la structure et la
composition de chaque organisme particulier, ou que l'on construit la grande
hiérarchie biologique qui résulte de la comparaison rationnelle de
tous les organismes connus ; ces deux branches ont été fort
heureusement désignées, à l'égard des animaux, par
M. de Blainville, à l'aide des noms de “zootomie” pour la
première, et de “zootaxie” pour la seconde, qu'il serait
aisé de modifier commodément de manière à les rendre
communs aux animaux et aux végétaux. La biologie dynamique,
à laquelle pourrait être réservée le nom de
“bionomie” [...] ne comporte aucune division
analogue ».
[67]. Seul le terme
« biotaxie » est fréquent, et même inscrit dans
le titre de la 42
e leçon ; la
« biotomie », étudiée dans la 41
e
leçon, garde son appellation plus classique
d'« anatomie », et la « bionomie »,
étudiée dans les 43
e, 44
e, 45
e
leçons, est plutôt désignée comme
« physiologie » ou plutôt « étude de
la vie » ou « étude des fonctions » –
de fait, on ne retrouve l'expression « bionomie » qu'une
seule fois (cf.
ibid., 43
e leçon,
p. 811).
[68]. Cf.
ibid.,
surtout 41
e leçon, p. 747 ; 42
e
leçon, p. 767, 773 ; 43
e leçon,
p. 795-797.
[69]. Cf.
ibid.,
43
e leçon, p. 797 ; et 45
e
leçon, p. 851 où Comte argue d'un « ensemble de
motifs assez prononcé pour autoriser, du moins provisoirement, à
ériger ce nouveau corps de doctrine en une troisième partie de la
physiologie, jusqu'à ce qu'une étude mieux
caractérisée de la physiologie organique, et une conception plus
philosophique du système de la physiologie animale, permettent de placer
enfin ce genre de recherches dans sa véritable position
encyclopédique, c'est-à-dire comme une simple subdivision de la
physiologie animale », et Comte propose pour cette étude
l'expression « physiologie phrénologique »
(
ibid., p. 851, note).
[70]. Cf.
ibid.,
1
ère leçon, p. 33. Cf. aussi lettre à
Valat, 24 sept. 1919 (A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2, t. 1, p. 58-59).
[71]. Comte tient
même des propos doctrinaux provocants, ainsi sur les liens entre animaux
et hommes (cf. par exemple, A. Comte,
Cours de philosophie positive,
op. cit. n. 29, vol. I, 45
e leçon,
p. 857, 859, 866, 877-878) ; ou quand il renverse l'ordre de
subordination entre facultés affectives et intellectuelles (cf.
ibid., par exemple p. 860, 867) ; ou encore quand il rapporte
des vertus morales à des synergies cérébrales
(
ibid., p. 879). Cf. A. Petit, « Critiques et renouveaux
de la psychologie positiviste », dans
Auguste Comte et
l'idée d'une science de l'homme,
Paris, L'Harmattan, 2002,
p. 85-110.
[72]. Cf. A. Petit,
« La fondation de la sociologie », dans
Auguste Comte,
deux siècles après, Tunis, Beït Al-Hikma, Orbis, 2000,
p. 87-115.
[73]. Voir A. Comte,
Cours de philosophie positive,
op. cit. n. 29, vol. II,
46
e leçon à 50
e
leçon.
[74]. Cf.
ibid.,
vol. II, 52
e leçon.
[75].
Ibid.,
vol. II, 58
e leçon, p. 707.
[76].
Ibid.,
vol. II, p. 700-701.
[77].
Ibid.,
vol. II, 58
e leçon, p. 701 :
« Quant au couple intermédiaire, formé par la
philosophie physico-chimique, sa nature propre le rend assurément trop
éloigné à la fois du point de départ et du but
convenables à l'ensemble de l'élaboration positive, pour qu'il
doive jamais prétendre dans ce grand conflit mental, à aucune
autre influence essentielle que celle de seconder puissamment l'une ou l'autre
de ces deux impulsions rivales ».
[78].
Ibid.,
vol. II, 59
e leçon, p. 751 :
« C'est ainsi que l'unité finale de la science humaine
se concilie spontanément avec sa décomposition rationnelle en deux
études principales, l'une relative à l'existence inorganique ou
générale, l'autre à l'existence organique ou
spéciale [...]. En considérant sous le même aspect les trois
modes essentiels, d'abord mathématique ou astronomique, ensuite physique
et enfin chimique, que présente l'existence inorganique, et pareillement
les deux modes individuel et social qui sont propres à l'existence
organique, leur succession totale constituera désormais une série
scientifique parfaitement correspondante à la série logique
précédente ».
[79].
Ibid.,
vol. II, 58
e leçon, p. 710-713 et
737-740.
[81]. Michel Serres dénonce volontiers
une rigidité stérilisante et Comte aurait manqué la modernité
en condamnant l'interdisciplinarité (
La Traduction, Paris, Éd.
de Minuit, 1990, p. 165-168), Mais on peut opposer à M. Serres,
ses propres lectures du système comtien, et son insistance à souligner
les répétitions et les transferts-traductions opérés.
Angèle Kremer-Marietti discute les thèses de Serres (
Le Projet
anthropologique, Paris, Sedes,
p. 29).
[82]. A. Comte,
Cours de philosophie
positive,
op. cit. n. 29, vol. I, 1
ère
leçon, p. 30 ; je souligne. Voir aussi
ibid., vol. I,
19
e leçon, p. 308 :
« En général,
chaque science, suivant la nature de ses phénomènes, a dû
perfectionner la méthode positive fondamentale sous quelque rapport essentiel
qui lui est propre » ; et vol. II, 49
e leçon,
p. 172.
[83]. Cf.
ibid.,
vol. I,
35
e leçon, p. 585 :
« Chaque grand
artifice logique doit être directement étudié dans la partie
de la philosophie naturelle qui en offre le développement le plus spontané
et le plus complet, afin de pouvoir être ensuite appliqué, avec
les modifications convenables, au perfectionnement des sciences qui en sont
moins susceptibles » ; et aussi
ibid., 40
e
leçon, p. 735 :
« La méthode positive
universelle, malgré son invariabilité nécessaire, ne saurait
être vraiment connue, sous tous ces aspects importants, que par l'examen
approfondi de tous les divers éléments de la hiérarchie
scientifique ; car chacun d'eux possède, par sa nature, la propriété
exclusive de développer spécialement quelqu'un des grands procédés
logiques dont la méthode est composée ».
[84]. Lettre à Valat, 24 sept. 1819
(A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2,
t. 1, p. 59-60).
[85]. Voir dans la 1
ère
leçon l'appel à la
« combinaison des points de
vue » avec exemples donnés de la géométrie analytique
de Descartes, et de combinaisons fécondes de la chimie et de la physiologie
(A. Comte,
Cours de philosophie positive,
op. cit. n. 29,
vol. I, 1
ère leçon, p. 37-38).
[86] A. Comte,
Système de politique
positive,
op. cit. n. 6, t. 1, Préface (1851), p.
6-7.
[87]. De plus le titre « Système
de politique positive » était celui que Comte avait déjà
voulu proposer en 1824 pour la réédition du « Plan des
travaux scientifiques...» (A. Comte,
op. cit. n. 8).
[88]. Cf. par exemple A. Comte,
Cours
de philosophie positive,
op. cit. n. 29, vol. II, 46
e
leçon, p. 72, 79 note ; 57
e leçon, p. 688-692.
[89]. Cf. lettres à M
me
Comte, 3 déc. 1842 (A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2, t. 2, p. 114) ; et à Mill,
30 déc. 1842, 27 févr. 1943 (
ibid., p. 125-126, 136-139).
[90]. Lettre à Mill, 6 févr.
1844 (A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit.
n. 2, t. 2, p. 238) :
« je me suis proposé
de donner une idée sommaire de la nouvelle philosophie à ceux
qui ne peuvent ou ne veulent affronter la lecture de six énormes volumes,
dont toutes les principales conceptions y sont rapidement indiquées,
avec un caractère convenable d'unité philosophique. C'est en un
mot, le manifeste systématique de la nouvelle école ».
[91]. Cf. A. Petit, introduction à
la réédition du
Discours sur l'
esprit positif,
op.
cit. n. 42.
[92]. Cf. A. Comte,
Cours de philosophie
positive,
op. cit. n. 29, vol. I, 28
e leçon,
p. 454 – leçon écrite au début de 1835 ;
et vol. II, 46
e leçon, p. 108 – leçon
écrite en 1838.
[93]. Lettre à Mill, 20 nov. 1941
(A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2,
t. 2, p. 22).
[94]. Lettre à Mill, 27 fév.
1843 (
ibid., t. 2, p. 139). Cf. aussi le militantisme de la
lettre précédente :
« Après avoir
mentalement constitué la nouvelle philosophie, il faut bien que je m'occupe
enfin de son installation sociale, et que je m'efforce de lui faire prendre
son rang avoué dans les luttes actuelles » (lettre à
Mill, 30 déc. 1842,
ibid., p. 126).
[95]. Lettre de Mill à Comte, 13
mars 1843 (
ibid., p. 381) ; lettre de Comte à Mill,
25 mars 1843 (
ibid., p. 147).
[96]. Lettre à Mill, 14 nov. 1843
(
ibid, p. 212).
[97]. Lettre à G. Grote, 27 fév.
1845 (A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit.
n. 2, t. 3, p. 328).
[98] Cf. par exemple A. Comte,
Correspondance
générale,
op. cit. n. 2, t. 3, p. 30,
40, 51, 53, 81, 171, 283, 285, 292, 293, 297, 301, 305...
[99] Voir les textes fondateurs du 25
février et du 8 mars 1848 dans A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2, t. 4, Annexes, p. 263-271.
[100]. A. Comte,
Discours sur l'
ensemble
du positivisme (1848), Paris, GF, 1998. Publié en juillet 1848, ce
texte, très légèrement modifié, forme en 1851 le
« Discours préliminaire » du
Système
de politique positive. Les différences sont signalées dans
nos notes de cette réédition.
[101].
Ibid., p. 42 –
ce sont les premiers mots du Préambule général.
[102]. Voir
ibid., surtout les
débuts de la 1
ère partie et de la Conclusion.
[103]. A. Comte,
Système de
politique positive,
op. cit. n. 6, t. 1, Préface
(1851), p. 6-7.
[104]. Lettre à Clotilde de Vaux,
5 août 1845 (A. Comte,
Correspondance générale,
op.
cit. n. 2, t. 3, p. 80-81).
[105]. Voir textes de ces Rapports dans
A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2,
t. 4, p. 144, 271-304 et t. 5, p. 275-291.
[106]. A. Comte,
Catéchisme
positiviste (1852), Paris, GF, 1966, Préface, p. 36.
[107]. En fait dès les oeuvres
de jeunesse et surtout les « Considérations sur le pouvoir
spirituel » Dans le
Cours, reprise du thème de la réorganisation
morale attendue dès les premières leçons, et esquisse des
principes de la morale positive dans la présentation de la sociologie
et en finale (voir surtout A. Comte,
Cours de philosophie positive,
op.
cit. n. 29, vol. II, 60
e leçon, p. 776-782).
[108]. Cf.
ibid., vol. II,
57
e leçon, p. 696.
[109]. Cf. A. Comte,
Discours sur l'
esprit
positif,
op. cit. n. 42, 2
e partie, à partir
du § 47. Voir le § 20 où Comte invite expressément
à substituer l'« Humanité » à « Dieu ».
[110]. Cela se passe d'abord subrepticement,
se traduisant dans le plan d'éducation qui devient septénaire.
Cf. A. Comte,
Discours sur l'
ensemble du positivisme,
op. cit.
n. 100, 3
e partie, p. 208 et le Programme de l'École
positive projetée en 1849 (A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2, t. 5, Annexes, p. 284).
[111]. Cf. A. Comte,
Système
de politique positive,
op. cit. n. 6, t. 1, Préface
(1851), p. 10 ; t. 4,
« Conclusion totale »
(1854), p. 529-530.
Le plan de ce Cours, dans sa version de 1849,
1850, 1851 est reproduit en Appendice de la Préface du
Système,
t. 3, la
« Religion de l'Humanité » était
l'objet de la Conclusion, 23
e séance.
[112]. La promotion du
« Culte
de l'Humanité » en
« Religion »
est expressément proclamée dans le titre de la conclusion du
Discours
devenu préliminaire : la substitution du terme
« religion »
à celui de
« culte » est également
faite plusieurs fois dans le texte même de cette conclusion (cf. A. Comte,
Discours sur l'
ensemble du positivisme,
op. cit. n. 100,
notes de la réédition par A. Petit).
[114]. Esquissé en 1848, il est
bientôt précisé dans le
Calendrier positiviste, publié
en avril 1849 (voir A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2, t. 5, p. 292-314) ; Comte en établit
ensuite des tableaux récapitulatifs qui apportent quelques rectifications
et compléments en 1852, puis en 1854.
[115]. Les « sacrements »
doivent marquer publiquement les grands moments de l'existence privée.
Une première liste de 7 sacrements est dressée en 1849 (cf. lettre
à Laffitte 20 août 1849, A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2, t. 5, p. 54 sq.) ; puis à partir
de 1850 il y en 9 (cf. lettre à de Tholouze, 13 juill. 1850,
ibid.,
t. 5, p. 171).
[116]. A. Comte,
Système de
politique positive,
op. cit. n. 6, t. 1, Introduction fondamentale
(1851), p. 403. Comte forge ces termes par analogie à
« théologie »,
« théocratie »,
« théolâtrie ».
[117]. Cf.
ibid., t. 2, chap.
1.
[118]. Cf.
ibid., t. 2, chap.
6.
[119]. Thèse soutenue entre autres
par Littré : voir
Auguste Comte et la philosophie positive,
Paris, 1863, 3
e partie.
[120]. Thèse soutenue entre autres
par H. Gouhier : voir, en particulier,
La Jeunesse,
op. cit.
n. 1, t. 1, Introduction p. 25-29.
[121].
Par exemple, dès
1826, lorsqu'il réfléchit au
« pouvoir spirituel »,
Comte envisage de faire des savants un nouveau
« clergé »
– et cette ouverture religieuse, contemporaine de ses critiques du saint-simonisme
comme
« théophilanthropie réchauffée »,
est telle qu'il la conçoit, tout à fait compatible avec ses exigences
philosophiques et scientifiques.
[122]. A. Comte,
Discours sur l'ensemble
du positivisme,
op. cit. n. 100, p. 45.
[123]. Cf. A. Comte,
Système
de politique positive,
op. cit. n. 6, t. 2, chap. 1, p. 55 ;
chap. 5, p. 265 ; chap. 7, p. 432-435 ; cf. aussi A. Comte,
Catéchisme positiviste op. cit. n. 106, p. 94
et suiv. : la nouvelle
« Hiérarchie théorique
des conceptions humaines d'après une échelle à cinq ou
sept degrés », établie en juillet 1852, est reprise
dans
ibid., p. 97. Voir aussi dans
Système de politique
positive,
op. cit. n. 6, t. 3, Préambule général,
p. 5, comment Comte assume ce
« principal contraste encyclopédique
de (s)a construction religieuse envers (s)on élaboration philosophique »,
tout en refusant d'y voir une
« contradiction » ;
et voir aussi
ibid., t. 4, p. 5, 7.
[124]. Cf. A. Comte,
Système
de politique positive,
op. cit. n. 6, t. 2, chap. 7, p. 437.
[125]. Cf. A. Comte,
Catéchisme
positiviste op. cit. n. 106, p. 96, et aussi
Système
de politique positive,
op. cit. n. 6, t. 2, chap. 7, p. 437-438.
[126]. Voir A. Comte,
Système
de politique positive,
op. cit. n. 6, t. 4, chap. 3 :
« Tableau général de l'existence théorique,
d'après la conception relative de l'ordre universel, ou systématisation
finale du dogme positif », p. 187 et suiv.
[127]. Ibid., t. 4, p. 187.
[128].
Ibid., t. 4, chap.
3,
passim.
[129]. Comte l'avait
esquissé à la fin du
Cours de philosophie positive, dans la
59
e leçon. À la fin du
Système, Comte
établit un réseau de quinze lois, réparties en
« trois groupes », avec, pour les deux derniers, deux
« sous-groupes » (A. Comte,
Système de
politique positive,
op. cit. n. 6, t. 4, p. 173-180).
Comte ne les a pas lui-même présentées sous forme de
Tableau. Mais Pierre Laffitte, son successeur, l'a établi et
publié dans la deuxième édition du
Catéchisme
positiviste en 1874.
[130]. A. Comte,
Système
de politique positive,
op. cit. n. 6, t. 4, p. 197-245.
[131]. Paru en
1856.
[132]. A. Comte,
Système
de politique positive,
op. cit. n. 6, t. 4, p. 230-245.
Comte la programme sous le titre
Système de morale positive ou Traité
de l'
éducation universelle. Paul Arbousse-Bastide a plus particulièrement
étudié ces aspects du positivisme comtien dans
La Doctrine
de l'
éducation universelle dans la philosophie d'
Auguste
Comte, 2 vol. Paris, PUF, 1957.
[133]. A. Comte,
Système
de politique positive,
op. cit. n. 6, t. 4, p. 246-247.
Cet ouvrage était déjà programmé dans la 60
e
leçon du
Cours sous forme de
« traité
systématique de l'action de l'homme sur la nature » (A. Comte,
Cours de philosophie positive,
op. cit. n. 29, vol. II,
p. 790).
[134]. Cf. l'inflation
de l'emploi du mot « système » dans les
Considérations
de 1825-1826.
[135]. Cf. la lettre du
27 février 1826 à H. de Blainville où Comte développe
surabondamment son souci de « rempli(r) complétement les conditions
fondamentales d'un véritable
système » (A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2, t. 1,
p. 186-190).
[136]. Envers Mill d'abord,
qu'il essaie désespérément de convertir au « positivisme
systématique » : « le but capital consiste précisément
à instituer de véritables convictions systématiques, susceptible
de fixité et d'universalité » (lettre à Mill,
21 janvier 1846, A. Comte,
Correspondance générale,
op.
cit. n. 2, t. 2, p. 292-296). Les réserves de Mill
envers le positivisme comtien sont précisément résumées
dans
Auguste Comte et le positivisme dans la condamnation de son goût
immodéré pour la systématisation (cf. la conclusion du
livre).
[137]. Cf. lettre à
Clotilde de Vaux, 18 janvier 1846 (A. Comte,
Correspondance générale,
op. cit. n. 2, t. 3, p. 289).
[138]. Cf. ce que Comte
appelle « Logique positive » où il liste les lettres
et mots débutant chacune des phrases de chacun des paragraphes de chacun
des chapitres de son dernier écrit, la
Synthèse subjective,
et ce qu'il appelle encore « méthode constructive ou
Algèbre universelle des acrostiches systématiques »
– texte de juin 1857 – repris et publié par Pierre Laffitte
dans la
Revue Occidentale en 1888.