DOGMA

Annie Petit

(Université Paul-Valéry–Montpellier III)

Des sciences positives à la politique positiviste

(Paru dans Auguste Comte. Trajectoires du positivisme, Paris, L'Harmattan, 2003)


Le terme « positivisme » est une mine d'ambiguïtés : il y a celui du fondateur Auguste Comte, celui des ses disciples plus ou moins fidèles, et multiples variantes au siècle suivant sur lesquelles on n'en finit pas de disputer. Du coup, en parlant de positivisme ou en décernant à telle ou telle attitude l'étiquette de « positiviste », on souligne des traits divers : parfois, c'est le caractère systématique des propos – revendiqué hautement par le fondateur – ; ou les prétentions de scientificité – mais elle peuvent afficher bien des critères – ; ou les visées de réforme politico-sociales – et là, aussi, maître et disciples ont eu des ambitions diverses, plus ou moins dictatoriales, républicaines, ou opportunistes – ; ou les objectifs socio-religieux – mais certains les ont reniés quand d'autres en ont fait l'essentiel – ; ou encore, certains syntagmes relient positivisme et empirisme ou/et positivisme et logique – bien que le fondateur se soit opposé aux privilèges de l'empirisme et de la logique. Bref, les vulgates sont ambivalentes...
On s'attachera ici à mieux définir le « positivisme » de celui qui a inventé le terme, en analysant comment il l'a peu à peu élaboré, dans une intrication étroite d'exigences scientifiques et d'ambitions politiques et sociales, qui en viennent à se développer en une nouvelle religion. En scandant les étapes d'un très dense itinéraire intellectuel et spirituel, on montrera que les diverses voire contradictoires acceptions données au terme positivisme, procèdent d'une sélection de ses multiples aspects.

Les exigences scientifiques d'une vocation politique

Les choix du polytechnicien
Reçu à l'École Polytechnique en 1814, le jeune Auguste Comte pénètre dans un monde où les plus grands savants se sont investis dans les activités et même les responsabilités politiques : parmi les aînés et les maîtres, nombreux furent ceux qui s'étaient mis au service de la Révolution ; nombreux sont ceux des promotions nouvelles qui cherchent une science pour guider la régénération [1]. En ce temps-là, prendre intérêt au « positif » et en reconnaître la valeur est trivial. Par-delà les confrontations du « positif » et du « naturel », le qualificatif « positif », lié aux assurances de l'expérience et de la science, a des connotations valorisantes. La quête plus ou moins philosophique du « positif » se donne aussi, et de plus en plus, comme un programme historique et social : après les bouleversements révolutionnaires répétés, on aspire aux reconstructions et réorganisations ; on veut sortir du négatif. On espère, on aspire à une société en paix, un régime politique stabilisé, où les développements scientifiques et industriels apporteraient progrès et bonheurs. On cherche alors à maîtriser les savoirs et à assurer les pouvoirs, pour réorganiser les idées et refaire le monde.
À l'École Polytechnique Comte est donc aussi enchanté de ses études scientifiques que de l'esprit « républicain » qui y règne [2] En 1816, son renvoi, avec toute sa promotion, ne fait qu'attiser ses engagements politiques ; il essaie de les traduire en mots et en actes : il rédige un appel au peuple français, analysant l'actualité à partir d'une philosophie de l'histoire généralisée [3] ; puis il caresse l'espoir de partir en Amérique porter la bonne parole scientifique, et participer à l'éclosion d'une société nouvelle. En attendant, il continue à travailler dans les deux directions : scientifique – et « sciences exactes » autant que « sciences morales et politiques » – ; et philosophique – à forte connotation historique et politique[4]. Le plan américain échoue, mais la rencontre de Henri de Saint-Simon, plein de projets exaltés et exaltants, répond aux enthousiasmes de Comte [5].
Les choix du publiciste
Les premiers textes de Comte, publiés dans des recueils de Saint-Simon, analysent l'urgence et les conditions de la réorganisation sociale. Comte s'engage donc en politique, avec l'application systématique qui caractérisera toute son oeuvre. En 1820, la « Sommaire appréciation de l'ensemble du passé moderne » [6] expose l'histoire en termes de conflits de « systèmes » [7]. Ces cadres d'analyse sont repris en 1822 lorsque Comte établit le « Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société » [8] : il tire de l'étude du passé et de l'échec répété des tentatives de restructuration sociale [9], les conditions des succès à venir ; en prenant des modèles scientifiques, il insiste sur la priorité des mises au point théoriques avant toute exécution pratique ; il juge conséquemment « la classe des savants » seule apte à élaborer la « doctrine organique » et diriger les nouvelles coordinations, bref à « terminer la crise en entraînant la société tout entière dans la route du nouveau système » [10]. Ceci est aussitôt lié à des considérations générales sur la marche de toute connaissance selon une succession de « trois états » [11] : comme l'ont déjà fait toutes les autres sciences, la politique aurait à dépasser ses formes théologico-métaphysiques pour devenir enfin positive. L'objectif politique est clairement affiché : comprenant et suivant la « nature des choses », leur marche « naturelle et irrévocable », les hommes pourront alors en toute connaissance de cause agir efficacement, sans croire à des décisions divines plus ou moins capricieuses ni prétendre à leur toute-puissance [12].
Ces thèses générales d'histoire et de philosophie des sciences, entrelacées aux visées politico-sociales, conduisent alors Comte à enquêter systématiquement sur les conditions de toute positivité.
Les décisions du philosophe
1824 est une date charnière dans l'itinéraire comtien. Entre Comte et son ex-maître puis associé, il y a rupture. Sans revenir ici sur ses circonstances et ses plus ou moins bonnes raisons[13], rappelons seulement que Comte affiche de fortes exigences du point de vue scientifique et une ambition systématique déterminée [14].
C'est alors aussi qu'à côté de la référence essentielle et constante aux « sciences positives », Comte se met à employer de plus en plus fréquemment et de façon programmative le syntagme « philosophie positive ». Or jusqu'ici il était fort peu question de philosophie : l'« Appréciation » de 1820 mentionnait seulement la « philosophie naturelle » comme ce qui naît au moment où les sciences deviennent positives [15]. De fait, Comte n'exprimait guère d'ambition philosophique que dans ses travaux sur les sciences mathématiques [16], où il définissait la « philosophie » comme mise en rapports, établissement des relations et coordinations :
« Ce n'est point a priori, dans sa nature, que l'on peut étudier l'esprit humain et prescrire des règles à ses opérations ; c'est uniquement a posteriori, c'est-à-dire d'après ses résultats, par des observations sur des faits, qui sont les sciences. C'est uniquement par des observations bien faites sur la manière générale de procéder dans chaque science, sur les différentes marches que l'on y suit pour procéder aux découvertes, sur les méthodes en un mot, que l'on peut s'élever à des règles sûres et utiles sur la manière de diriger son esprit. Ces règles, ces méthodes, ces artifices, composent dans chaque science ce que j'appelle sa philosophie. Si l'on avait des observations de ce genre sur chacune des sciences reconnues comme positives, en prenant ce qu'il y aurait de commun dans tous les résultats scientifiques partiels, on aurait la philosophie générale de toutes les sciences » [17].
L'expression de « philosophie positive » n'apparaît que dans la partie finale du « Plan », ajoutée en 1824 [18]. En tout cas, à partir de 1824, le propos philosophique prend une portée générale pour Comte, qui parle de plus en plus souvent de « philosophie positive » pour présenter son opuscule réédité à ses correspondants [19].
Les convergences des « Considérations... »
Les séries de « Considérations » – « Considérations philosophiques sur les sciences et les savants », 1825, et « Considérations sur le pouvoir spirituel », 1826 [20] – attestent la radicalisation des propos comtiens. Le choix même des sujets considérés relève sans aucun doute du souci de marquer les distances avec l'ex-associé : Saint-Simon, dans ses derniers textes, avait nettement choisi l'appui des industriels et des artistes [21] ; Comte réaffirme l'importance primordiale des sciences et attribue pour charge principale au « pouvoir spirituel » la direction d'une éducation générale et systématique [22].
Il y a plusieurs signes de l'inflexion des réflexions comtiennes vers la philosophie des sciences qui, bientôt, caractérise le Cours.
D'abord l'orientation « philosophique », proclamée dans le titre des « Considérations “philosophiques” sur les sciences et les savants », est marquée aussi dans le plan suivi : Comte n'abandonne certes pas les enjeux politico-sociaux qui l'ont jusqu'ici motivé, mais l'ordre de présentation de ses préoccupations est modifié, même inversé Dans les opuscules précédents, il partait des constats de crise de la société pour chercher le nouveau système d'idées qui en dirigerait la solution. Maintenant, il part directement de méditations sur « l'esprit humain » et sur le « système intellectuel de l'homme » pour arriver à des propositions sur « l'organisation moderne du corps scientifique » ; et le souci d'une politique positive est introduit comme besoin de « compléter » le système des connaissances :
« Cette condition une fois remplie, nous pourrons construire enfin une vraie philosophie positive, capable de satisfaire à tous les besoins de notre intelligence [...] Quand ce travail sera terminé, ou plutôt quand il sera assez avancé, [...] nous pourrons enfin, et nous devrons même procéder à la construction d'un système général des connaissances humaines » [23].
Les propos de l'« Appréciation » comme ceux du « Plan » visaient les « systèmes sociaux » ; ces « Considérations » partent et visent surtout des « systèmes de pensée ».
De plus, les « idées-mères » prennent là toute leur puissance génitrice. La succession des trois états est maintenant promulguée en « loi », et d'emblée dans un exposé plein d'emphase :
« En étudiant dans son ensemble le phénomène du développement de l'esprit humain, soit par la méthode rationnelle, soit par la méthode empirique, on découvre, à travers toutes les irrégularités apparentes, une loi fondamentale à laquelle sa marche est nécessairement et invariablement assujettie. Cette loi consiste en ce que le système intellectuel de l'homme, considéré dans toutes ses parties, a dû prendre successivement trois caractères distincts, le caractère théologique, le caractère métaphysique, et enfin le caractère positif ou physique » [24].
La « dogmatisation » de l'exposé historique est radicale [25]. L'ordre des sciences, lui aussi, est établi avec une fermeté qu'il n'avait point jusque là : Comte parle d'une « échelle encyclopédique » qu'il assume explicitement comme « sa » classification [26] ; et elle prend une importance propre [27]. Pour l'ordonnance des différentes « classes », les « Considérations » apportent aussi des critères complétés et affinés [28] : dès lors, on a l'énoncé complet des critères que reprendra le Cours ; on a également la présentation explicitée des classes de sciences en fonction des « lois » que suivent les phénomènes dont elles s'occupent [29]. Et le choix de l'appellation « physique sociale » pour la dernière science envisagée est donné comme innovant [30]. Enfin, Comte estime la hiérarchie des sciences si bien établie qu'il en fait la base de toute l'éducation et le remède à la « divagation des intelligences » [31].
Un autre apport important des « Considérations » concerne la détermination du champ scientifique. Au début de l'opuscule de 1825, Comte précise l'acception dorénavant restreinte du terme « science » : plus question de l'utiliser pour tout « savoir » ou « connaissance » ; une révolution définitive est traduite par sa définition [32]. À la fin de l'opuscule, même souci de clarification lorsque Comte fait « dans le corps scientifique une sous-division importante » : « la classe des ingénieurs », « corporation distincte, servant d'intermédiaire permanent et régulier entre les savants et les industriels pour tous les travaux particuliers » [33] Quant à l'opuscule de 1826, il participe de cette systématisation philosophico-scientifique des intérêts politico-sociaux, d'une part, avec l'insistance sur la priorité du théorique sur la pratique [34], et, d'autre part, avec la présentation nouvelle, et sévère, du monde industriel et des prétentions de l'économie politique [35] : Comte retire décidément à celle-ci et à celui-là une confiance qu'il leur avait gardée jusqu'ici.

Avec la promotion des « trois états » en « loi très générale », avec la traduction de l'ordre des sciences en « échelle encyclopédique », avec l'invention d'une nouvelle science qui complète la méthode positive, avec la précision du statut « scientifique », le nouveau système a trouvé ses fondements. Alors Comte se lance bien dans « la construction d'un système général des connaissances humaines », de cette « encyclopédie positive » où toutes les conceptions doivent se présenter « comme les diverses parties d'un système unique et complet » [36].

Philosophie des sciences et sciences philosophiques :
La « Philosophie positive » du Cours

Entreprise à partir d'une enquête sur les sciences déjà « positives », l'édification de la « philosophie positive » commence dès 1826 [37], reprend à partir de 1829 sous forme de cours public ; ce travail aboutit à la publication de six gros volumes, étagée entre 1830 et 1842. On ne rappellera ici les thèmes principaux du Cours de philosophie positive que pour mieux montrer sa construction systématique.
Les cadres de la construction
Les visées poursuivies – assurer la positivité de l'étude des phénomènes sociaux, compléter l'encyclopédie en comprenant les véritables coordinations des sciences, maîtriser les lois de l'esprit humain et trouver les guides d'une saine éducation – sont rappelées dès les leçons introductives. Celles-ci donnent aussi les thèses directrices à partir des « lois », tirées dit Comte d'observations réfléchies sur l'histoire de l'humanité – loi des trois états et hiérarchie des sciences. L'histoire des savoirs montrant que l'accès au positif est plus aisé et plus rapide pour les phénomènes les plus simples, les plus généraux et les moins liés à l'homme, et donc que les études des corps bruts ont été plus vite positives que celles des corps vivants, Comte admet que l'étude des vivants les plus complexes qui sont les hommes en société soient les plus difficiles et les plus tardives. D'où l'ordre des sciences fondamentales : mathématiques, astronomie, physique, chimie, biologie et « physique sociale » – pour laquelle Comte crée en 1838 le néologisme « sociologie ». Cette ordonnance « naturelle » et déterminée par les progrès faits, détermine les progrès à faire ; elle assigne aussi le cursus général obligé pour toute éducation positive. Comte étudie alors patiemment chacune des sciences, et leurs rapports [38], montrant surtout, par-delà l'inventaire des doctrines, les contributions méthodiques successives : berceau de la positivité, les mathématiques sont des modèles pour l'analyse et les déductions rigoureuses ; l'astronomie l'est pour l'observation systématique, l'usage positif des hypothèses et de l'abstraction ; la physique est « le triomphe de l'expérimentation » ; la chimie a porté « au plus haut degré de perfection [...] l'art des nomenclatures rationnelles » ; la biologie a développé la « méthode comparative » et mis au point « la théorie des classifications » ; la méthode propre de la sociologie étant la « méthode historique ». Ces études suivies combinent le souci de souligner et la spécificité de chaque science, et leurs liaisons, leurs coordinations.
« Chacune des diverses sciences fondamentales possède, par sa nature, l'importante propriété de manifester spécialement l'un des principaux attributs de la méthode positive universelle, quoique tous doivent se retrouver, à un certain degré, dans toutes les autres sciences, en vertu de notre invariable unité logique » [39].
On voit aussi comment Comte comprend les recherches logiques : par l'exploration des procédés scientifiques dans leur usage réel, et non point par une « vicieuse systématisation » préalable, qui ne peut être qu'artificielle et vaine [40].
La « saine » systématisation est l'ambition déclarée de cet inventaire encyclopédique. Commentant dans l'« Avertissement au lecteur » le titre de son Cours, Comte définit précisément son emploi du mot « philosophie » « comme désignant le système général des conceptions humaines ». Les premières leçons insistent : il s'agit d'exposer « les diverses branches fondamentales de la philosophie naturelle » en un « système d'idées très étendues », de reclasser « le système général des connaissances humaines », d'homogénéiser le « système intellectuel », de construire un « système unique des conceptions ». Et le bilan du Cours en fait un travail d'« appréciation systématique de tous les éléments propres à la philosophie fondamentale » [41]. Très vite d'ailleurs, Comte substitue à l'intitulé Cours de philosophie positive celui de Système de philosophie positive [42].
Cependant ce « système » est élaboré au cours d'un long travail, que l'on analysera ici en s'appuyant sur la comparaison des « plans du Cours » successivement proposés.
Un premier plan est élaboré en 1826 [43]. Assez succinct, il prévoit 72 séances : 2 séances de Préliminaires généraux – « Exposition du but de ce cours », « Exposition du plan » ; puis un groupe de 16 séances sur la Mathématique, distribuée en Calcul (7 s.), Géométrie (5 s.), Mécanique (4 s.) ; puis un ensemble de 30 séances consacré à la Science des corps bruts, comprenant l'Astronomie (10 s.) elle-même subdivisée en Astronomie Géométrique (5 s.) et Astronomie Mécanique (5 s.), la Physique (10 s.), la Chimie (10 s.) ; enfin les dernières séances sont pour la Science des corps organisés, sous-divisée en Physiologie (10 s.) et Physique Sociale (14 s.).
En 1828 [44], les 72 séances sont redistribuées. Après les Préliminaires, les Mathématiques, qui deviennent plurielles, rejoignent le groupe Sciences des corps bruts et perdent une séance, par réduction du Calcul ; Astronomie, Physique et Chimie, sont aussi diminuées – 2 séances en moins pour la première et pour la dernière, la physique n'est amputée que d'une séance. Les 6 séances économisées sont utilisées par le groupe Sciences des corps organisés – la Physiologie en gagne 2, et la Physique sociale s'augmente de 4, c'est-à-dire de près du tiers ; enfin les sous-divisions de ces sciences sont précisées – la physiologie est distribuée en Végétale (3), Animale (5) et Intellectuelle (4) ; la Physique sociale est exposée avec 3 séances d'introduction, puis dans sa méthode (4 s.), puis comme Science (8 s.), puis en un Résumé général.
De nouvelles modifications interviennent en 1829 lorsque Comte publie l'annonce de son Cours à l'Athénée [45]. Le tableau programmatif joint est dans l'ensemble plus explicite que les précédents – les deux séances préliminaires ont des intitulés redoublés – « Considérations générales sur la nature et l'importance de la philosophie positive » ; « Considérations générales sur la hiérarchie des sciences positives » ; chaque science est introduite par une leçon de « Considérations philosophiques sur l'ensemble de... » ; les sous-parties sont partout données, et sont parfois même subdivisées – cas des 6 dernières séances consacrées à la Physique sociale comme « science », dont les subdivisions de troisième et quatrième degrés sont présentées ; les 2 dernières séances sont réservées pour un Résumé général et Conclusion – l'une sur la « méthode positive » et l'autre sur la « doctrine positive ». Quant au nombre de séances accordées à chaque science, à rapporter cette fois à 50 séances au total, les Mathématiques n'en conservent que 10, avec égalité des sous-parties, Calcul, Géométrie, Mécanique rationnelle, ce qui fait que les deux premières diminuent ; l'Astronomie et la Physique sont aussi à égalité avec 6 séances chacune – ce qui restreint la part de la Physique, subdivisée en Barologie, Thermologie, Acoustique, Électrologie, Optique, sans augmenter pourtant celle des sous-parties précédentes de l'Astronomie, puisqu'il y a ajout de « Considérations sur la Cosmogonie positive » ; la Chimie, réduite à 4 séances c'est-à-dire à la moitié du compte précédent, se subdivise en « inorganique » et « organique » ; la Physiologie, qui a 8 séances, s'enrichit par contre d'une séance sur « la structure et la composition des corps vivants » et d'une autre sur leur « classification », et la Physiologie intellectuelle devient aussi « affective » ; pour les 12 séances de Physique sociale enfin, sont données moult subdivisions détaillées.
En 1830, le « Tableau synoptique de l'ensemble du Cours de philosophie positive » joint à la publication du premier tome [46], ne modifie guère celui de l'« Annonce » : comme il reprend la division en 72 leçons qui représente celle du Cours oral, alors que le « Cours écrit » est en 60 leçons, on repère mieux les quelques changements entre le plan du début de l'année et celui de la fin. En gros, les rapports entre chaque science sont respectés, sauf pour la Chimie, qui de 8 passe à 6 séances ; les détails donnés dans l'« Annonce » sont fidèlement repris dans le Synoptique ; par contre une séance terminale est ajoutée sur l'« Avenir de la philosophie positive ».
Au cours des douze années que dure la publication, Comte remanie encore les cadres de son « système ». Les titres définitifs des leçons et les Tables des matières traduisent ce travail de maturation. Les remaniements concernant les sciences des corps bruts, pour significatifs qu'ils soient, restent secondaires ; ceux qui portent sur les sciences de corps organisés sont plus importants et plus manifestes. En tout cas, les uns et les autres témoignent du souci d'unifier les cadres de références et les opérateurs de distribution.
L'inventaire encyclopédique
Les présentations des sciences mathématique, astronomique, physique et chimique du Cours publié, soulignent au moins, voire accentuent leurs ordonnances systématiques.
Les mathématiques [47] deviennent « la science mathématique » dont l'unité est ainsi mieux marquée [48] Et l'histoire en est plus nettement évacuée au profit de présentations plus abstraites et plus systématiques : ainsi en Géométrie, ce qui était donné en 1829 comme « géométrie des anciens » devient géométrie « spéciale » ou « préliminaire », tandis que le caractère « général » de la « géométrie analytique » est souligné [49] ; les « géométries des lignes et des surfaces », devenues « géométries à deux ou trois dimensions », gagnent aussi en abstraction [50].
Les leçons sur la science astronomique [51] modifient aussi sensiblement la présentation du Tableau synoptique. Si les quatre leçons d'« astronomie géométrique » restent identiques, en transformant les intitulés des leçons d'« astronomie mécanique » Comte souligne la distance prise par rapport aux séductions exercées par la gravitation [52]. D'autre part, il y a un transport en astronomie du couple « statique-dynamique », employé dans le Tableau-programme pour les seules divisions de la mécanique [53]. Enfin, la redistribution de second niveau en statique et dynamique « célestes », redouble une insistance sensible au niveau de la division de premier niveau en « astronomie géométrique » ou « géométrie céleste » et « astronomie mécanique » ou « mécanique céleste » : alors que les premières appellations étaient celles du Tableau programmatif, les secondes, préférées et soulignées dans le Cours [54], renforcent la justification de la distribution par des considérations d'« objets » (ciel - terre) autant que de méthode (géométrie - mécanique).
Les présentations de la physique [55] et de la chimie [56] ne changent guère par rapport au Tableau synoptique. Celui-ci mentionnait déjà une ré-ordonnance des sous-parties [57]. En chimie cependant, les intitulés modifiés, « chimie proprement dite ou inorganique » et « chimie dite organique », suggèrent les réserves de Comte à l'égard de la seconde.
La présentation des « sciences des corps organisés » apporte, par contre, des modifications essentielles. Le nom même des deux dernières sciences est modifié ; et leurs subdivisions reconsidérées.
Pour la cinquième science, appelée « physiologie » en 1826, en 1828-29, et encore en 1830 dans les premières leçons générales, Comte adopte en 1836 le nom de « biologie » [58], et en précise strictement l'emploi [59]. Cette biologie étant alors divisée en études de « statique » ou du « point de vue anatomique » et de « dynamique » ou « point de vue physiologique » [60] la « physiologie » est alors réduite à n'être plus qu'une partie du tout qu'elle dénotait antérieurement [61]. Ceci bouleverse la division jusqu'ici envisagée, en « Physiologie végétale », « Physiologie animale » et « Physiologie intellectuelle » [62]. La division selon la « statique » et la « dynamique » installe un critère méthodique répétitif bousculant les pertinences de la division entre « végétaux » et « animaux » [63], qui est retraduite sous chaque point de vue [64]. En référant ainsi la véritable « science biologique » à la notion de « vie » et à ses modalités d'exercice plutôt qu'aux vivants qui en bénéficient, Comte veut aussi dissiper toute confusion de cette science « fondamentale » avec la médecine et « l'histoire naturelle » qui, pour lui, ne sont que des sciences « concrètes »[65]. Bref, les nouvelles subdivisions adoptées, référées à Blainville, donnent « trois branches générales de la science biologique » : « biotomie » et « biotaxie » formant la « biologie statique », « bionomie ou physiologie proprement dite » formant la « biologie dynamique » [66] De fait, Comte use peu de ces nouvelles désignations [67], mais il insiste toujours sur la pertinence de la distribution en « biologie statique » et « biologie dynamique » à l'ouverture des diverses leçons [68]. Quant à la troisième « physiologie », la « physiologie intellectuelle » de 1828, déjà enrichie en 1829 pour devenir « physiologie intellectuelle et affective », elle a un statut assez ambigu. Lui consacrant dans le tome trois du Cours l'unique mais longue et importante 45e leçon, intitulée « Considérations générales sur l'étude positive des fonctions intellectuelles et morales, ou cérébrales », Comte en fait une physiologie particulière, qui est aussi une partie de la physiologie de la vie animale [69] ; c'est donc à la fois une division et une sous-division de la biologie dynamique. Mais surtout, le nouvel intitulé, en soulignant l'équivalence des « fonctions intellectuelles et morales ou cérébrales », durcit l'attaque contre les formes traditionnelles de la psychologie : par-delà la critique radicale des méthodes d'introspection qui inspiraient déjà les diatribes de la première leçon [70], Comte annexe maintenant à la biologie des champs considérés jusqu'ici comme tout autres [71].
Pour la sixième science, comme pour la précédente, les changements et apports des derniers tomes du Cours affectent et la dénomination de son ensemble et la distribution de ses parties. Cette dernière science, désignée jusqu'ici comme « physique sociale » ou « politique », est baptisée d'un nom nouveau : « Sociologie » – nom plus court et qui, calqué sur celui de Biologie souligne mieux la proximité des deux dernières sciences [72]. Cette « sociologie » comtienne est, d'une part, une sorte d'« anatomie sociale », étude des structures, des actions et réactions mutuelles qu'exercent les unes sur les autres les différentes parties du système social, étude de la « statique » [73] ; d'autre part, une sorte de « physiologie sociale », étude des mouvements de civilisation, développements, filiations et modifications, étude de « dynamique », constituant une « vraie philosophie de l'histoire », établie essentiellement à partir de l'étude du cas-type de la série sociale « la plus avancée, la plus complète et la plus caractérisée », c'est-à-dire celle des nations européennes occidentales, que les populations plus ou moins « arriérées » sont censées suivre un jour à leur tour [74] Ainsi comprise, la sociologie donne le seul « point de vue pleinement universel » [75].
Dans ces deux dernières sciences, Comte insiste sur le thème du lien de l'homme au monde : aux diverses conditions du monde inorganique, et aux autres vivants. Tout vivant vit dans un milieu, avec lequel se négocient constamment les relations ; en tant que vivant animal, l'homme doit toujours être compris à partir de son animalité instinctive, même si, pour cet animal social le plus complexe, l'étude du proprement humain ne peut se faire qu'à partir d'une étude co-relative des divers états de société, des organisations politiques, bref de l'« organisme social ».
On insistera enfin sur la redistribution de la « hiérarchie » dans les conclusions logiques du Cours. Les six sciences sont regroupées en trois « couples » : mathématique-astronomie, physico-chimie, biologie-sociologie [76], où les pôles extrêmes sont d'ailleurs privilégiés de telle façon qu'une distribution binaire est suggérée [77], reprise d'ailleurs avec fermeté dans la leçon suivante [78]. Par ces rapprochements, Comte entame d'ailleurs un processus accentué dans les oeuvres ultérieures qui proposeront des recombinaisons multiples. Se retrouvent là les ambivalences de Comte quant à sa classification des sciences, qu'il prétend « naturelle » mais où il souligne aussi une part de décision conventionnelle pour les identités déterminées. Rien de contradictoire cependant entre la référence à un ordre naturel des sciences et la liberté prise à les regrouper diversement : car quels que soient les groupes définis, c'est la même suite de sciences qui est respectée et confirmée. C'est la maîtrise de l'ensemble qui permet d'y dessiner, selon les points de vue, des accords disciplinaires.
Et Comte d'envisager des systématisations plus amples, concernant les domaines jusqu'alors prudemment écartés : après celle des sciences fondamentales abstraites, peut s'envisager celle des sciences concrètes, et même celle des arts – beaux-arts autant qu'arts industriels ; bref, après l'harmonisation spéculative, celle de la contemplation et de l'action, et, en général, de l'idéalité et de la réalité [79]. Ainsi, de la « conciliation » essentielle des conceptions du monde et de l'homme, suit une cascade d'harmonies :
« Une véritable unité [...] vient heureusement dissiper le fatal antagonisme mental qui, depuis vingt siècles, s'oppose de plus en plus à l'état pleinement normal de la raison humaine, où les conceptions relatives à l'homme et celles propres au monde extérieur ont toujours semblé jusqu'ici radicalement inconciliables, tandis que notre solution philosophique les combine irrévocablement, en assignant à chaque classe la juste influence générale, soit scientifique, soit logique, qui convient à sa propre nature, sans jamais altérer ainsi l'harmonie fondamentale » [80].
Plus de conflit, mais pas de confusion non plus. Unité de différences bien reconnues, assumées, maîtrisées. « Coordonner », « lier » et « relier », « combiner », « concilier », « harmoniser », « solidariser »..., pour « consolider », sont des termes répétés à satiété par Comte dans ces textes.
La coordination et le réseau
Ainsi Comte insiste sur l'ordonnance hiérarchique de son système. Les savoirs sont strictement articulés les uns aux autres et il instaure des sens obligatoires pour l'édification et la circulation des connaissances. D'où les condamnations des usages déplacés de telle ou telle méthode – des mathématiques par exemple dans l'étude des vivants –, des domaines mal définis – par exemple celui de la chimie organique, ou encore de l'économie politique –, des prétentions précipitées – celles par exemple des psychologues qui dissertent sur l'âme et sur l'esprit sans s'appuyer sur l'étude physiologique des fonctions cérébrales. Comte s'élève aussi contre les ambitions de ceux qui voudraient connaître l'univers par-delà les limites de notre monde solaire où il y a déjà tant à apprendre ; et dans tous les domaines il blâme les savants trop attachés à leur spécialité, qui ne savent la comprendre par rapport aux autres et aux enjeux généraux.
On a parfois déploré les rigidités d'une telle systématisation et sa « circularité ». On ne peut dans les limites de cet article reprendre cette discussion [81] Mais, d'une part, on soulignera que dans la coordination du système comtien, la hiérarchie des sciences se conjugue, paradoxalement, avec l'affirmation de leur égalité.
« Bien que toutes les sciences fondamentales n'inspirent pas aux esprits vulgaires un égal intérêt, il n'en est aucune qui doive être négligée dans une étude comme celle que nous entreprenons. Quant à leur importance pour le bonheur de l'espèce humaine, toutes sont certainement équivalentes, lorsqu'on les envisage d'une manière approfondie. Celles, d'ailleurs, dont les résultats présentent, au premier abord, un moindre intérêt pratique, se recommandent éminemment, soit par la plus grande perfection de leurs méthodes, soit comme étant le fondement indispensable de toutes les autres » [82].
Toutes et chacune ont la même importance pour le philosophe, car toutes participent, par l'élaboration de leurs « procédés » propres à la construction de « la » méthode positive « fondamentale », « universelle » [83]. Ainsi les différentes sciences sont-elles présentées avec des superlatifs aussi bien qu'avec des comparatifs relativisants : chacune est « la plus parfaite », « suprême » en quelque chose, chacune a une dominante exclusive, chacune « triomphe » à sa manière et à son tour. La dépendance de chacune à chacune et à toutes permet qu'aucune ne soit vraiment inféodée. Une forme de domination étant accordée à chaque niveau d'ordre, il semble que la classification comtienne soit gouvernée par le refus de tout dominateur : chaque science a un égal devoir de souveraineté et de subordination.
On soulignera, d'autre part, que dans la circularité du système comtien, il ne s'agit point tant d'insister sur les aspects de « clôture » que sur les effets de « circulation ». Très tôt d'ailleurs Comte a donné explicitement à son projet philosophique ce souci de la circulation :
« Il y a incontestablement, aujourd'hui, certaines méthodes dans la chimie ou la physiologie qu'il serait utile de transporter dans les mathématiques et réciproquement ; on ne le fait point, et pourquoi ? C'est que chaque savant est occupé à faire aller sa science particulière, et ne s'avise point d'extraire et d'apporter des secours aux autres savants, ni d'en aller chercher chez eux » [84].
Les premières leçons du Cours rappelaient aussi la nécessité des rapprochements heuristiques contre les isolements stérilisants [85]. C'est donc pour éviter les cloisonnements des distributions tabulaires, ainsi que les concurrences des revendications impérialistes, que le système comtien est un cercle : pour qu'on y circule et qu'on n'y piétine pas dans l'encerclement. Montrant que chaque domaine fournit des paradigmes opérants pour les autres, s'affirmant à la fois hiérarchique et circulaire, l'encyclopédie comtienne donne à et par chacun de ces caractères paradoxaux le correctif qui les rend pertinents.
Autrement dit, il faut insister sur l'aspect dynamique de la « circularité » du système comtien : si Comte programme bien un cheminement en va-et-vient dans son système – des mathématiques à la sociologie, puis retour par les mêmes étapes – qui peut et doit se lire en effet comme une figure du cercle, c'est justement parce que et pour que chaque science puisse exploiter, dans le système complété, ce qu'elle ne pouvait pas dans le système incomplet. Ainsi certains transports de méthodes et certaines recherches, jugés dangereux tant que la positivité de toutes les sciences n'est pas assurée, sont admises et même programmées en contre-coup de la systématisation accomplie. Comte sait bien, le dit, et le programme, que revenir n'est pas répéter.

Politique de la science et science politique :
De la philosophie positive au positivisme

Et donc Comte redéploie son Système. Grâce à la constitution positive qu'il pense avoir donné dans le Cours à la dernière science fondamentale de sa hiérarchie encyclopédique, il juge que les conditions de la philosophie positive sont définitivement remplies et que celle-ci peut alors s'ouvrir et prêter à des méthodes et connaissances nouvelles. Côté méthode, Comte envisage des chemins de retour sur l'ordre encyclopédique, des effets de feed-back entre les sciences fondamentales, et il pense pouvoir développer, à côté de la méthode objective en usage jusqu'ici, une méthode subjective. Côté connaissances, Comte pense avoir enfin les moyens de proposer un programme de politique positive ou de sociologie, objet du second Système : Système de politique positive ou Traité de sociologie.
On peut s'étonner que l'intitulé « Traité de sociologie » soit relégué en sous-titre, alors que le néologisme « sociologie » fut inventé précisément pour définir les nouvelles modalités de la politique positive. Sans doute est-ce pour mieux faire écho au Cours rebaptisé Système de philosophie positive que l'intitulé Système de politique positive arrive en premier rang. La continuité de l'œuvre comtienne est ainsi soulignée en même temps que son évolution. D'ailleurs, pour en souligner l'évolution, Comte déploie le thème de ses « deux carrières » [86] ; alors que pour convaincre de sa continuité, contre ceux qui prétendent y voir une rupture, Comte juge bon de republier « tous les opuscules primitifs de l'auteur sur la philosophie sociale » en « Appendice général du Système de politique positive » [87].
Il est clair en tout cas que, considérant la propédeutique scientifique accomplie, Comte accentue l'engagement politique.
De la sociologie à la socio-politique : « L'École positive »
En s'attelant aux reconstructions théoriques, Comte avait jusqu'ici plutôt prêché pour une certaine réserve dans l'action. Mais à force d'éprouver la résistance des institutions – et bien des déconvenues personnelles dans sa carrière – Comte commence dans les derniers tomes du Cours à « considérer les choses sous le point de vue pratique le plus étendu » et à parler d'une « école positive » pour faire pièce à l'« école rétrograde » et à « l'école révolutionnaire » [88]. En 1842, les polémiques déclenchées lors des séances d'ouverture de son Cours d'astronomie populaire le poussent plus encore à se poser en chef d'école, et il prend le parti de souligner particulièrement la portée de la philosophie positive quant à la morale [89]. Enfin, le texte qu'écrit Comte pour « Discours préliminaire » à son Traité philosophique d'astronomie populaire, devient si important qu'il en fait un ouvrage autonome – c'est le Discours sur l'esprit positif – dont il fait un « manifeste » [90]. Or Comte n'y fait pas seulement une version condensée du Cours ; la sélection et la réorganisation des thèmes et thèses sont significatives de réorientations délibérées : la philosophie positive est nettement engagée dans l'action socio-politique – en témoigne même la présentation nouvelle de la hiérarchie des sciences – et son aptitude déclarée à diriger la « morale » l'érige en concurrente des religions [91].
Le Discours sur l'esprit positif est ainsi un texte étape et tournant. Il est, à la fois, un bilan et un préambule. Aboutissement de l'immense parcours encyclopédique qu'est le Cours, il le résume, le synthétise, le « systématise » – d'où le nouveau titre Système de philosophie positive proclamé sur la page-titre de 1844. Cette synthèse réordonnée du système l'infléchit, l'engage aussi sur d'autres voies : celles du « positivisme ».
Le développement du positivisme
« Positivisme » est un terme assez tardivement forgé par Comte. Dans le Cours on n'en trouve que deux occurrences [92] et Comte ne s'y attache guère. Par contre, lorsqu'à partir de fin 1841 on le trouve dans la correspondance, il est clair que Comte en use de façon précise et circonspecte.
La première occurrence de ce type apparaît d'ailleurs dans une lettre remarquable : dans la première lettre adressée à J. S. Mill. Comte l'emploie à propos de son projet d'un « comité européen »
« chargé, en permanence, de diriger partout le mouvement commun de régénération philosophique, quand une fois le positivisme aura enfin planté son drapeau, ou plutôt son fanal, au milieu du désordre et de la confusion de notre siècle » [93].
Ainsi le terme « positivisme » est-il nettement employé dans une perspective militante de réorganisation sociale. Il n'est guère réemployé jusqu'à 1843 : alors Comte rapportant à Mill la séance d'ouverture de son cours annuel d'astronomie, se vante d'avoir « directement proclamé, pendant trois heures consécutives, devant quatre cents personnes, la supériorité morale du positivisme sur le théologisme » [94]. Le ton est celui d'une entrée en campagne. Le terme est aussitôt repris par Mill avec sa connotation militante ; les réemplois par Comte le confirment [95].
Puis Comte se décide vraiment à faire de « positivisme » la « dénomination dogmatique » de la doctrine nouvelle :
« Au sujet de cette indispensable expression, spontanément présentée à chacun de nous, savez-vous que notre commune philosophie est vraiment la seule qui se désignera enfin, dans l'usage universel, par une dénomination dogmatique sans emprunter aucun nom d'auteur, comme on l'a toujours fait jusqu'ici, depuis le platonisme jusqu'au fouriérisme ? Le mot catholicisme avait, il est vrai, cette qualité intrinsèque ; mais il a été absorbé, de fait, par le nom de christianisme. Je crois que nous devons nous féliciter beaucoup de cette distinction caractéristique, aussi utile qu'honorable » [96].
Comte use pourtant d'abord fort peu, par écrit du moins, de « l'indispensable expression » Elle est absente du Discours de 1844. Mais elle revient lorsqu'il s'agit de souligner « un nouveau pas public » [97]. Par la suite, Comte emploie couramment le terme dans sa correspondance [98]. En tout cas, l'usage par Comte du mot « positivisme » semble bien lié au sentiment d'un développement nouveau donné à la doctrine et à l'accent mis sur ses visées morale et sociale.
À partir de 1848 par contre, la promotion du « positivisme » est systématique.
La « Société positiviste » et « l'ensemble du positivisme »
Les événements collectifs précipitent aussi les engagements militants. Lorsqu'en 1848 éclate à nouveau la Révolution, Comte réagit aussitôt. Les projets socio-politiques sont de pleine actualité. Après avoir proposé une Association pour l'instruction positive du peuple, Comte se décide à fonder une Société « positiviste » [99]. Et il rédige le Discours sur l'ensemble du « positivisme » [100], dont les premiers mots en sont la définition.
« Le positivisme se compose essentiellement d'une philosophie et d'une politique qui sont nécessairement inséparables comme constituant l'une la base et l'autre le but d'un même système universel » [101].
D'emblée est ainsi précisée la portée des termes : il y a bien distinction-progression entre « philosophie positive » et « positivisme ». Affirmer la « combinaison intime » entre une « philosophie » et une « politique », composantes du « positivisme », c'est dire que la « philosophie positive » est une partie du « positivisme », mais aussi que celui-ci ne saurait se réduire à celle-là ; elle en donne les fondements, mais n'est pas l'édifice.
En promouvant le « positivisme » comme nouvelle doctrine générale, Comte insiste aussi sur le souci de satisfaire à la fois la raison, le sentiment et l'imagination, et de coordonner les différents aspects de « toute notre existence » – personnelle et sociale, et spéculative, active et affective [102]. Le positivisme vise non seulement de nouveaux modes de penser, mais aussi de sentir et d'agir, bref, de nouveaux modes de vie.
De la « philosophie positive » à la « philosophie positiviste », il y a donc un décalage chronologique qui est aussi sémantique, et qui correspond à ce que Comte appelle lui-même ses « deux vies philosophiques différentes » ou encore ses « deux carrières » [103] – thème rapporté aussi à la nécessité de décomposer la réorganisation spirituelle en « deux entreprises successives » :
« suivant que l'on considère la systématisation des idées ou celles de sentiments, double préparation indispensable à la systématisation finale des actions humaines [...] l'une par-dessus tout mentale, où le point de vue social ne domine que comme principale source de la systématisation abstraite, l'autre éminemment sociale, où il s'agit de reconstituer, d'après une saine doctrine préalable la vie morale de l'Humanité » [104].
À partir de 1848 en tout cas, le « positivisme » s'inscrit manifestement dans le siècle, dans la société telle qu'elle est, et Comte et ses partisans multiplient les efforts pour instituer la société telle qu'ils la veulent être. Les membres de la Société positiviste ont des charges précises à remplir et des pratiques rigoureuses à respecter : intellectuellement, ils doivent lire et adhérer à des textes de base ; pratiquement, ils doivent participer à des réunions régulières et rédiger les Rapports circonstanciés ; et financièrement, ils doivent donner leur contribution au « libre-subside » positiviste instauré par Littré pour assurer des ressources décentes au maître et la publication des travaux de l'école. Les questions discutées par les sociétaires sont concrètes : celle de la « liberté d'enseignement », du choix des membres du gouvernement, celle du « travail » qui doit être assuré pour tous par un dirigisme strict, appuyé sur tout un système de consultation de base ; le « Plan d'un nouveau gouvernement révolutionnaire » est très précisément établi ; puis le programme d'une « École Positive » [105].
Cependant le « positivisme » évoluant encore devient aussi « religion ».
L'« active propagation du positivisme » : le Catéchisme positiviste [106]
Le passage des préoccupations sociopolitiques au « religieux », dont certains ont prétendu s'étonner, est de fait annoncé depuis longtemps. L'accent toujours mis par Comte sur la réorganisation de la morale par la philosophie positive et la sociologie était déjà significatif.
Très vite la morale positive est présentée comme concurrente et supérieure à toute autre morale [107]. Cependant, dans le Cours, il s'agit plutôt de constater la faillitte des religions, et « d'éliminer leurs influences » que d'en instaurer une. Il y est pourtant déjà question pour la réorganisation « spirituelle » d'instaurer une « sorte de concile permanent de l'Église positive » [108]. Le Discours de 1844 souligne encore plus l'importance de la morale que Comte prétend exprimer en « règles » et « corrollaires » appuyés sur d'« irrécusables démonstrations » ; mais l'enjeu essentiel est encore la disqualification de tout « théologisme » [109] La morale prend ensuite une telle importance qu'elle est promue comme une véritable « septième science » [110]. Et surtout ces enjeux moraux sont bientôt intégrés au programme d'une nouvelle « religion ».
Ce développement religieux du positivisme date, selon Comte, de son « cours décisif de 1847 », cours portant sur « l'histoire générale de l'Humanité » [111]. Analysant les multiples supériorités du positivisme sur la « synthèse chrétienne », la conclusion du Discours sur l'ensemble du positivisme de 1848, intitulée « Culte de l'Humanité », le présente nettement comme une nouvelle religion. En 1851 l'engagement est plus net encore, puisque la page-titre du Système de politique positive le dit « Instituant la Religion de l'Humanité » [112] :
« C'est ainsi que le positivisme devient enfin une véritable religion, seule complète et réelle, destinée à prévaloir sur toutes les systématisations imparfaites et provisoires qui émanèrent du théologisme initial » [113].
Pour Comte, « la grande conception de l'Humanité, qui vient éliminer irrévocablement celle de Dieu », fournit la notion du « seul véritable Être-Suprême ». Sont mises aussi en place des institutions afin de cimenter les solidarités : nouveau système de Fêtes [114], nouvel ensemble de « sacrements » [115].
Comte développe alors la nouvelle religion sous les trois ordres « pensées, actes et sentiments », correspondant aux trois parties « le dogme, le régime et le culte », pour lesquelles il complète son système d'appellations : « la sociologie constitue la base systématique de la sociocratie et de la sociolâtrie » [116] ; il retravaille sa théorie de la religion comme théorie de l'unité humaine, lui attribuant essentiellement la fonction de « re-lier » les adeptes entre eux et à l'Humanité, de « régler chaque existence personnelle » et de « rallier les diverses individualités » [117] ; il organise précisément une nouvelle « Église positiviste », avec un corps sacerdotal hiérarchisé dont il s'institue Grand-Prêtre [118]. Le Catéchisme positiviste, publié en 1852, reprend tout ceci sous forme condensée et précisée à la fois.
Certains commentateurs ont parfois attribué la tournure religieuse donnée alors par Comte au positivisme à son affectivité troublée par un amour endeuillé et sublimé pour Clotilde de Vaux [119] Comte, qui a multiplié les proclamations de reconnaissance à son « ange inspirateur », donne lui-même des arguments à cette interprétation. D'autres commentateurs, tenant compte, d'une part, d'un air du temps propice aux inventions religieuses, et relevant, d'autre part, une sorte de logique propre à Comte, ont défendu la cohérence profonde des prolongements religieux du positivisme comtien [120]. Déclinant toute compétence pour fouiller la psychologie de notre auteur, on n'en discutera pas ici. On rappellera cependant, en s'en tenant aux textes, qu'un certain vocabulaire religieux est assumé par Comte bien avant que son émotivité soit réveillée lors de « l'année sans pareille » [121].
En tout cas, le passage au positivisme religieux traduit, ou se traduit par, une systématicité que l'on peut dire galopante. Partout dans le Discours de 1848-51 il est question de systématiser. « Généraliser la science réelle et systématiser l'art social » définit la « mission fondamentale » du positivisme [122] ; dans chacune des cinq parties, il s'agit d'examiner, dans tous les domaines, qui peut et comment la mieux conduire : systématisation théorique par les « philosophes » ; systématisation de « l'art social ou politique » par celle de la morale ; systématisation des aptitudes affectives sociales par les prolétaires et surtout par les femmes ; systématisation des fonctions esthétiques. Et le positivisme est constamment présenté comme la « systématisation finale ». Il y a profusion, voire invasion de termes comme « système », « systématisation », « systématiser », mêlés à ceux de « synthèse », « synthétiser » ; les « coordinations » prolifèrent ; les « connexités » abondent ; les « relations » se combinent aussi aux « ralliements ». On ne saurait les recenser...
La systématisation religieuse affecte l'ordonnance de l'encyclopédie avec la morale comme « septième science » qui la couronne. Ce « perfectionnement définitif de la hiérarchie encyclopédique », dont Comte fait un nouveau Tableau [123], renouvelle assez profondément la classification. L'échelle encyclopédique présente alors 5 ou 7 degrés – selon que le second, la Physique, est considéré comme un seul ou comme trois (astronomie, physique proprement dite et chimie). Les compétences de la Biologie pour l'étude de l'homme sont sévèrement reconsidérées [124] Et le domaine de la Sociologie redistribué : il y a une « Sociologie proprement dite », la science du 4e degré, mais aussi une « Sociologie-Étude de l'homme », comprenant Biologie, Sociologie et Morale, pour laquelle Comte rappelle le mot Anthropologie [125] Comte multiplie d'ailleurs les réordonnances systématiques en proposant d'autres modes de classement – division dogmatique en Étude de la terre ou Cosmologie, et Étude de l'homme, ou division historique en Science préliminaire ou philosophie naturelle et Science finale ou philosophie morale – et d'autres « constitutions » « binaires », « ternaires », « quaternaires », « quinquenaires », « septenaires » de sa hiérarchie [126] Tant et si bien qu'en exposant ces multiples points de vue, là même où la systématisation est la plus grande, elle est aussi très relativiste :
« On ne saurait objectivement fixer le nombre des sciences [...]. Au fond, le nom consacré pour chaque science désigne seulement le groupe de spéculations dont l'unité se trouve suffisamment reconnue ; ce qui doit varier suivant les temps et les esprits. Subjectivement appréciée, la division des sciences ne comporte pas plus de fixité, vu qu'elle indique alors les différentes stations de l'intelligence dans une course encyclopédique qui peut toujours être continue quel qu'y soit le nombre des phases » [127].
Le dernier tome du Système programme encore une autre systématisation de l'ordre théorique : une « systématisation finale » en trois niveaux successifs, « Philosophie première », « Philosophie seconde » et « Philosophie troisième » [128], établissant respectivement le système des « lois universelles » [129], puis la constitution de l'« encyclopédie abstraite », puis celle de l'« encyclopédie concrète ».
Ainsi le second grand traité qui s'achève est, aussi et encore, un programme, un nouveau départ. Comte s'apprête à refaire le parcours encyclopédique, du point de vue de la « synthèse » : il planifie sept volumes « où chaque science se trouve réduite à son extension normale et dignement incorporée à la religion de l'Humanité » [130]. De cette Synthèse subjective ou Système universel des conceptions propres à l'état normal de l'Humanité, il n'aura le temps d'écrire que le premier volume Système de logique positive ou Traité de Philosophie mathématique [131] Comte n'aura pas non plus le temps d'écrire ni la synthèse de la morale [132], ni le Système d'industrie positive ou Traité de l'action totale de l'Humanité sur sa planète qui devait former la « philosophie troisième » [133]. C'est le disciple et successeur Pierre Laffitte, qui, reprenant les plans de Comte, leur consacrera de nombreux cours.


La promotion de la philosophie positive en positivisme est ainsi une longue histoire, que Comte a d'ailleurs laissé inachevée. Suivre ce parcours, c'est suivre une continuité scandée de recommencements et de rebondissements. Le système comtien se complète, se nuance, se corrige. Mais aussi et surtout, on voit combien et comment c'est un « système », dogmatique et historique à la fois.
Le souci, l'ambition de construire un « système » sont chez Comte primordiaux. Ils sont chronologiquement premiers dans sa démarche philosophique – ils sont pour beaucoup dans la rupture avec Saint-Simon, qui, lui, était si peu systématique [134] ; ils deviennent presque obsessionnels lorsque Comte entreprend le Cours et ils lui valent en partie son « orage cérébral » [135]. Ils sont constamment présents, clairement proclamés et partout dans sa philosophie des sciences strictement ordonnée et aux structures systématiquement répétées. Comte les revendiquent très consciemment contre ceux qui les lui reprochent [136]. Ils commandent une sociologie politique où les places et fonctions de chacun sont méthodiquement assignées dans des collectifs dûment hiérarchisés. Ils dominent dans l'expression même du philosophe, « les allures systématiques qui (lui) sont propres » par lui-même reconnues [137], ses lourdeurs répétitives, son goût des tableaux, l'inflation dogmatique de ses propos, et son application à lister et comptabiliser jusqu'aux paragraphes et aux lignes de ses écrits et à systématiser les lettres qui débutent chacune des phrases [138].

La systématisation de la philosophie comtienne est autant ce qui fascine que ce qui repousse. Des sciences positives, elle fait un bilan remarquable ; mais elle leur impose des limites, tant dans la détermination de leur domaines que dans celles de leurs méthodes, que leur développement a fortement ébranlées. Pour la politique, le système comtien apparaît comme l'une des grandes et audacieuses tentatives philosophiques du xixe siècle pour refaire le monde. L'obstination comtienne à prétendre articuler l'état des sciences et celui de la société, en est un trait constant, mais aussi sans doute ce qui fait sa puissance et sa fragilité.


[1]. Cf. Henri Gouhier (La Jeunesse d'Auguste Comte et la formation du positivisme, t. 1, Paris, Vrin, 1933) montrant que la pépinière des plus grands savants est aussi au XIXe siècle celle des réformateurs sociaux.
[2]. Voir les lettres de Comte à Valat dans Auguste Comte, Correspondance générale et Confessions, éd. P.E. de Berrêdo Carneiro, Pierre Arnaud, Paul Arbousse-Bastide, Angèle Kremer-Marietti, Paris-La Haye, Mouton-EHESS-Vrin (Archives Positivistes), 1973-1990, t. 1. Comte entreprend vite de convaincre Valat de préparer le concours. Cf. par exemple le 2 janvier 1815 (p. 7) : « Tous nos actes solennels sentent beaucoup la république : c'est là l'esprit général de l'École, et si quelques uns ne vont pas jusqu'à la république, du moins il n'en est pas un qui ne soit un ardent ami de la liberté que nous savons très bien distinguer de l'anarchie ».
[3] A. Comte, « Mes Réflexions - Humanité, Vérité, Justice, Liberté, Patrie - Rapprochements entre le régime de 1793 et celui de 1816, adressés au peuple français », dans Écrits de jeunesse, Paris, Vrin (Archives Positivistes), p. 417-431. En réveillant la mémoire de ses contemporains, Comte veut alors les inciter à reconnaître et à abattre la nouvelle « tyrannie » qu'il juge aussi grande, et parfois pire parce que plus sournoise, que celle de la Terreur.
[4] Cf. lettre à Valat, 12 février 1817 (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 1, p. 19).
[5] . Comte a rencontré Saint-Simon, grand concepteur de projets encyclopédiques et sociaux, en 1817 ; séduit, fasciné, il renonce aux carrières polytechniciennes et, après avoir été appointé quelques mois comme secrétaire, il devient, pour quelques années, collaborateur et ami.
[6]. A. Comte, « Sommaire appréciation de l'ensemble du passé moderne », dans Système de politique positive (1851-1854), Paris, Anthropos, 1970, t. 4, Appendice général, p. 4-46. Ce texte paraît en 1820 dans un recueil de Saint-Simon et sous sa signature.
[7]. « Le système que la marche de la civilisation nous appelle à remplacer était la combinaison du pouvoir spirituel, ou papal ou théologique, et du pouvoir temporel, ou féodal et militaire ». Une rapide présentation de la naissance, du développement et de la destruction de ce « système » évoque l'émergence de « capacités » nouvelles – celles de la science pour le spirituel, et celles de l'industrie pour le temporel – qui, s'élevant à coté des anciens « pouvoirs », visent à les remplacer et à fonder un nouveau « système social » Le texte s'organise alors en suivant les « deux séries contemporaines : celle des observations sur la décadence de l'ancien système et celle de l'élévation du nouveau », et donne des repères historiques succincts.
[8]. A. Comte, « Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société », dans Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 4, Appendice général, p. 47-136. Ce texte est le premier auquel Comte appose sa signature.
[9]. Les rois ne songent qu'à rétablir l'ancien système ; ils recherchent l'ordre, mais ne savent prendre en compte les progrès ; ils ne sont que rétrogrades. Les peuples ignorent tout des « conditions fondamentales que doit remplir un système social pour avoir une consistance véritable » ; ils veulent le progrès, mais ne savent qu'engendrer le désordre ; ils ne sont qu'anarchiques. Cf. A. Comte, « Plan des travaux scientifiques...», op. cit., n. 8, p. 48-50, 60-61.
[10]. Cf. ibid., p. 61-77 ; et la tâche des savants est d'« élever la politique au rang des sciences d'observation ».
[11]. Après l'état théologique ou fictif – où l'on essaie d'expliquer les faits au moyen d'idées surnaturelles – puis l'état métaphysique ou abstrait – où l'on procède à partir d'idées plus abstraites mais guère plus naturelles ni vérifiables –, advient l'état scientifique ou positif – où tout est enfin appuyé sur l'observation et sur les faits liés en lois.
[12]. « La saine politique ne saurait avoir pour objet de faire marcher l'espèce humaine, qui se meut par une impulsion propre, suivant une loi aussi nécessaire, quoique plus modifiable, que celle de la gravitation. Mais elle a pour but de faciliter sa marche en l'éclairant » (A. Comte, « Plan des travaux scientifiques...», op. cit., n. 8, p. 95).
[13] Sur ces circonstances, voir H. Gouhier, op. cit. n. 1, t. 3, Paris, 1941 et Mary Pickering, Auguste Comte, An Intellectual biography, Volume I, Cambridge University Press, 1993, chap. 4 et 5. Les deux auteurs jugent très différemment des urgences. Saint-Simon est pressé et plus soucieux d'intervention immédiate, et il cherche plutôt l'appui des industriels et banquiers, et des artistes ; Comte, lui, veut d'abord parfaire l'élaboration théorique et compte plutôt sur les savants. Bref, Comte juge qu’il y a dans les orientations de son ex-maître trop de hâte brouillonne, de « sentimentalisme » – auquel il trouve plus tard des relents de « théophilantropie réchauffée» (cf. A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 1, p. 205, 213).
[14]. Comte voulait donner à son opuscule le titre « Système de politique positive » ; par la suite cet intitulé est dit « prématuré », mais Comte a toujours vu dans ce texte son « opuscule fondamental ».
[15] . A. Comte, « Sommaire appréciation... », op. cit. n. 6, p. 32.
[16]. Cf. Essais sur quelques points de la philosophie des mathématiques, notes datées 1819 et 15 nov. 1818 ; Essais sur la philosophie des mathématiques, notes datées déc. 1819 et janv.-févr. 1820 ; Essais de philosophie mathématique, janv.-mars 1821 et sept.-nov. 1824. Tous ces textes sont repris dans A. Comte, Écrits de jeunesse, op. cit. n. 3, 3e partie, p. 491-563.
[17]. Lettre à Valat, 24 sept. 1819 (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 1, p. 59, l'auteur souligne). Même idée dans un fragment des Essais de 1819 : « La philosophie d'une science n'est bien sensible, ne s'aperçoit bien distinctement que dans ses rapports avec les autres sciences ».
[18]. A. Comte, « Plan des travaux scientifiques...», op. cit. n. 8 , p. 132. Sur la comparaison entre le texte de 1822 et celui de 1824, voir Henri Gouhier, « L'Opuscule fondamental », Études philosophiques, juil.-sept. 1974, repris dans La Philosophie d'Auguste Comte, Esquisses, Paris, Vrin, 1987, p. 65-77.
[19]. Cf. A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 1 : ainsi lettre à G. Cuvier, 9 mai 1824, p. 86 ; à G. d'Eichthal, 5 août 1824, p. 105-110 ; à É. Tabarié, 5 août 1824, p. 112 ; à Valat, 5 août 1824, p. 120. Les explications données à Gustave d'Eichthal sont particulièrement intéressantes : alors que celui-ci pensait trouver déjà « la philosophie positive » dans quelques ouvrages, Comte insiste pour dire qu'elle est encore à faire, et, tout en justifiant le choix de « politique » dans le nouveau titre de son ouvrage, il déclare que « le vrai titre de (s)es travaux serait “Philosophie positive” » : « Si j'ai préféré “politique”, c'est à cause que c'est l'application philosophique la plus urgente », 5 août 1824, p. 110.
[20]. A. Comte, « Considérations philosophiques sur les sciences et les savants » (1825) et « Considérations sur le pouvoir spirituel » (1826), dans Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 4, Appendice général, p. 137-175 et p. 175-215.
[21]. Cf. Henri de Saint-Simon, Opinions littéraires, philosophiques et industrielles, 1824 ; Le Nouveau christianisme, 1825, qui, de plus, se termine par un appel aux « Princes ».
[22]. Cf. A. Comte, « Considérations sur le pouvoir spirituel », op. cit. n. 20, p. 193 : « Le pouvoir spirituel a pour destination propre le gouvernement de l'opinion, c'est-à-dire l'établissement et le maintien des principes qui doivent présider aux divers rapports sociaux. Cette fonction générale se divise en autant de parties qu'il y a de classes distinctes de relations [...]. Son attribution principale est donc la direction suprême de l'éducation, soit générale, soit spéciale ; mais surtout de la première, en prenant ce mot dans son acception la plus étendue, et lui faisant signifier, comme on le doit, le système entier d'idées et d'habitudes nécessaires pour préparer les individus à l'ordre social dans lequel ils doivent vivre, et pour adapter, autant que possible, chacun d'eux à la destination particulière qu'il doit remplir ».
[23]. A. Comte, « Considérations philosophiques sur les sciences... », op. cit. n. 20, p. 150, 157 ; voir aussi p. 161 : « je regarde avant tout les sciences [...] comme ayant pour destination directe et principale de satisfaire ce besoin fondamental qu'éprouve notre intelligence d'un système de conceptions positives sur les différents ordres de phénomènes qui peuvent être le sujet de nos observations ». Le terme « système » est employé plus de 10 fois entre les pages 117 et 161.
[24]. Ibid., p. 137. Comte expose alors sur une dizaine de pages les observations sur lesquelles on peut appuyer cette « loi », il en commente la « nécessité » et l'« indispensabilité » et souligne le caractère « naturel » du développement ainsi décrit, ibid., p. 138-145. Il conclut en se félicitant de sa « démonstration à la fois théorique et expérimentale », en joignant quelques appréciations complémentaires sur les différents états, et surtout en insistant sur la portée générale et même universelle de sa « loi fondamentale » qui « doit être aujourd'hui le point de départ de toute recherche philosophique sur l'homme et sur la société », ibid., p. 146. Cf. aussi le commentaire fait à G. d'Eichthal, 24 nov. 1825, A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 1, p. 172.
[25]. Même présentation dogmatique de la succession des trois états au début des « Considérations sur le pouvoir spirituel » (op. cit. n. 20, p. 176-178).
[26] . A. Comte, « Considérations philosophiques sur les sciences... », op. cit. n. 20, p. 147-149, 152.
[27]. Ibid., p. 148 : « Il est [...] très essentiel d'observer attentivement dans quel ordre nos différentes classes d'idées ont subi cette transformation ; car cette notion est indispensable pour compléter la connaissance de la loi précédemment exposée », ibid., p. 147, je souligne. On peut même dire que Comte établit ici une sorte de dépendance de la loi des états à la maîtrise de l'ordre des positivités. D'ailleurs, une fois les critères explicités, Comte relie la classification aux états de façon telle que celle-ci commande ceux-là : « Cette classification fixe donc d'une manière irrésistible l'ordre du développement de chacune des trois philosophies ».
[28]. Ibid., p. 147 : « Cet ordre est celui du degré de facilité que présente l'étude des phénomènes correspondants. Il est déterminé par leur complication plus ou moins grande, par leur indépendance plus ou moins entière, par leur degré de spécialité, et par leur relation plus ou moins directe avec l'homme ».
[29]. Ibid., p. 147-148 : « Les phénomènes astronomiques sont à la fois les plus simples, les plus généraux, et les plus éloignés de l'homme ; ils influent sur tous les autres sans être influencés par eux, du moins à un degré sensible pour nous ; ils n'obéissent qu'à une seule loi, la plus universelle de la nature, celle de la gravitation. Après eux viennent les phénomènes de la physique terrestre proprement dite, qui se compliquent des précédents et qui, en outre, suivent des lois spéciales, plus bornées dans leurs résultats. Ensuite les phénomènes chimiques, qui dépendent des uns et des autres et dans lesquels on aperçoit une nouvelle série de lois, celles des affinités dont les effets sont moins étendus. Enfin, les phénomènes physiologiques où l'on observe toutes les lois de la physique, soit céleste, soit terrestre, et de la chimie, mais modifiées par d'autres lois qui leur sont propres et dont l'influence est encore plus limitée ». Le Cours de philosophie positive (1830-1842) développe abondamment ce thème de la spécificité limitative des lois (A. Comte, Cours de philosophie positive, Paris, Hermann, 1975, 6 t. en 2 vol. [vol. I : t. 1, 2, 3, leçons 1 à 45 ; vol. II : t. 4, 5, 6, leçons 46 à 60]).
[30]. A. Comte, « Considérations philosophiques sur les sciences... », op. cit. n. 20, p. 149-150 : « Nous possédons maintenant une physique céleste, une physique terrestre, soit mécanique, soit chimique, une physique végétale et une physique animale : il nous en faut encore une dernière, la physique sociale, afin que le système de nos connaissances naturelles soit complet ». Se donnant pour inventeur, Comte précise cette « physique sociale » par un « esprit particulier », une « méthode spéciale » et un « objet propre » – celui-ci étant les diverses formes de collectif humain : « espèce humaine », « genre humain », « sociétés », « civilisation », cf. ibid., p. 150-151. Insistant sur l'originalité irréductible de la « physique sociale », Comte insiste aussi sur son statut de novateur.
[31]. Cf. ibid., p. 151-161, et « Considérations sur le pouvoir spirituel », op. cit. n. 20, passim.
[32]. A. Comte, « Considérations philosophiques sur les sciences... », op. cit. n. 20, p. 146 note : « Le mot sciences, qui d'abord n'avait été appliqué qu'aux spéculations théologiques et métaphysiques, et plus tard aux recherches de pure érudition qu'elles ont engendrées, ne désigne plus aujourd'hui, quand il est isolé, même dans l'acception vulgaire, que les connaissances positives ». Comte a déjà manifesté dans les opuscules précédents son souci de préciser l'acception des mots « science » et « savant » : cf. par exemple, « Sommaire appréciation... », op. cit. n. 6, p. 24 note 2 ; « Plan des travaux scientifiques...», op. cit. n. 8, p. 73 note 1.
[33]. A. Comte, « Considérations philosophiques sur les sciences... », op. cit. n. 20, p. 173.
[34]. Lorsqu'il analyse les pratiques politico-sociales – rapports entre les États, système colonial, invasion technologique, « despotisme administratif » et centralisation du pouvoir, division du travail, concurrence industrielle – c'est pour mieux établir la nécessité d'une théorie politique préalable. Ainsi, tout en développant largement les enjeux sociaux – institutionnels, moraux – et parce qu'il les développe dans leur enchaînement ordonné, Comte, pour ainsi dire, s'en dégage. Ses recherches les impliquent, mais, provisoirement du moins, il s'oblige à surseoir à ces préoccupations.
[35]. Cf. surtout A. Comte, « Considérations sur le pouvoir spirituel », op. cit. n. 20, p. 209-211. La correspondance de Comte permet de suivre les progrès de sa méfiance, cf. surtout avec G. d'Eichthal : décembre 1824 (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 1, p. 140), puis novembre 1825 (ibid., p. 173-174). Reprise de ces réserves grandissantes dans A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. II, 47e leçon.
[36] A. Comte, « Considérations sur le pouvoir spirituel », op. cit. n. 20, p. 157-158.
[37]. Mais cette première tentative tourne court, pour cause de maladie de l'auteur.
[38]. Cf. A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. I, 1ère leçon, p. 30-32. Il s'agit de « déterminer l'esprit de chacune (des sciences) [...] découvrir leurs relations et leur enchaînement [...] résumer, s'il est possible, tous leurs principes propres en un moindre nombre de principes communs [...]. Aujourd'hui, chacune des sciences a pris séparément assez d'extension pour que l'examen de leurs rapports mutuels puisse donner lieu à des travaux suivis, en même temps que ce nouvel ordre d'études devient indispensable pour prévenir la dispersion des conceptions humaines ». Comte s'intéresse plus à la construction des systèmes de rapports, de relations, qu'aux détails des conceptions : cf. la différence faite entre son approche « philosophique » et les études purement scientifiques qui en fournissent en quelque sorte les matériaux : « C'est un Cours de philosophie positive, et non de sciences positives, que je me propose de faire. Il s'agit uniquement ici de considérer chaque science fondamentale dans ses relations avec le système positif tout entier, et quant à l'esprit qui la caractérise, c'est-à-dire sous le double rapport de ses méthodes essentielles et de ses résultats principaux » La coordination des connaissances est aussi donnée par Comte comme l'une des visées et des propriétés « très remarquables » (la troisième) de sa classification, cf. ibid., vol. I, 2e leçon, p. 59.
[39]. Cf. A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. II, 49e leçon, p. 172.
[40]. Cf. surtout ibid., vol. II, 58e leçon.
[41]. Cf. ibid., vol. II, 60e leçon.
[42]. Comte le désigne déjà ainsi dans l'« Avertissement » au t. 4 (ibid., vol. II, p. 7). Le changement est officialisé en 1844 lorsque, pour la publication du Discours sur l'esprit positif, Comte se déclare sur la page-titre « auteur du Système de philosophie positive » (cf. A. Comte, Discours sur l'esprit positif, Paris, Vrin, 1995).
[43]. Il est présenté pour la première fois à G. d'Eichthal le 26 janv. 1826 (cf. A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 1, p. 185) ; Comte le reprend plus tard pour « consacrer la souvenir de (sa) tentative initiale ».
[44]. Annoncé à G. d'Eichthal le 9 déc. 1828 (cf. A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 1, p. 205-206). Ce cours, commencé le 4 janvier 1829, s'est déroulé jusqu'au 9 septembre.
[45]. Cf. « Annonce et programme du Cours de philosophie positive de M. Auguste Comte, ancien élève de l'École polytechnique », paru dans la Revue encyclopédique (cf. A. Comte, Écrits de jeunesse, op. cit. n. 3, p. 277-279) – le texte est par erreur daté de 1828, mais Comte dit explicitement qu'il vient d'en finir la rédaction le 4 novembre 1829 (cf. lettre à Gondinet, A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 1, p. 209-210).
[46]. Il est joint à l'« Avertissement de l'auteur » daté du 18 décembre 1829 ; oublié dans la 1ère réédition du Cours de philosophie positive par Hermann, il a été rétabli dans l'édition de 1998, p. ix.
[47]. A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. I, tome 1 – 3e à 18e leçons – écrit en 1829-1830.
[48]. Cf. ibid., 3e leçon, p. 66, note.
[49]. Cf. ibid., 11e et 12e leçons. Ce qui d'ailleurs n'est pas sans poser quelque problème : Comte ayant dans les premières leçons du Cours exposé la primauté et l'antériorité spontanée des études « générales » sur les « spéciales », il faudrait donc croire qu'en mathématique l'esprit humain a cheminé à rebours de ses voies naturelles.
[50]. Cf. ibid., 13e et 14e leçons.
[51]. Ibid., vol. I, 19e à 27e leçons, rédigées durant le dernier semestre de 1834, parues dans le tome 2.
[52]. Au lieu d'être l'« Appréciation philosophique de la loi de la gravitation », la 25e leçon devient l'étude de la « statique céleste », tandis que, au lieu d'être l'« Explication des phénomènes célestes par cette loi (de la gravitation) », la 26e leçon devient l'étude de la « dynamique céleste ». Les entreprises chimériques d'explication universelle par une loi unique ont été dénoncées dès la première leçon (cf. ibid., vol. I, p. 40).
[53]. Le transport est assez attendu, lorsqu'il s'agit des sous-divisions de la branche « astronomie mécanique » ou « mécanique céleste » ; cependant Comte les envisage aussi pour les sous-divisions de l'« astronomie géométrique » ou « géométrie céleste » (cf. ibid., vol. I, 21e leçon, p. 332).
[54]. Cf. ibid., vol. I, 19e leçon, p. 313 et 21e leçon, p. 332 ; 24e leçon, p. 379-380.
[55]. Ibid., vol. I, 28e à 34e leçons, écrites en 1835, parues dans le tome 2.
[56]. Ibid., vol. I, tome 3 – 35e à 39e leçons – écrit en 1835.
[57]. Inversion de l'ordre des deux dernières : l'Optique succédait à l'Électrologie dans l'Annonce de 1829 ; elle passe avant dès le Tableau de 1830.
[58]. En fait, c'est dans les leçons de chimie, écrites fin 1835, que le terme « biologie » apparaît pour la première fois dans le Cours, d'abord sans commentaire (cf. A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. I, 36e leçon, p. 601), puis avec une note explicative : « Je ne pense pas qu'aucun philosophe puisse aujourd'hui suivre un peu loin une série quelconque d'idées générales sur l'ensemble rationnel des considérations positives propres aux corps vivants, sans être en quelque sorte obligé d'employer cette heureuse expression de biologie, si judicieusement construite par M. de Blainville, et dont le nom de physiologie, même purifié, n'offrirait qu'un faible et équivoque équivalent » (ibid., p. 602). L'enthousiasme de Comte pour son « illustre ami » lui attribue une invention qui n'est pas de son fait. Dans une note au titre même de la première leçon de biologie (cf. ibid., vol. I, 40e leçon, p. 665), Comte met sa formation biologique sous le patronage de Blainville, en se référant aux cours de 1829-1832, postérieurs donc au Tableau synoptique du Cours ; il n'est donc pas étonnant que les leçons rédigées en 1836-1837 corrigent les conceptions qui inspiraient le plan de 1829.
[59]. Cf. ibid., vol. I, 40e leçon, p. 742 : « Quoique la philosophie positive puisse quelquefois éprouver le besoin d'employer la dénomination de biologie pour désigner sommairement l'ensemble de l'étude réelle des corps vivants, envisagés sous tous les divers aspects généraux qui leur sont propres, on doit cependant réserver soigneusement cette importante expression comme titre spécial de la partie vraiment fondamentale de cette immense étude, où les recherches sont à la fois spéculatives et abstraites ».
[60]. C'est d'abord au terme d'une méditation sur les notions d'« organe », de « milieu » et de « fonctions » que Comte adapte, adopte, « statique » et « dynamique » pour qualifier les points de vue déterminants sur le vivant (cf. ibid., vol. I, 40e leçon, p. 683-684) ; puis il en fait les dénominations des principales divisions intérieures de la biologie, en se réclamant d'ailleurs toujours de l'autorité de Blainville (cf. ibid., p. 739, 743-746 ; cf. aussi 1ère leçon, p. 32-33).
[61]. La substitution et la redéfinition des termes se font cependant lentement. Comte emploie assez indifféremment l'un ou l'autre nom pour l'ensemble de la science, jusqu'à ce qu'il en détermine les divisions. D'ailleurs, le cours de Blainville que Comte donne comme « le type le plus parfait de l'état le plus avancé de la biologie actuelle » est un « Cours de physiologie générale et comparée ». Comte commence à réserver à « physiologie » le sens restreint précisé désormais comme « physiologie proprement dite » lorsqu'il envisage la distinction entre « le point de vue anatomique et le point de vue physiologique » comme études de statique et de dynamique biologique.
[62]. Division apparue en 1828 et à laquelle le Tableau synoptique du début du Cours reste fidèle. Le plan de 1828-1829 ne subdivise la « physiologie » que sous ces trois chefs : il n'y est pas fait mention des questions de structure et composition des corps vivants ni de leur classification, qui, dans le Tableau synoptique, sont des parties de la « science physiologique » au même titre que les trois « physiologies ». Certes, Comte disqualifiait dès 1830 la division entre « Physiologie végétale » et « Physiologie animale » : « On pourrait aisément établir une symétrie parfaite entre la division de la physique organique et celle ci-dessus exposée pour la physique inorganique, en rappelant la distinction vulgaire de la physiologie proprement dite en végétale et animale. [...] Or, il est certain que la distinction entre la physiologie végétale et la physiologie animale, qui a une grande importance dans ce que j'ai appelé la physique concrète, n'en a presque aucune dans la physique abstraite, la seule dont il s'agisse ici. La connaissance des lois générales de la vie, qui doit être à nos yeux le véritable objet de la physiologie, exige la considération simultanée de toute la série organique sans distinction de végétaux et d'animaux » (A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. I, 2e leçon, p. 57). Mais Comte ne formulait alors qu'un refus ; maintenant, il procède à un double déplacement-remplacement de la division répudiée.
[63]. Mais il est à souligner que, dans la biologie statique comme dans la biologie dynamique, Comte invite à renverser l'ordre des considérations. L'étude des végétaux s'avère complexe, difficile et imparfaite, n'éclairant guère celle des animaux, alors que celle-ci éclaire plutôt celle-là : une définition de l'être végétal plonge selon Comte dans un « profond embarras scientifique » (ibid., 42e leçon, p. 792) ; d'où les incertitudes de la biotaxie végétale ; pour les mêmes raisons, ce n'est pas dans « l'organisme végétal » que la physiologie générale est la plus aisée à étudier (ibid., 43e leçon, p. 812-814).
[64]. Ainsi, au niveau de la « physiologie », la division entre « végétaux » et « animaux » est transformée en distinction de la « vie végétative ou organique », étudiée dans la 43e leçon, et « vie animale », étudiée dans la 44e leçon. Mais la « vie végétative » n'est point celle des végétaux, en tous cas pas d'eux seuls, et Comte va même jusqu'à dénoncer « la stérilité vraiment remarquable » des études faites jusqu'ici sur la vie des végétaux (ibid., 43e leçon, p. 814). À remarquer que Comte préfère l'expression « vie organique », souligné dans le titre de la 43e leçon, à « vie végétative » (cf. aussi ibid., 40e leçon, p. 680-681 et 745-746).
[65]. Cf. ibid., 40e leçon, p. 742 : « aucune autre catégorie de phénomènes ne fait ressortir d'une manière aussi prononcée la réalité et la nécessité de cette grande division philosophique entre la science abstraite, générale, et par suite fondamentale, et la science concrète, particulière, et par suite secondaire ».
[66]. Ibid., 40e leçon, p. 743-744 : « En second lieu, la biologie statique doit être ensuite subdivisée en deux parties essentielles, selon qu'on étudie isolément la structure et la composition de chaque organisme particulier, ou que l'on construit la grande hiérarchie biologique qui résulte de la comparaison rationnelle de tous les organismes connus ; ces deux branches ont été fort heureusement désignées, à l'égard des animaux, par M. de Blainville, à l'aide des noms de “zootomie” pour la première, et de “zootaxie” pour la seconde, qu'il serait aisé de modifier commodément de manière à les rendre communs aux animaux et aux végétaux. La biologie dynamique, à laquelle pourrait être réservée le nom de “bionomie” [...] ne comporte aucune division analogue ».
[67]. Seul le terme « biotaxie » est fréquent, et même inscrit dans le titre de la 42e leçon ; la « biotomie », étudiée dans la 41e leçon, garde son appellation plus classique d'« anatomie », et la « bionomie », étudiée dans les 43e, 44e, 45e leçons, est plutôt désignée comme « physiologie » ou plutôt « étude de la vie » ou « étude des fonctions » – de fait, on ne retrouve l'expression « bionomie » qu'une seule fois (cf. ibid., 43e leçon, p. 811).
[68]. Cf. ibid., surtout 41e leçon, p. 747 ; 42e leçon, p. 767, 773 ; 43e leçon, p. 795-797.
[69]. Cf. ibid., 43e leçon, p. 797 ; et 45e leçon, p. 851 où Comte argue d'un « ensemble de motifs assez prononcé pour autoriser, du moins provisoirement, à ériger ce nouveau corps de doctrine en une troisième partie de la physiologie, jusqu'à ce qu'une étude mieux caractérisée de la physiologie organique, et une conception plus philosophique du système de la physiologie animale, permettent de placer enfin ce genre de recherches dans sa véritable position encyclopédique, c'est-à-dire comme une simple subdivision de la physiologie animale », et Comte propose pour cette étude l'expression « physiologie phrénologique » (ibid., p. 851, note).
[70]. Cf. ibid., 1ère leçon, p. 33. Cf. aussi lettre à Valat, 24 sept. 1919 (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 1, p. 58-59).
[71]. Comte tient même des propos doctrinaux provocants, ainsi sur les liens entre animaux et hommes (cf. par exemple, A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. I, 45e leçon, p. 857, 859, 866, 877-878) ; ou quand il renverse l'ordre de subordination entre facultés affectives et intellectuelles (cf. ibid., par exemple p. 860, 867) ; ou encore quand il rapporte des vertus morales à des synergies cérébrales (ibid., p. 879). Cf. A. Petit, « Critiques et renouveaux de la psychologie positiviste », dans Auguste Comte et l'idée d'une science de l'homme, Paris, L'Harmattan, 2002, p. 85-110.
[72]. Cf. A. Petit, « La fondation de la sociologie », dans Auguste Comte, deux siècles après, Tunis, Beït Al-Hikma, Orbis, 2000, p. 87-115.
[73]. Voir A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. II, 46e leçon à 50e leçon.
[74]. Cf. ibid., vol. II, 52e leçon.
[75]. Ibid., vol. II, 58e leçon, p. 707.
[76]. Ibid., vol. II, p. 700-701.
[77]. Ibid., vol. II, 58e leçon, p. 701 : « Quant au couple intermédiaire, formé par la philosophie physico-chimique, sa nature propre le rend assurément trop éloigné à la fois du point de départ et du but convenables à l'ensemble de l'élaboration positive, pour qu'il doive jamais prétendre dans ce grand conflit mental, à aucune autre influence essentielle que celle de seconder puissamment l'une ou l'autre de ces deux impulsions rivales ».
[78]. Ibid., vol. II, 59e leçon, p. 751 : « C'est ainsi que l'unité finale de la science humaine se concilie spontanément avec sa décomposition rationnelle en deux études principales, l'une relative à l'existence inorganique ou générale, l'autre à l'existence organique ou spéciale [...]. En considérant sous le même aspect les trois modes essentiels, d'abord mathématique ou astronomique, ensuite physique et enfin chimique, que présente l'existence inorganique, et pareillement les deux modes individuel et social qui sont propres à l'existence organique, leur succession totale constituera désormais une série scientifique parfaitement correspondante à la série logique précédente ».
[79]. Ibid., vol. II, 58e leçon, p. 710-713 et 737-740.
[80]. Ibid., p. 713.
[81]. Michel Serres dénonce volontiers une rigidité stérilisante et Comte aurait manqué la modernité en condamnant l'interdisciplinarité (La Traduction, Paris, Éd. de Minuit, 1990, p. 165-168), Mais on peut opposer à M. Serres, ses propres lectures du système comtien, et son insistance à souligner les répétitions et les transferts-traductions opérés. Angèle Kremer-Marietti discute les thèses de Serres (Le Projet anthropologique, Paris, Sedes, p. 29).
[82]. A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. I, 1ère leçon, p. 30 ; je souligne. Voir aussi ibid., vol. I, 19e leçon, p. 308 : « En général, chaque science, suivant la nature de ses phénomènes, a dû perfectionner la méthode positive fondamentale sous quelque rapport essentiel qui lui est propre » ; et vol. II, 49e leçon, p. 172.
[83]. Cf. ibid., vol. I, 35e leçon, p. 585 : « Chaque grand artifice logique doit être directement étudié dans la partie de la philosophie naturelle qui en offre le développement le plus spontané et le plus complet, afin de pouvoir être ensuite appliqué, avec les modifications convenables, au perfectionnement des sciences qui en sont moins susceptibles » ; et aussi ibid., 40e leçon, p. 735 : « La méthode positive universelle, malgré son invariabilité nécessaire, ne saurait être vraiment connue, sous tous ces aspects importants, que par l'examen approfondi de tous les divers éléments de la hiérarchie scientifique ; car chacun d'eux possède, par sa nature, la propriété exclusive de développer spécialement quelqu'un des grands procédés logiques dont la méthode est composée ».
[84]. Lettre à Valat, 24 sept. 1819 (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 1, p. 59-60).
[85]. Voir dans la 1ère leçon l'appel à la « combinaison des points de vue » avec exemples donnés de la géométrie analytique de Descartes, et de combinaisons fécondes de la chimie et de la physiologie (A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. I, 1ère leçon, p. 37-38).
[86] A. Comte, Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 1, Préface (1851), p. 6-7.
[87]. De plus le titre « Système de politique positive » était celui que Comte avait déjà voulu proposer en 1824 pour la réédition du « Plan des travaux scientifiques...» (A. Comte, op. cit. n. 8).
[88]. Cf. par exemple A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. II, 46e leçon, p. 72, 79 note ; 57e leçon, p. 688-692.
[89]. Cf. lettres à Mme Comte, 3 déc. 1842 (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 2, p. 114) ; et à Mill, 30 déc. 1842, 27 févr. 1943 (ibid., p. 125-126, 136-139).
[90]. Lettre à Mill, 6 févr. 1844 (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 2, p. 238) : « je me suis proposé de donner une idée sommaire de la nouvelle philosophie à ceux qui ne peuvent ou ne veulent affronter la lecture de six énormes volumes, dont toutes les principales conceptions y sont rapidement indiquées, avec un caractère convenable d'unité philosophique. C'est en un mot, le manifeste systématique de la nouvelle école ».
[91]. Cf. A. Petit, introduction à la réédition du Discours sur l'esprit positif, op. cit. n. 42.
[92]. Cf. A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. I, 28e leçon, p. 454 – leçon écrite au début de 1835 ; et vol. II, 46e leçon, p. 108 – leçon écrite en 1838.
[93]. Lettre à Mill, 20 nov. 1941 (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 2, p. 22).
[94]. Lettre à Mill, 27 fév. 1843 (ibid., t. 2, p. 139). Cf. aussi le militantisme de la lettre précédente : « Après avoir mentalement constitué la nouvelle philosophie, il faut bien que je m'occupe enfin de son installation sociale, et que je m'efforce de lui faire prendre son rang avoué dans les luttes actuelles » (lettre à Mill, 30 déc. 1842, ibid., p. 126).
[95]. Lettre de Mill à Comte, 13 mars 1843 (ibid., p. 381) ; lettre de Comte à Mill, 25 mars 1843 (ibid., p. 147).
[96]. Lettre à Mill, 14 nov. 1843 (ibid, p. 212).
[97]. Lettre à G. Grote, 27 fév. 1845 (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 3, p. 328).
[98] Cf. par exemple A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 3, p. 30, 40, 51, 53, 81, 171, 283, 285, 292, 293, 297, 301, 305...
[99] Voir les textes fondateurs du 25 février et du 8 mars 1848 dans A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 4, Annexes, p. 263-271.
[100]. A. Comte, Discours sur l'ensemble du positivisme (1848), Paris, GF, 1998. Publié en juillet 1848, ce texte, très légèrement modifié, forme en 1851 le « Discours préliminaire » du Système de politique positive. Les différences sont signalées dans nos notes de cette réédition.
[101]. Ibid., p. 42 – ce sont les premiers mots du Préambule général.
[102]. Voir ibid., surtout les débuts de la 1ère partie et de la Conclusion.
[103]. A. Comte, Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 1, Préface (1851), p. 6-7.
[104]. Lettre à Clotilde de Vaux, 5 août 1845 (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 3, p. 80-81).
[105]. Voir textes de ces Rapports dans A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 4, p. 144, 271-304 et t. 5, p. 275-291.
[106]. A. Comte, Catéchisme positiviste (1852), Paris, GF, 1966, Préface, p. 36.
[107]. En fait dès les oeuvres de jeunesse et surtout les « Considérations sur le pouvoir spirituel » Dans le Cours, reprise du thème de la réorganisation morale attendue dès les premières leçons, et esquisse des principes de la morale positive dans la présentation de la sociologie et en finale (voir surtout A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. II, 60e leçon, p. 776-782).
[108]. Cf. ibid., vol. II, 57e leçon, p. 696.
[109]. Cf. A. Comte, Discours sur l'esprit positif, op. cit. n. 42, 2e partie, à partir du § 47. Voir le § 20 où Comte invite expressément à substituer l'« Humanité » à « Dieu ».
[110]. Cela se passe d'abord subrepticement, se traduisant dans le plan d'éducation qui devient septénaire. Cf. A. Comte, Discours sur l'ensemble du positivisme, op. cit. n. 100, 3e partie, p. 208 et le Programme de l'École positive projetée en 1849 (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 5, Annexes, p. 284).
[111]. Cf. A. Comte, Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 1, Préface (1851), p. 10 ; t. 4, « Conclusion totale » (1854), p. 529-530. Le plan de ce Cours, dans sa version de 1849, 1850, 1851 est reproduit en Appendice de la Préface du Système, t. 3, la « Religion de l'Humanité » était l'objet de la Conclusion, 23e séance.
[112]. La promotion du « Culte de l'Humanité » en « Religion » est expressément proclamée dans le titre de la conclusion du Discours devenu préliminaire : la substitution du terme « religion » à celui de « culte » est également faite plusieurs fois dans le texte même de cette conclusion (cf. A. Comte, Discours sur l'ensemble du positivisme, op. cit. n. 100, notes de la réédition par A. Petit).
[113]. Ibid., p. 354.
[114]. Esquissé en 1848, il est bientôt précisé dans le Calendrier positiviste, publié en avril 1849 (voir A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 5, p. 292-314) ; Comte en établit ensuite des tableaux récapitulatifs qui apportent quelques rectifications et compléments en 1852, puis en 1854.
[115]. Les « sacrements » doivent marquer publiquement les grands moments de l'existence privée. Une première liste de 7 sacrements est dressée en 1849 (cf. lettre à Laffitte 20 août 1849, A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 5, p. 54 sq.) ; puis à partir de 1850 il y en 9 (cf. lettre à de Tholouze, 13 juill. 1850, ibid., t. 5, p. 171).
[116]. A. Comte, Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 1, Introduction fondamentale (1851), p. 403. Comte forge ces termes par analogie à « théologie », « théocratie », « théolâtrie ».
[117]. Cf. ibid., t. 2, chap. 1.
[118]. Cf. ibid., t. 2, chap. 6.
[119]. Thèse soutenue entre autres par Littré : voir Auguste Comte et la philosophie positive, Paris, 1863, 3e partie.
[120]. Thèse soutenue entre autres par H. Gouhier : voir, en particulier, La Jeunesse, op. cit. n. 1, t. 1, Introduction p. 25-29.
[121]. Par exemple, dès 1826, lorsqu'il réfléchit au « pouvoir spirituel », Comte envisage de faire des savants un nouveau « clergé » – et cette ouverture religieuse, contemporaine de ses critiques du saint-simonisme comme « théophilanthropie réchauffée », est telle qu'il la conçoit, tout à fait compatible avec ses exigences philosophiques et scientifiques.
[122]. A. Comte, Discours sur l'ensemble du positivisme, op. cit. n. 100, p. 45.
[123]. Cf. A. Comte, Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 2, chap. 1, p. 55 ; chap. 5, p. 265 ; chap. 7, p. 432-435 ; cf. aussi A. Comte, Catéchisme positiviste op. cit. n. 106, p. 94 et suiv. : la nouvelle « Hiérarchie théorique des conceptions humaines d'après une échelle à cinq ou sept degrés », établie en juillet 1852, est reprise dans ibid., p. 97. Voir aussi dans Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 3, Préambule général, p. 5, comment Comte assume ce « principal contraste encyclopédique de (s)a construction religieuse envers (s)on élaboration philosophique », tout en refusant d'y voir une « contradiction » ; et voir aussi ibid., t. 4, p. 5, 7.
[124]. Cf. A. Comte, Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 2, chap. 7, p. 437.
[125]. Cf. A. Comte, Catéchisme positiviste op. cit. n. 106, p. 96, et aussi Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 2, chap. 7, p. 437-438.
[126]. Voir A. Comte, Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 4, chap. 3 : « Tableau général de l'existence théorique, d'après la conception relative de l'ordre universel, ou systématisation finale du dogme positif », p. 187 et suiv.
[127]. Ibid., t. 4, p. 187.
[128]. Ibid., t. 4, chap. 3, passim.
[129]. Comte l'avait esquissé à la fin du Cours de philosophie positive, dans la 59e leçon. À la fin du Système, Comte établit un réseau de quinze lois, réparties en « trois groupes », avec, pour les deux derniers, deux « sous-groupes » (A. Comte, Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 4, p. 173-180). Comte ne les a pas lui-même présentées sous forme de Tableau. Mais Pierre Laffitte, son successeur, l'a établi et publié dans la deuxième édition du Catéchisme positiviste en 1874.
[130]. A. Comte, Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 4, p. 197-245.
[131]. Paru en 1856.
[132]. A. Comte, Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 4, p. 230-245. Comte la programme sous le titre Système de morale positive ou Traité de l'éducation universelle. Paul Arbousse-Bastide a plus particulièrement étudié ces aspects du positivisme comtien dans La Doctrine de l'éducation universelle dans la philosophie d'Auguste Comte, 2 vol. Paris, PUF, 1957.
[133]. A. Comte, Système de politique positive, op. cit. n. 6, t. 4, p. 246-247. Cet ouvrage était déjà programmé dans la 60e leçon du Cours sous forme de « traité systématique de l'action de l'homme sur la nature » (A. Comte, Cours de philosophie positive, op. cit. n. 29, vol. II, p. 790).
[134]. Cf. l'inflation de l'emploi du mot « système » dans les Considérations de 1825-1826.
[135]. Cf. la lettre du 27 février 1826 à H. de Blainville où Comte développe surabondamment son souci de « rempli(r) complétement les conditions fondamentales d'un véritable système » (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 1, p. 186-190).
[136]. Envers Mill d'abord, qu'il essaie désespérément de convertir au « positivisme systématique » : « le but capital consiste précisément à instituer de véritables convictions systématiques, susceptible de fixité et d'universalité » (lettre à Mill, 21 janvier 1846, A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 2, p. 292-296). Les réserves de Mill envers le positivisme comtien sont précisément résumées dans Auguste Comte et le positivisme dans la condamnation de son goût immodéré pour la systématisation (cf. la conclusion du livre).
[137]. Cf. lettre à Clotilde de Vaux, 18 janvier 1846 (A. Comte, Correspondance générale, op. cit. n. 2, t. 3, p. 289).
[138]. Cf. ce que Comte appelle « Logique positive » où il liste les lettres et mots débutant chacune des phrases de chacun des paragraphes de chacun des chapitres de son dernier écrit, la Synthèse subjective, et ce qu'il appelle encore « méthode constructive ou Algèbre universelle des acrostiches systématiques » – texte de juin 1857 – repris et publié par Pierre Laffitte dans la Revue Occidentale en 1888.

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