Angèle KREMER MARIETTI
Statique de la responsabilité et de la liberté
pénales
Les dangerosités, 19, 20, et 21 novembre 2001,
salle Chaillot-Galliera, 26 Avenue Georges V – 75008 Paris
(Paru dans : Les dangerosités, de la criminologie à la psychopathologie, entre justice et psychiatrie, sous la direction de Christiane de Beaurepaire, Michel Bénézech, Christian Kottler. Paris, John Libbey Eurotext, 2004.)
Il y a quelques années, j'ai
réfléchi sur les « fondements philosophiques du droit
pénal »
[1] ;
aujourd'hui, j'aborde un thème qui en est proche, non pas du point de vue
de savoir s'il y a ou non des principes, mais du point de vue des données
premières réelles, des
data inhérents à la
structure de base incontournable, à partir de laquelle peuvent se
développer ensuite toutes les dynamiques de l'action. Cette statique
permet de définir le problème de l'action morale et politique dont
j'ai déjà montré par ailleurs les difficultés
[2].
La
certitude
de la répression constitue un point capital de la défense de
l'ordre social. En contrepartie, l'individu inculpé jouit des
droits
de la défense qui garantissent l'honneur, la liberté, et, dans
certaines sociétés, la vie de l'innocent. En
général, le procès pénal met l'accent sur le
délinquant en tant que personne, et, en particulier, sur le rapport
qui s'est établi entre sa personnalité et l'infraction commise.
Sous l'angle de la
responsabilité et de la
liberté,
se concrétise ce qu'on appelle l'individualisation de la peine qui devra
être décidée. S'il y a droit pénal, c'est bien parce
qu'il y a « peine » ; et celle-ci est
présumée être nantie d'une double finalité : la
correction et
l'amendement du délinquant, ou, dans certains
cas, si l'inculqué est jugé irresponsable, la mesure
appropriée du
traitement et/ou de la
rééducation.
Avant même qu'il ne soit statué sur le fond, l'institution
intervient sur la forme pour canaliser la vengeance privée ou publique
à laquelle elle substitue la peine et la réparation. De
même, la société globale se substitue à la partie
lésée en tant qu'elle est elle-même le tout. De toute
façon, la pénalité concerne autant le droit que
l'anthropologie, puisqu'on a constaté que toutes les
sociétés connaissent ce que certains ont appelé
« le mythe de la peine »
[3] ou, du moins, elles
prévoient toujours des sanctions applicables à certains actes
interdits (tabous) dans les sociétés archaïques, ou
illégaux dans les sociétés modernes (qu'il s'agisse de la
coutume ou d'une décision légale explicite). La loi en vigueur est
nantie d'une double puissance, puisqu'elle est à la fois la puissance
atteinte par l'injure du dommage et la puissance chargée de
l'annuler.
Aujourd'hui, je voudrais me placer dans la
problématique de prévenir l'injure du dommage, et mon propos
présente les trois points suivants ; je discerne d'abord
le
rôle fondateur d'une responsabilité/culpabilité ;
ensuite, je pose qu'à l'origine de toute dynamique comportementale se
tiennent
les assises d'une statique de la responsabilité que je
tente de définir afin de permettre de la respecter ; enfin j'en viens
à ce qui, au cours de l'éducation, va entretenir ou ruiner ces
dispositions : je veux dire
les risques qu'elles vont encourir par
un développement inconsidéré et dommageable ou
leur
épanouissement compatible avec la réalisation d'une
société nationale et internationale harmonieuse.
I.
La culpabilité fondatrice
Premier point : le rapport de la responsabilité et de la
liberté : ce que j'appelle « la culpabilité
fondatrice ». Même si notre liberté n'est pas une
« liberté d'indifférence », ce qui
était pour Descartes le plus bas degré de la liberté
[4] - une liberté
d'indifférence niée d'ailleurs par Hume surtout parce qu'il n'y a
jamais eu de violation des lois de la nature -, il n'en demeure pas moins, au
regard de la société, que nous nous considérons comme
responsables de nos actes, c'est-à-dire
libres surtout de ne pas commettre des actes prohibitifs. En même temps, nous
savons bien que pour une certaine part nous devons nous reconnaître aussi
comme déterminés : ce qui veut dire que l'éducation,
l'environnement et la formation à laquelle a été soumise
notre volonté peuvent jouer un rôle dans la formation de notre
personnalité
Certaines raisons philosophiques fondamentales sont impliquées dans
le fait de poser la
notion juridique de peine, même si ces raisons
sont loin d'être des principes a priori. Et les raisons d'infliger un
châtiment ont été diverses dans l'histoire. Nietzsche
[5] a tenté de cataloguer les
raisons de punir : il distinguait entre l'origine et le but du
châtiment, et constatait que le but était souvent «
rajouté » après coup. Il insistait donc pour que l'on ne
confonde pas l'origine ou la «cause de la naissance» d'une peine dans
l'histoire avec l'«utilité finale»
[6] qu'on lui reconnaissait ensuite
pour la justifier. La réalité anthropologique du châtiment
ou de la peine a pris des sens très variés selon les lieux et les
temps. Si l'usage en a été et en est permanent, le sens en a
beaucoup varié : rétribution, punition, répression.
Entre mettre hors d'état de nuire ou prévenir des dommages
ultérieurs, jusqu'à inspirer la crainte du pouvoir, on distingue
dans le châtiment ou la peine une grande variété de
moyens : isoler ce qui trouble l'équilibre social, maintenir un type
social, créer une mémoire, éliminer un
élément malsain
[7].
D'une manière générale et vu sous un certain
angle, châtier c'est nier ce qui nie la règle : c'est, selon
une expression empruntée à Hegel, une
négation de la
négation. Car on pose avant tout que l'homme n'est pas un
néant
[8] : à
partir de quoi la règle est négativité de ce qui n'est pas
la règle ; aussi la règle nie-t-elle par avance tout ce qui
pourrait tendre à la nier. Certes, l'annulation pour être effective
doit être à la fois symbolique, prenant corps pour ainsi dire dans
le rite de la peine, et juridique, explicite à partir du droit
pénal, et se situant au-delà de la procédure pénale
et du jugement qui la conclut.
Il peut être intéressant
de voir que, reprenant la réflexion nietzschéenne de la faute
conçue comme dette (
Schuld), Heidegger a fait de la
culpabilité ce qui doit être abordé et interrogé
fondamentalement du point de vue de
l'être-coupable de
l'existence ; ce qui veut dire : du point de vue de « coupable »
comme étant conçu en tant que le mode même de l'existence
[9]. En tant que vécue
intérieurement, l'épreuve de la faute ne se mesure pas uniquement
à partir de l'infraction objectivement constatée ; la
représentation de l'infraction nous permet de l'analyser et de la
repousser tout à la fois. On peut dire qu'en tant que tel, le droit
témoigne de la perte de l'innocence.
Ainsi, notre
être-au-monde perçu sous l'angle du droit
est lié à la peine représentée, mais il est
déjà la conséquence de la faute comprise comme dette. J'ai
d'abord analysé ces phénomènes du point de vue de
l'anthropologie sociale : j'évoquais deux sociétés
différentes définies comme étant toutes deux sans
système pénal ni ordre politique, néanmoins chaque fois que
l'infraction était commise une sanction était prévisible.
On voyait, d'un côté, la honte de celui qui avait violé les
règles des relations sociales lui devenir insupportable au point qu'il
choisissait de mourir à la guerre ; de l'autre côté,
c'étaient les manquements graves concernant la sexualité qui
entraînaient la mort des coupables. Et, dans les deux cas, agissait une
culpabilité fondamentale, pour ainsi dire constitutive de l'existence
sociale ; dans l'un des deux cas, on la voyait même fonder le pouvoir
politique.
Pour lier la culpabilité au politique, Platoninterprétant dans
Protagoras le mythe de
Prométhée, montrait le « politique » étroitement
lié au don que Zeus avait fait aux hommes sous les noms d'honneur
(ou de pudeur) et de justice : l'
aidos et la
dikè. Ainsi,
aidos, l'honneur ou la pudeur, ou même encore la honte,
constitue le premier principe et nous rend réflexifs quant à notre
mérite ; cette sensibilisation nous met en rapport avec l'autre
principe, le principe de
dikè, à la fois justice et
jugement en tant qu'une même chose. Le terme
aidos, si difficile
à traduire
[10], est
l'équivalent d'une dette d'honneur qui ne deviendrait une faute que par
manquement à l'obligation de rendre ce qui a été
reçu. C'est ainsi que tout nouveau venu dans la société
contracte déjà une dette envers elle.
La
culpabilité de fait est limitée à l'infraction
objectivement constatée, « en vertu d'une loi établie et
promulguée antérieurement au délit et légalement
appliquée », selon le très juste article 7 de la
Déclaration de 1789. Mais la culpabilité ne commence-t-elle pas un
peu plus tôt, là où tout semble avoir été
préparé pour que le crime ait lieu avant même qu'il n'ait
lieu ? Il y a certes la criminalité inhérente à
l'infraction effective, mais il y a, en outre, les agents criminogènes
dont personne ne s'est préoccupé
[11], le milieu inducteur. Le coupable
doit être puni, mais les autres citoyens devraient se sentir solidaires de
cette culpabilité : je veux dire à proportion de leur pouvoir
(et même parfois à proportion de leur savoir) - ce qui veut dire
à proportion de leur
responsabilité et de leur
liberté. Ce qu'on appelle le «privilège
pénal»
[12] avoue
objectivement une culpabilité fondamentale, faite de la
responsabilité et de la liberté de tous les citoyens conscients,
culpabilité qui s'incarne dans la personne du délinquant.
Ce que Grotius a énoncé dans le
De Jure belli ac
pacis,peut sembler excessif ; il affirmait : « Il est
permis sans injustice de faire souffrir qui a fait du mal ». Le
« droit de faire souffrir » devenait un privilège
reconnu. Mais si nous remontions à ce qui a été
criminogène et à ce qui a induit au crime, nous remonterions
à la faille du lien social, au creuset de la faute, pour
redécouvrir la subjectivité là où elle a
été trahie. L'épreuve de solitude que constituent la faute
et la peine montre la faille du lien social au cœur même de la
subjectivité.
II. La statique de la responsabilité
J'en viens à mon second point : la statique de la
personnalité du point de vue de la responsabilité pénale.
C'est précisément sur sa base subjective qu'aujourd'hui je
voudrais attirer toute l'attention : je vais pour cela m'appuyer surtout sur une
anthropologie, non pas sociale, mais physique et morale. En effet, pour
comprendre la dangerosité, il faut voir ce qu'elle porte
profondément dans son noyau ; or, ce qu'elle renferme, c'est tout
simplement un être humain vivant qui, en tant que sujet, sent, pense, et
parle.
Sentant, pensant et parlant, ce sujet vivant
aime et il peut
aussi
haïr. Nous devons donc cerner de près ce qui fait la
structure de ce moi qui aime et qui hait. Notons que ce sont là deux
positions extrêmes dans le fait banal de la réceptivité et
ou de la sensibilité : soit positive (par laquelle je veux attirer
à moi et/ou construire), soit négative (par laquelle je veux
repousser loin de moi et/ou détruire) – double effet de la
réceptivité avec ses actions conséquentes. Dès lors,
nous aurons aperçu ce qu'est véritablement cette statique
réelle, à la base de toutes les dynamiques virtuelles de la
personnalité pénale. Je pars ici d'une constatation qui devrait
être évidente, mais ne l'a pas toujours été, et dont
toute l'importance doit être mesurée : l'édifice de la
personnalité humaine repose sur une réceptivité affective,
sur une sensibilité.
En effet, avant d'envisager les
désordres de la personnalité, il faut voir ce sur quoi il est
possible de tabler en matière de personnalité. Celle-ci repose sur
l'instance de la réceptivité, de la sensibilité, de
l'émotivité. Sans une ouverture sensible sur le monde et sur
autrui, une personnalité ne saurait se dessiner ni s'édifier.
Avant même de s'imposer comme un
être, elle doit recevoir
certains éléments qui constituent son
avoir, et qui lui
viennent de son entourage. Je me trouve là sur un terrain commun à
des auteurs aussi différents que Kant et Comte, mais encore Freud surtout
avec
Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci(1910)
[13], et Sartre pour qui existe une
affectivité originelle de la conscience qui se saisit comme factice,
cœnesthésique et définissant le corps comme être
pour-soi
[14].On retrouve dans cette
reconnaissance de l'affectivité également René Zazzo
[15] et Ferdinand Alquié
[16]. Depuis les travaux de John
Bowlby
[17], on parle même
maintenant d'une « science du sentiment »
[18]. J'évoquerai l'expression
de « révolution affective » proposée par Klaus
Scherer
[19], qui enseigne
actuellement la théorie des émotions à l'université
de Genève, et pour qui notre rationalité est limitée par
l'émotion en même temps qu'il existe une
« rationalité de l'émotion ».
Emmanuel Kant mettait au fondement de la théorie de la
connaissance une sensibilité appréhendant la réalité
du monde : qu'on mesure la place fondamentale de la sensibilité
(
Sinnlichkeit)dans la
Critique de la raison pure (1781,
1787). Pour Kant, la
connaissance empirique présuppose la
sensibilité recevant les données sensibles, tandis que la
connaissance pure est strictement conceptuelle ; de son
côté, l'entendement (
Verstand) est chargé de mettre
en ordre l'afflux des données sensibles. Kant donne également dans
son anthropologie (1798)
[20] une
place d'honneur à l'affectivité. Avant lui, il y eut les
empiristes, surtout David Hume dont le
Traité de la nature
humaine (1739-1740)
[21] et
l'
Enquête sur l'entendement humain (1748)
[22] présentent, à la
base de la connaissance, l'ensemble des impressions et des perceptions. Avant
eux, Aristote mettant l'âme au principe de la pensée, la voyait au
départ « végétative » ensuite
« sensitive » et enfin « raisonnable ».
Et, dans une perspective anthropologique qui s'est confirmée tout au long
de son œuvre, à son tour Auguste Comte, dans son
Cours de
philosophie positive[23],fondait la théorie positive de toute l'animalité
(c'est-à-dire comprenant l'humanité) sur la corrélation des
deux notions élémentaires de l'irritabilité et de la
sensibilité. Concevant « une seule série
générale » (CPP, I, 767), Comte voyait comme Aristote la
nature s'élever continûment de l'inerte au vivant et il s'opposait
– je le cite - à « la vaine démarcation
fondamentale que les métaphysiciens ont été [...]
forcés d'établir entre les animaux et les hommes » (CPP,
I, 857) : donc pour lui pas de discontinuité entre l'animal et
l'homme, si bien que l'étude du moi devait disparaître sous
« l'étude finale de cet équilibre général
des diverses fonctions animales, tant d'irritabilité que de
sensibilité [...] » (CPP, I, 857). Étudiant l'homme
biologique
[24], Comte
découvrait, avant Freud, la place fondatrice de l'affectivité dans
l'édifice de l'individualité organique qui permet à la
personnalité de se constituer.
Les études
contemporaines sur le cerveau et le langage
[25] essaient de voir ce qui
correspond entre l'homme et l'animal et ce qui ne correspond pas. Et si nous
partons, par exemple, de ce qu'on appelle « la conscience »,
nous voyons aussitôt que c'est une notion difficile à
définir malgré les travaux de l'Association pour l'étude
scientifique de la conscience
[26] ; en tout cas ; c'est
une instance qui s'interpose entre notre individualité
bio-socio-historique et le monde physique et aussi le monde bio-socio-historique
tout entier ; c'est un rapport plus ou moins spontané, plus ou moins
réfléchi et contrôlé, qui est celui d'un sujet avec
son milieu. Une manifestation de cette relation de l'individu avec son milieu
peut être étudiée dans le langage ; comme toute
faculté d'expression, le langage est déterminé par
l'émotion : « nous n'exprimons qu'après avoir
éprouvé »
[27], remarquait Comte, suivant de
près en cela Hobbes
[28], et
l'un et l'autre précédés par Démocrite,
Épicure et Lucrèce. Le langage humain se pratique et s'enrichit
par rapport à un milieu auquel il se réfère. Même si
ce que nous exprimons est le plus intellectuellement élaboré,
chaque fois il est nécessaire qu'il y ait ou qu'il y ait eu un moteur
affectif.
Des études contemporaines portent sur le cerveau et
l'évolution du langage
[29] : le langage s'amorce chez
l'enfant sur la base des premières étapes vitales et par la
méthode de la nomination d'objets ; il se développe de
façon autonome par rapport au monde extérieur. Noam Chomsky a
montré que les super-règles grammaticales sont innées et
universelles : comme l'écrit à sa suite Steven Pinker,
« l'enfant n'acquiert pas des douzaines ou des centaines de
règles, il tourne seulement quelques boutons mentaux. »
[30]. Pour expliquer cela Chomsky, en
1960, avait introduit le concept de structure profonde (ou structure
syntagmatique définie par les super-règles) et le concept de
structure de surface qui permet certaines variations dans la place des mots. Les
idées de Chomsky sur la grammaire universelle sont parfois
controversées ; pourtant, si, comme on vient de le découvrir
tout récemment, un gène du langage
[31] a été
identifié, on tiendrait alors un élément des bases
moléculaires du langage.
Et, si l'on s'informe chez les biologistes du développement du
langage on voit comment il évolue d'abord dans l'interaction par
associations croisées entre deux systèmes : d'une part, le
système situé au cœur du cerveau, impliqué dans les
aspects sensori-moteurs de cinq instincts élémentaires
(s'alimenter, boire, éliminer, agresser, fuir et se reproduire), et,
d'autre part, le système des régions sensorielles de la vision, du
toucher et de l'audition. Mais ensuite, l'acquisition de la nomination d'objets
dépend entièrement des associations de stimuli sensoriels
croisés de la vision et de l'audition, et de stimuli sensoriels
croisés du toucher et de l'audition : ces jeux d'associations
sensorielles sont indispensables à la réalisation du langage
humain ; ils sont rendus possibles grâce à la région
pariétale postérieure du cerveau. Or, chez l'animal il n'y a pas
cette capacité d'un langage se développant de façon
autonome par rapport au milieu ; dès lors, il est permis de parler
d'une « nature humaine » distincte de la « nature
animale ».
Donc qu'elle soit une simple conscience du
corps et/ou qu'elle se manifeste dans le langage, l'affectivité est
globalement le point de départ du comportement humain. Devenant de plus
en plus intentionnelle, l'expression du langage devient de plus en plus claire
et directe, mais elle peut encore comporter un ressort affectif. Il existe un
procédé cognitif fondamental qui est la métaphorisation :
la métaphore est en effet un aspect central de la pensée et du
langage relativement aux notions de base telles que la signification, les
concepts et la raison
[32]. La
complexité grandissante des relations exige une langue distincte rendue
possible par la structure biologique et naturelle du langage humain. Cris et
gestes spontanés sont les premières manifestations de l'expression
animale et humaine. Ensuite, dans le langage constitué, les linguistes
ont constaté que les premiers éléments ou constituants
matériels du langage sont des unités de sens qu'ils nomment
'morphèmes'
[33] et
'phonèmes'
[34], et qui
traduisent les objets de notre expérience, qu'ils soient
intérieurs ou extérieurs, réels ou fictifs.
Donc d'abord sentir ou ressentir, ensuite accepter ou rejeter, puis
exprimer et/ou dire tout cela. Ce schéma simplifié est celui de la
statique qui se trouve à la base de l'activité d'une
personnalité humaine, sur laquelle l'éducation va exercer un
pouvoir d'accentuation et d'atténuation, d'association et de
dissociation, avec un effet d'expansion ou de limitation.
Je n'ai
pas parlé des états non sensibles de la conscience
[35] ni du jugement que
l'éducation va développer à partir des émotions de
base : le jugement est ce qui va permettre de trier et d'alimenter selon un
certain ordre toutes ces énergies vitales, mais il est lui-même
également mû fondamentalement par de telles énergies.
Telle est, globalement décrite, la structure ou la statique de la
personnalité, à partir de laquelle se rendra possible une
dynamique dont les pivots essentiels seront la responsabilité et la
liberté.
III. Du danger des « grandes
idées » et de la nécessité d'une éducation
morale et politique
J'en arrive au troisième point de mon exposé : à
ce qui va entretenir ces dispositions sensibles, à ce qui risque de les
développer de manière dommageable ou à ce qui devrait, au
contraire, leur permettre un épanouissement compatible avec la
réalisation d'une société harmonieuse.
Du point de vue du schéma comportemental global, l'individu
présente avant tout les manifestations de ses instincts de conservation
qui sont, si l'on suit la classification proposée par les
études sur le cerveau : les instincts de s'alimenter, de boire,
d'éliminer, d'agresser, de fuir, et de se reproduire. C'est à
partir de cette base somatique que se développent les désirs et
les aspirations de l'être humain. Les instincts ne trouveront pas tous
à s'exprimer – et encore moins à se dire – et il se
regrouperont parfois entre eux et dès lors s'intensifieront sous l'effet
des diverses éducations – familiale, sociale, politique et
religieuse – qui viendront se greffer sur les désirs et les
aspirations globales de la personnalité. D'ailleurs, certains
éducateurs, à l'instar de Jean-Jacques Rousseau dans
l'Émile, pensent justement qu'il est possible d'exercer les sens
afin d' « apprendre à bien juger par eux », et
qu'il y a même une éducation de la sensibilité qui est aussi
une éducation à la citoyenneté
[36].
Mais c'est alors
aussi qu'interviennent ce que j'appelle les « grandes
idées », les idées totalitaires qui ne peuvent s'imposer
et gagner des adeptes, parfois soumis jusqu'à donner leur vie pour elles,
que par l'intermédiaire d'un messianisme ou d'un endoctrinement drastique
– un instrument plus fort que le charisme personnel qui peut d'ailleurs
aussi jouer par surcroît. Qu'elles soient religieuses
[37] ou politiques
[38], et même
politico-religieuses
[39], ces
« grandes idées » risquent de s'emparer de cette base
naturellement sensible de la personnalité : de la dynamiser, la
galvaniser en renforçant sa virtualité d'impact sur le monde, mais
avec un effet réducteur sur ses capacités de jugement
équilibrant.
Les désirs et les aspirations de tout être humain
dépassent habituellement les limitations imposées par toute
doctrine, qu'elle soit politique ou religieuse. Mais il arrive que les rigueurs
d'une privation socio-économique ou d'une frustration psychosociologique
soient un facteur inducteur vers l'adhésion totale
[40] à une idéologie qui
s'impose à la personnalité sous l'effet de l'imprégnation
d'une doctrine considérée comme une vérité absolue
et salvatrice ; cette « vérité » se
maintient en elle sous la forme d'un monoïdéisme tel qu'il lui fait
hautement proclamer : « Ma vérité me donne le droit de
te tuer, et même de me tuer avec toi ».
J'en arrive
donc à la dangerosité impliquée, certes dans le crime de
droit commun, mais encore dans le crime contre l'humanité et dans le
terrorisme. Qu'il s'agisse de l'attaque suicidaire du World Trade Center ou de
l'assassinat de deux agents de police venus accomplir leur service à
l'occasion d'un cambriolage
[41].
Dans le premier cas, nous avons un terrorisme suicidaire, essentiellement
spectaculaire et « grandiose », exprimant une signification
autant pour les victimes que pour ceux au nom desquels il a été
accompli. Dans le second cas, c'est un cambriolage criminel, sordide : le
caractère meurtrier de cette agression a été vu comme une
nouveauté dans les archives du cambriolage ; on enregistre
également des vols de voitures qui commencent par l'assassinat de leurs
occupants.
L'idéologie qui sous-tend ces actes criminels n'est certes pas la
même, mais, dans les deux cas, il s'agit bien d'actes intentionnels
motivés par tout un circuit de sentiments agressifs et destructeurs
très forts, accompagnés d'un discours, implicite ou explicite,
justifiant la tuerie en elle-même. Le criminel de droit commun entretient
un discours, pour ainsi dire, à double tranchant : a) tourné
vers lui-même : il fait quelque chose qu'il juge bon pour lui ;
b) tourné contre la loi et la société ou tout simplement
les gendarmes qui les incarnent : il fait quelque chose de mauvais et
dirigés contre eux. Le terroriste agit également selon ce double
principe : il juge ce qu'il accomplit a) comme bon pour son
idée ; b) comme mauvais et dirigé contre les ennemis de son
idée. Sans doute avons-nous, d'un côté, l'effet de la
misère, du dénuement, et le manque de moyens réels pour y
remédier ; et, de l'autre, une volonté de domination, sous la
forme d'une compensation sublime d'une situation vécue comme
pénible, pouvant aller jusqu'à impliquer le plus grand sacrifice,
celui de la vie pour la collectivité à laquelle on pense
appartenir. Dans les deux cas, ce sont des actes horribles d'agression et de
rejet à l'adresse de la vie et de la personne humaines. Et ce sont des
effets flagrants de dangerosité. Le jugement peut en principe recevoir
une éducation, mais il peut être difficile de le
rééduquer une fois qu'il a été formé à
partir d'options irréversibles.
Est-il possible qu'à la politique de l'exclusion et du
désespoir puisse être donnée une « grande
idée », une idée totalitaire qui détermine la
motivation d'un crime terroriste et, de surcroît, suicidaire ? Ces actions
pourraient-elles être considérées un seul instant comme un
pas destiné à faire évoluer une société ou
une culture vers un degré supérieur, vers plus de liberté
et de responsabilité ? Si une croyance religieuse extrême ou
une idéologie politique extrême - ou encore seulement une
détermination psychosociologique extrême - sont presque toujours le
résultat d'une pauvreté extrême, à la longue
l'aboutissement de telles situations peut signifier le manque de moyens
adéquats permettant une vie digne, ce qui signifie aussi le manque
d'éducation humaniste.
La liberté et la
responsabilité, propres à une personnalité, se sont ainsi
trouvées déplacées, éloignées d'un objectif
de vie civile pacifique, quand les systèmes sociaux modernes ont
laissé, du fait de leur malaise, les individus, leur sensibilité,
leur émotivité, leur réceptivité devenir le terrain
libre et la proie de certaines idées antisociales,
antidémocratiques. C'est ainsi que souvent de « grandes
idées » délirantes de domination du monde ont
foncé sur eux pour remplir la place qui en eux était disponible au
niveau de ces structures virtuelles de tous les instincts vitaux, que j'ai
déjà nommés. Les diverses forces de ces instincts se sont
regroupées, se sont fondues, se sont concentrées sur des actes
d'agression criminelle doublés d'actes de fuite : soit pour
conserver sa vie et sa liberté, soit fuite hors de la vie dans l'illusion
de donner à ses pareils le bénéfice de la vie et de la
liberté.
Qu'il s'agisse d'un acte criminel de droit commun ou
d'un acte criminel de terrorisme, on retrouve les deux thèses,
à savoir : 1) le crime a un auteur présumé, le
criminel ; et 2) la société humaine tout entière se
considère atteinte par ce crime ; d'où la
nécessité du procès destiné à juger le ou les
coupables. Les règles à suivre et les formes à respecter
sont fixées, tout comme est réglementée l'autorité
des jugements, tout comme sont prévues les voies de recours possibles.
Mais dans la perspective de prévenir la criminalité y compris
le terrorisme, c'est l'extrémisme y compris celui des « grandes
idées » qu'il faudrait déjà prévenir.
Mais, pour cela, il faudrait que soit d'abord éliminée la
misère dans le monde, et qu'une révolution démocratique
soit possible à l'échelle mondiale. Ce qu'il manque c'est une
volonté publique massive, une sincère volonté de
transformation démocratique sociale et globale. Ce serait là le
lieu de tout un programme moral et politique à mettre sur pied autant
à l'échelle nationale qu'internationale.
Un projet
politique de démocratisation ne peut se penser que sur la base de
transformations économiques efficaces. Il faudrait aussi définir
des catégories universelles en matière de moralité, et
surtout un lieu commun humaniste, en dehors de toutes les « grandes
idées » meurtrières. La bonne entente entre les
confessions diverses, comme les échanges entre les ressortissants divers,
- avec pour base l'honnêteté et la plus grande transparence -
devraient être considérés comme d'utilité publique,
nationale et internationale. À partir de l'immense travail
économique, le travail philosophique reste à faire : car ces
catégories devront être reconnues, discernées,
fondées sur un lieu commun philosophique universel, non pas dans le
rapport au divin mais, au-delà et au-dessus des préoccupations
divines, dans la préoccupation de l'humain en tant que tel, dans le
respect pour l'humain auquel serait reconnue sa dignité pure et simple.
C'est là que j'ai une pensée reconnaissante pour la religion
de l'Humanité proposée par Auguste Comte qui refusait toute
transcendance au bénéfice de l'immanence des valeurs humaines de
solidarité et d'amour : je pense en effet qu'aucune religion
consacrée à Dieu ne devrait minimiser l'être humain au point
d'encourager le crime ou la guerre, ni au point de tolérer la
maltraitance des hommes ou des femmes. Enfin – et c'est pour moi une
évidence – quand je dis que l'humain doit être
respecté, j'inclus, naturellement, le féminin en tant que tel,
auquel serait également reconnue sa dignité pure et simple. Je
souhaite que l'éducation dans le monde soit imprégnée de la
culture des droits de l'homme et de la femme, mais aussi des devoirs
qu'impliquent ces droits.
Distinguer clairement et définir
ces valeurs, faire qu'elles soient admises, proclamées, appliquées
du point de vue public comme du point de vue privé : telle est la
tâche difficile qui ne pourra être mise en œuvre que si la
bonne volonté est effective. Or, les collectivités internationales
et les communautés
intranationales sont le plus souvent
situées à des niveaux socio-économiques très
différents, auxquels, en outre, pour beaucoup d'entre elles, il a
manqué et il manque encore ce que nous appelons l'âge des
Lumières
[42] ; au lieu
de quoi, prédominent superstition et messianisme. Si la science
était mise à la portée de tout citoyen du monde, et si
l'école publique mondiale exerçait le jugement pour
l'équilibrer et non pour l'obnubiler, nous ne serions pas à nous
demander comment faire. C'est là qu'on distingue le rôle majeur de
la politique qui est celui d'avoir pour fonction de définir les codes
éthiques destinés à unir les hommes, quelle que soit leur
confession.
Parmi les philosophes, John Rawls s'est le plus approché d'une
philosophie à la fois morale et politique ; d'abord, dans
Théorie de la justice (1971)
[43], présentant la conception
égalitaire de la justice comme équité (« justice
as fairness ») à l'intention d'une démocratie
constitutionnelle ; ensuite, dans
Libéralisme politique (1993)
[44], étape
ultérieure de sa réflexion tenant compte, cette fois, de la
diversité des opinions philosophiques, religieuses et éthiques, en
vertu de laquelle il définit une conception de la justice fondée
sur la culture publique d'une société démocratique
reconnaissant à chaque individu la qualité de personne morale
libre et égale aux autres. Toutefois, cette perspective présuppose
le lieu commun de la démocratie. Et nous devons considérer comme
un problème très difficile à résoudre le cas de
populations qui ne seraient pas prêtes pour la démocratie ! Il
existe des organisations internationales, et, sans doute, devraient-elles, dans
la perspective d'une paix universelle qui était déjà
l'objectif de Kant et de Comte, comporter des sections chargées de
l'éducation des peuples à vivre ensemble.
En effet,
pour défendre directement la vie et la personne humaines sans doute plus
de science serait nécessaire. Je voudrais faire état à ce
propos d'une observation de Nietzsche dans
Aurore ; c'est
l'aphorisme 10 intitulé « Mouvement réciproque entre le
sens de la moralité et le sens de la
causalité » :
« Dans la mesure où le sens de la causalité
augmente, l'étendue de l'empire de la moralité diminue : car
chaque fois que l'on a compris les effets nécessaires, que l'on parvient
à les imaginer isolés de tous les hasards, de toutes les suites
occasionnelles (
post hoc), on a, du même coup, détruit un
nombre énorme de
causalités imaginaires, de celles que,
jusque-là, on croyait être les fondements de la morale, - le monde
réel est beaucoup plus petit que le monde de l'imagination, - on a chaque
fois fait disparaître du monde une partie de la crainte et de la
contrainte, chaque fois aussi une partie du respect devant l'autorité
dont jouissent les mœurs : la moralité a subi une perte dans
son ensemble. Au contraire, qui veut accroître cette dernière, doit
savoir éviter que les succès puissent devenir
contrôlables. [45] »
Ce que Nietzsche a donc pu observer, sur la base de l'esprit scientifique
qui s'imposait autour de lui à cette époque, c'est une relation
nouvelle s'instaurant entre la causalité et la moralité. Avec la
généralisation croissante de l'esprit scientifique, se produisait
la proportion inverse du sens de la moralité et du sens de la
causalité. Ce qui veut dire que plus vous décelez les causes d'un
acte moins vous pouvez vous référer à la moralité
seule pour le juger ; la progression de l'idée de causalité
entraîne logiquement la régression de l'idée de
moralité. Lorsqu'on est ignorant et impuissant, on invoque les puissances
du bien et du mal ; dès qu'on connaît les causes des
situations déplorées, on se réfère à ce qui
les a effectivement produites. Implicitement, nous sommes donc là devant
une tâche morale et politique qui implique que la science se
substitue à la superstition. Lorsqu'une catastrophe ou un grand malheur
se produit, on a raison dans un premier temps de chercher les coupables ;
mais on peut en outre se demander : « quelles ont
été les conditions de possibilité de cet
événement ? » ; certes, à partir de
là, rien n'empêche à nouveau d'invoquer des questions de
moralité : « qui a failli à sa
tâche ? » et « où se cachait la
faute ? ».
Or, ces questions sont devenues actuelles, du point de vue national et
international. La responsabilité étant la rançon de la
puissance, si l'on parle de « globalisation », celle-ci doit
reposer sur une conscience universelle dégagée de toutes les
« localités » et autres
« environnementalités » du monde : les nations
ne peuvent plus se dérober devant le problème et le devoir de la
coexistence pacifique. De même et encore, si globalisation il y a, elle
doit reposer fondamentalement aussi sur la notion de « dignité
humaine » : notion classique, qui a ses racines dans
l'Antiquité mais qui a été mise en avant par la Renaissance
et la Modernité et confirmée par Kant. Pic de la Mirandole avait,
en 1486, consacré sa fameuse Oratio à exalter la
dignité de l'homme, autour d'une libération de la pensée.
L'UNESCO a adopté la notion de dignité humaine dans sa
déclaration sur le génome humain et sur les Droits
humains.
Car, il n'y a aucune valeur cognitive directe dans la notion
du « mal » liée à l'utilisation qui est faite
du terme : celui-ci est employé comme un terme idéologique et
émotif, qui manifeste un sentiment de colère dirigé contre
une réalité à laquelle on aurait voulu résister,
réalité dangereuse pouvant elle-même induire d'autres
dangerosités quand on veut punir avec violence et rendre le mal pour le
mal. Le fait de brandir la notion du mal n'aide pas à analyser la
situation dangereuse, une fois qu'elle s'est accomplie. La
pénalité venant nécessairement « après
coup » ne peut davantage effacer la causalité qui a
entraîné après elle la criminalité. Le traitement
ancien par la vengeance et le traitement moderne par la pénalité ont eu et ont sans doute un effet de dissuasion,
mais il faut croire cet effet fort insuffisant pour prévenir le crime.
Le crime a certainement des causes économiques et
psychosociologiques sur lesquelles il faut réfléchir. Quant au
terrorisme, il porte en outre la double marque du désespoir et de sa
solution dans la puissance monstrueuse d'une « grande
idée ». Voulant accélérer la marche de
l'histoire, le terrorisme la précipite vers la ruine, car il manifeste
une erreur profonde de jugement sur la manière de combattre ce qu'il est
supposé vouloir combattre, serait-ce une injustice.
[1] Cf. «Les fondements
philosophiques du droit pénal »,
Le droit en
procès (1983)sous la direction de Jacques Chevallier,Paris, P.U.F., 2000. Voir aussi d'Angèle Kremer Marietti,
« La philosophie pénale face aux droits et aux devoirs des
citoyens », in
Revue Internationale de Philosophie Pénale et
de Criminologie de l'Acte. Paris, 1997 ; « Valeurs et
décisions du juge », in
Sanction et culpabilité. Essais de philosophie pénale et de criminologie sous la direction
de Stamatios Tzitzis, Volume II, Institut de Criminologie de Paris, L'Atelier de
l'Archer, 2000. Ces textes sont ou seront lisibles sur
http://www.dogma.lu
[2] Angèle Kremer Marietti,
Les apories de l'action morale et politique : essai d'une
épistémologie de l'action morale et politique, Paris,
Kimé, 1993 ;
Morale et politique. Court traité de l'action
morale et politique, Paris, Kimé, 1995 ;
Parcours
philosophiques, Paris, Ellipses, 1997 ;
Sociologie de la science (dir.), Sprimont-Belgique, Pierre Mardaga éditeur, 1998 ;
Philosophie des sciences de la nature, Paris, P.U.F., 1999.
Éthique et épistémologie autour du livre Impostures
intellectuelles
de Sokal et Bricmont (dir.), Paris, L'Harmattan,
2001.
[3] Notons que nombre
d'études abordent cette question qui fut l'objet du colloque
organisé par Enrico Castelli en janvier 1967, et qui sont réunies
sous le titre
Le Mythe de la peine, Paris, Aubier Montaigne, 1967.
[4] Voir la IVè
Méditation, in
Méditations métaphysiques (1641),
éd. bilingue, Paris, coll. GF, Flammarion, 1979. Mais Descartes acceptait
cependant ces termes dans le sens de 'liberté au sens large' dans les
Principes de la philosophie (
Principia philosophiae,1644),
Œuvres et lettres de Descartes, Bibliothèque de la
Pléiade, Paris, Gallimard, 1953 ; voir I, 41.
[5] Cf.
Généalogie de la morale, Paris, U.G.E., coll. 10-8, 1974, p.
189 (XII).
[7] Op. cit., pp. 193-194 (XIII).
[8] A. Kojève,
Esquisse d'une phénoménologie du droit, Paris, Gallimard,
1981 ; voir p. 244. Dans le petit ouvrage, Angèle Kremer Marietti,
La Morale (Que sais-je? N°2003, Paris, P.U.F.,1982), je
développe mes positions quant à la constitution du sujet dans son
rapport à la loi.
[9] Cf.
Sein und Zeit, siebente unveränderte Auflage, Tübingen, Max
Niemeyer Verlag, 1953, p. 283.
1981.
[10] Cf. Louis
Gernet,
Anthropologie de la Grèce antique, Paris, Maspero, 1968.,
p.182.
[11] Cf. le recueil
collectif,
La peine, quel avenir? Approche pluridisciplinaire de la peine
judiciaire, « recherches mora1es », Paris, Éd. du
Cerf, 1983.
[12] Cf. Thierry
Lévy,
Le désir de punir. Essai sur le privilège
pénal, Paris,Fayard, 1979.
[13] Dans
Un souvenir
d'enfance de Léonard de Vinci(1910) - Paris, Gallimard, 1987
-, Freud analyse un tableau de Léonard de Vinci,
La Vierge, l'Enfant
Jésus et saine Anne, qui contient des symboles d'une libido
homosexuelle.
[14] Cela, dans
L' être et le néant – Paris, Gallimard, 1943
– ; mais, dans son
Esquisse d'une théorie des
émotions (1939) - Paris, Hermann, 1957 – Jean-Paul Sartre
faisait de l'émotion une simple modification de la conscience.
[15] René Zazzo
(1910-1995) (Ed),
L'attachement, Paris, Delachaux & Niestlé,
1974/1979.
[16] Ferdinand Alquié
(1906-1985),
La conscience affective, Paris, Vrin, 1979. Alquié
centre sa réflexion sur le caractère affectif de la conscience
humaine ; c'est pourquoi il étudie l'angoisse, l'amour, le
rêve et la folie, mais également le symbolisme et la foi.
[17] John Bowlby (1907-1990),
Attachement et perte (1969-1973), Paris, P.U.F., 1978/1984. Bowlby
envisageait d'établir « la psychanalyse comme science
naturelle » (voir
Int. Rev. of Psychoanalysis, 1981, 8 :
243-256 ;
Psychoanal. Psychol., 1984, 1 : 7-22). Il a
tenté d'aborder scientifiquement les questions socio-émotionnelles
à travers un rationalisme empirique.
[18] Cf. Dylan Evans,
Emotion. The
Science of Sentiment, Oxford University Press, 2001. Voir aussi de Peter
Goldie,
The Emotions. A Philosophical Exploration, Oxford University
Press, 2000.
[19] Entre autres, voir de
Klaus Scherer,
Les émotions. Neuchâtel-Paris: Delachaux
& Niestlé, Rimé, B. & Scherer, K.R. (Eds.) (1989).
[20] Emmanuel Kant,
Anthropologie du point de vue pragmatique, trad. Michel Foucault, Paris,
Vrin, 1991.
[21] Traduction
Leroy, 2 volumes, Paris, Aubier Montaigne, 1946.
[22] Trad. Leroy, coll. GF
Flammarion, Paris, Flammarion, 1983 ; trad. revue et corrigée, D.
Deleule, coll. Intégrales de Philo/Nathan, Paris, Nathan, 1982.
[23] Cours de philosophie
positive (1830-1842),
Tome I, leçons de 1 à 45,
éd. de François Dagognet, Michel Serres, Allal Sinaceur. Paris,
Hermann, 1975. Leçon 40 : pp. 665-746 ; leçon 41 :
747-766 ; leçon 42 : 767-794 ; leçon 43 :
795-820 ; leçon 44 : 821-841 ; leçon 45 :
842-882. Sigle CCP. Voir CPP, 684, note 22.
[24] Cf. Angèle Kremer
Marietti, « L'Homme biologique selon Comte et les théories
nouvelles »,
Giornata di studi in memoria di Mirella Larizza,
Pisa, 12 maggio 2000, in
Sociologia, politica e religione di Comte per il
diciannovesimo secolo, a cura di Cristina Cassina, Pisa : Edizioni
Plus, Università di Pisa, 2001, pp.21-39.
[25] Par exemple voir N.
Geschwind, « Disconnexions syndromes in animals and man »,
in
Selected Papers on Language and Brain (1974), Boston Studies in the
Philosophy of Science, vol. XVI, ed. by Robert S. Cohen and Marx W. Wartofsky,
Sec. Printing, Dordrecht-Holland, Boston-U.S.A : D. Reidel Publishing Company,
1976, pp.104-236.
[26] ASSC : Association for the Scientific Study of Consciousness.
[27] Système de politique
positive (sigle SPP), I, Paris, Carilian-Goeury, Juillet 1854,
Tome premier contenant le « Discours préliminaire »
et l' « Introduction fondamentale » [Discours
préliminaire : pp.1-399] cf. p. 290.
[28] Cf. Thomas Hobbes,
Léviathan , intr., trad. et notes de F. Tricaud,
Paris, Éditions Sirey, 1983. Voir la Première
partie, chapitre VI.
[29] Voir également de
N. Geschwind, « The brain and evolution of language »,
op. cit., pp. 86-103.
[30] Voir Steven Pinker,
L'instinct du langage (1994), traduit de l'anglais (Etats-Unis) par
Marie-France Desjeux, Paris, Odile Jacob, 1999, p.109.
[31] Voir
Nature du 4
octobre 2001 : Anthony Monaco, directeur du Welcome Trust Centre for Human
Genetics, à l'université d'Oxford, traite d'un gène (FOXP2)
mais dont on ne sait pas à quelle partie du langage il est
relié.
[32] Cf. Mark
Johnson, Ed., " Metaphor and Philosophy ". A special issue of the
journal
Metaphor and Symbolic Activity, Hove, East Sussex, Lawrence
Erlbaum Associates Inc, 1996. De même, Ellen Winner, Ed.,
" Developmental Perspectives on Metaphor ", A special issue of the
journal
Metaphor and Symbolic Activity, Hove, East Sussex, Lawrence
Erlbaum Associates Inc, 1996.
[33] Cf.
Les Notions
philosophiques. Dictionnaire, volume en deux tomes , dirigé par
Sylvain Auroux, in
Encyclopédie Philosophique
Universelle, Paris, P.U.F., 1990, p. 1688 : « En
linguistique structurale, le morphème est obtenu par une
procédure de segmentation, dont il constitue la borne
inférieure et qui a la phrase pour point de départ. Il est ainsi
le segment linguistique minimal de surface auquel on puisse
assigner un contenu sémantique. Composé de un ou de plusieurs
phonèmes (définis, eux, sur la base d'une pure différence
sémantique), il forme un mot à lui seul (
ou ),
ou entre dans la formation d'un mot (
dé - chant- ons ), au
titre de morphème lexical (lexème - dont l'inventaire
est ouvert) ou de morphème grammatical (dont l'inventaire est
clos). »
[34] Op. cit., pp. 1944-1945 . Le phonème peut être
« une famille de sons phonétiquement
apparentés », ou bien « au plan syntagmatique la
plus petite unité susceptible de différencier des
significations intellectuelles ».
[35] Cf. Mangan, B. (1991).
Meaning and the structure of consciousness: An essay in
psycho-aesthetics. Doctoral dissertation. Univ. of California, Berkeley ;
also "Sensation's Ghost The Non-Sensory "Fringe" of Consciousness", in PSYCHE,
7(18), October 2001
[36] Voir le numéro
374, de mai 1999, des
Cahiers pédagogiques, intitulé
« Des sens à la sensibilité » :
c'est-à-dire comment on passe de l'appareillage physiologique, biologique
et neurologique à une sensibilité cultivée.
[37] Voir l'article de Stephen
Schwartz, "Ground Zero and the Saudi Connection" sur le wahhabisme, la secte de
l'extrémisme islamiste qui inspire Ousama Ben Laden, in
The Spectator (sur l'Internet) du 6 Octobre 2001. Stephen Schwartz est l'auteur d'un
ouvrage intitulé
Intellectuals and Assassins, London :Anthem
Press, 2000.
[38] Nazisme, stalinisme,
fascisme, etc...
[39] Les soldats Nazi
portaient sur la boucle de leur ceinture la devise «Dieu avec
nous » : "Gott mit uns".
[40] Le nom de totalitarisme
dit bien ce qu'il veut dire.
[41] Selon un communiqué de
l'Agence France Presse.
[42] Bien qu'il n'ait pas eu
d'âge des Lumières permettant de séparer nettement la
science de la religion, et le dogme religieux du pouvoir temporel, l'islam eut
cependant un philosophe arabe qui est à juste titre
considéré comme un précurseur des Lumières
européennes, Averroès (1126-1180) : cf. Mourad Wahba and Mona
Abousenna, Editors,
Averroès and the Enlightenment, Prometheus
Books UK, 1996. Parmi les philosophes occidentaux, Bertrand Russell a
été l'un des plus énergiques à distinguer science et
religion : l'esprit scientifique étant à même de lutter
efficacement contre les fanatismes religieux (cf.
Religion and Science,
1935 ; traduction française, coll.
« Folio-Essais », Paris, Gallimard, 1990).
[43] Théorie de la
justice (1971), Paris, Éd. du Seuil, 1987.
[44] Libéralisme
politique (1993), Paris, PUF, 1997.
[45] Nietzsche,
Aurore, Paris,
Le Livre de Poche, Librairie Générale Française, 1995,
p.44.