DOGMA


Angèle Kremer Marietti

Université de Picardie Jules Verne, Amiens, France
Groupe d’Études et de Recherches Épistémologiques, Paris
La Maison d’Auguste Comte, Paris, France

William James et la métaphore


(Version complétée de l’article publié dans la revue L’Art du Comprendre, 2007, N°16, pp. 277-285, sous le titre : http://williamjamesstudies.press.uiuc.edu Vol. 1, n°1, Université de l’Illinois)


Parce que j’ai été intéressée par les articles publiés[1] dans la nouvelle revue William James Studies (vol.1, n°1, 2006)[2], concernant le rapport de la philosophie de James à la métaphore ainsi qu’à l’esthétique, il me semble qu’il peut être utile d’évoquer la perspective suggestive que ces essais ouvrent sur l’usage de la métaphore en philosophie et, en particulier, d’apprécier par là même le juste éclairage qu’ils donnent sur la philosophie pragmatique de James. Tous ces travaux sont centrés sur la thèse de Charlene Haddock Seigfried[3], de Perdue University, qui résume elle-même et conclut d’ailleurs les divers commentaires faits autour de son livre et relatifs à son interprétation originale du pragmatisme.

À première vue apparaît un angle de découverte du pragmatisme de William James qui rejaillit sur la compréhension de cette philosophie dont la méthode s’assimilerait à un nouveau type d’explication, l’explication métaphorique, propre à lever la critique d’inconsistance ou de contradiction qui lui a été opposée par certains détracteurs. Cet aspect de la philosophie de James, nous le devons donc à Charlene Haddock Seigfried et à ceux qui surent apprécier sa lecture particulière du philosophe. Non que James eut une tendance avérée à s’exprimer analogiquement ou métaphoriquement, mais cet usage réfléchi lui venait de son application à vouloir transformer radicalement la philosophie telle qu’il l’avait trouvée dans la tradition. À la lumière de cette approche, le propos de James apparaît désormais comme orienté essentiellement vers une réinterprétation des intuitions philosophiques, par lui relevées dans l’histoire de la philosophie et qu’il n’aurait pas prises au premier degré de l’entendement, mais, pour ainsi dire, au second degré, en tant que ces intuitions lui apparaîtraient comme des métaphores conçues simplement à titre de tentatives afin de résoudre ou du moins de décrypter les principales interrogations philosophiques. Les théories philosophiques seraient ainsi comprises par William James comme des métaphores dépeignant de possibles solutions aux problèmes philosophiques, qui cependant demeurent éternellement posés. Naturellement, les solutions évoquées en tant que des métaphores pures et simples mettent en cause avant tout la notion même de métaphore dans son usage philosophique et ensuite la notion d’explication métaphorique indirectement avancée, en même temps qu’elles nous posent la question de ce que devrait être une « bonne » métaphore. Si telle est bien la démarche fondamentale de William James, s’impose alors à notre méditation la question de la méthode philosophique de James en tant qu’elle serait de type métaphorique.

Pour élucider ces premières questions qui se posent à nous, Megan Rust Mustain[4] rappelle les notes compilées par James en vue de son cours sur les sentiments, qu’il donna en 1895, notes qui manifestent sa première approche d’une métaphysique de l’expérience, anticipant sur les problèmes que révèleront les formulations ultérieures de son empirisme radical avec les alternatives essentielles qui seront par lui exprimées et qui seront celles, entre autres, des oppositions sujet/objet et pluralité/unité, en regard d’une expérience pure donnée. Le voyant passer de la notion de « donné » (datum) à celle de « champ » (field), Megan Rust Mustain nous explique que, ce faisant, James ne faisait que suivre une indication qu’il s’était imposée à lui-même au fil de ses notes, et qu’il mit assez vite en pratique, bien qu’à travers ce changement il puisse être supposé taxer d’arbitraire une quelconque désignation, ses propositions métaphoriques ne manifestant aucun rapport direct avéré à quelque référent que ce soit :

« Dans l’acte de changer un terme (“datum”) pour un autre ("champ"), James traite ses concepts les plus centraux quelque peu arbitrairement, c’est-à-dire comme n’étant pas indéfectiblement reliés à leur référent. À ce qu’il semble, nous pourrions utiliser un certain nombre de termes pour dépeindre le caractère du monde. (En vérité, James abandonna plus tard la terminologie du champ en faveur de la notion d’expérience pure .) » [ma traduction]

L’auteure de l’article nous explique que l’utilité pour James de choisir un terme plutôt qu’un autre ne dépend nullement du fait de sa correspondance point par point à quelque réalité présente ou future, mais dépend plutôt du fait de sa convenance à l’opération qui lui est impartie pour sa présente fonction dans le discours, où son rôle est davantage d’évocation (que ce soit évocation de réponses, d’actions ou de conséquences quelconques) que de stricte dénotation ; si bien que l’écriture de James se prononce en faveur d’un terme de préférence à un autre, uniquement pour son caractère évocateur et, dès lors, par conséquent, en traitant comme des métaphores ses concepts explicatifs les plus importants. Car, finalement, la métaphore comporte un pouvoir explicatif qui, à l’instar de Gaston Bachelard dans Le nouvel esprit scientifique (1934) et surtout dans La formation de l’esprit scientifique (1938),a sauté aux yeux de Charlene Haddock Seigfried, qui écrit qu’une « explication métaphorique » a pour effet de nous imposer une réflexion sur l’expérience prise à la fois en tant que telle et dans sa contextualité[5] ; et cela, certes, malgré l’insuffisance spécifique à la métaphore, puisque celle-ci ne peut saisir, d’un seul coup et dans tous ses aspects, l’expérience qui par nature déborde toutes les métaphores qu’un créateur pourrait mettre en œuvre à son propos. L’ « intérêt humain » dicterait le choix des métaphores : Megan Rust Mustain évoque comment les analogies, esthétiques, morales ou pratiques, n’ont d’autre finalité que de suivre nos communes déterminations et intentions. C’est pourquoi les points de vue, autant de James que de Seigfried, se rejoignent pour mettre en lumière le fait que nos expériences dépassent largement toutes les descriptions que nous pourrions en faire ; le recours à l’intérêt humain révèle le fond de la métaphore utilisée comme étant par avance inachevée dans son propos, sur la base de sa partialité constitutive. Comme le souligne l’auteur de l’article que nous citons (rappelons son titre : Metaphor as Method ), est ainsi montré ce que James n’a pas caché sans ses Principles[6] : à savoir une volonté de décrire nos expériences sans ambiguïté et d’une manière intelligible, avec le souci évident de leur mise en ordre et en fonction. Par ailleurs, dans son article[7], Richard Shusterman insiste sur l’origine corporelle de nos expériences, telles que James a pu les discerner, en particulier dans ses Principles, avec une extraordinaire précision, selon une introspection et une description somatiques qui lui sont particulières. Et il note que James reproche, à juste raison, aux philosophes leur cécité à l’égard du corps. Lui-même, William James pourrait être considéré, selon Richard Shusterman, comme le champion de la future « esthétique somatique » (somaesthetics)[8]. De son côté, David Perley[9] évoque le James de Some Problems of Philosophy[10], qui explique que le flux de la vie et l’expérience ne peuvent jamais coïncider parfaitement à ce qui en est dit. Pour exprimer le flux de notre expérience nous devons prendre le langage comme une traduction ; nous aboutissons cependant à un double monde, à celui du réel vécu et à celui de la traduction. D’où une tension dont James était conscient et qu’il travaillait à alléger tout en critiquant le langage philosophique, nécessairement problématique dans le rapport à la réalité[11].

Aussi Megan Rust Mustain distingue-t-elle un moment, pour finalement les rapprocher, descriptions propositionnelles et descriptions métaphoriques, comme relevant les unes et les autres de la qualité de produits par l’effet d’un intérêt sélectif : pour cette raison, nous ne devrions pas privilégier les unes par rapport aux autres. Mais, selon Seigfried, nous aurions cependant de bonnes raisons de privilégier les propositions métaphoriques, étant donné que, du fait de leurs limitations propres, les métaphores ont l’avantage évident de manifester certains points déterminés et ne nous abusent pas dans une vaine illusion de totale transparence. C’est à ce point tournant de son discours que Megan Rust Mustain se pose la question de ce que doit être une « bonne métaphore ». En effet, une fois que nous avons reconnu combien pouvaient être partiaux tous nos essais de mise en ordre du chaos de notre expérience et une fois que nous avons décidé de privilégier l’usage de la métaphore en tant que le paradigme de notre pensée et de notre expression, il nous reste, comme l’écrit Megan Rust Mustain, le problème de choisir les métaphores les plus efficaces relativement à notre détermination de décrire. Il est évident que c’est le sens que nous voulons assigner à notre description qui va inspirer notre choix. On peut alors poser le problème sous l’angle des critères appropriés à l’expression des intérêts profonds d’individus divers. L’auteur de l’article suggère que, d’un point de vue strictement individuel, soit posée à cet effet la question que se poserait un poète : tout d’abord, ma métaphore a-t-elle à voir avec les aspects de cette expérience que je connais le mieux ? Ou encore :

 “Does this analogy help to satisfy my doubts ? Does the order it gives to my experience allow me to do the things I want and need to do ?”

C’est-à-dire : l’analogie que je poserai suffira-t-elle à apaiser mes doutes ? L’ordre que telle métaphore apportera me permettra-t-il de faire tout ce que je désire faire ? En outre, du point de vue de l’interlocuteur éventuel, dans la circulation de la communication dont les métaphores se font le véhicule, apparaît un problème complexe, celui de l’efficacité pragmatique : il ne suffit plus d’interroger et de satisfaire mes propres intérêts, mais également ceux des personnes auxquelles s’adressera ma communication. C’est ce que Megan Rust Mustain appelle le « test pragmatique », dont le contexte s’élargit d’autant plus qu’il est prêté attention à l’intérêt d’autrui et de moi-même, pris dans une même conjugaison. Car l’expérience jouit d’une multiplicité d’aspects et, de plus, l’expérience de l’un et l’expérience de l’autre sont concurrentes, en ce sens que, dans leur chassé-croisé, les conceptualisations des uns veulent intégrer le monde des autres qui n’est pas le même que le leur. Bien davantage que de chercher une appropriation à de quelconques intérêts, ce vers quoi les métaphores en question doivent tendre, c’est à discerner et à rechercher ce qu’il va falloir valoriser plus particulièrement en vue de tels et tels intérêts, et, de plus, en évaluant exactement dans quelle mesure. Aussi Megan Rust Mustain souligne-t-elle parfaitement cet aspect nuancé des positions de William James qui, tout en reconnaissant, par exemple, en quoi les grands systèmes rationalistes prétendent répondre à nos tendances esthétiques, cependant fait remarquer[11] que ces mêmes systèmes n’ont de cesse de détruire toute notion d’un Absolu moniste, et ainsi, de part et d’autre, satisfont certaines aspirations au détriment d’autres aspirations qu’ils ne satisfont pas. D’où, pour James, la faillite du rationalisme à satisfaire notre sens de la vie et, lorsqu’il revêt la forme publique et s’incorpore dans les grandes institutions et les communautés, James le voit s’opposer aux efforts collectifs vers un changement social, alors qu’au contraire l’empirisme radical qu’il a conçu s’efforce réellement d’aller vers un collectivisme des vies individuelles se connaissant les unes les autres et qui, à travers une évolution par essais et erreurs, s’orientent vers des réalisations capables de se combiner assez au point de pouvoir refaire le monde afin de permettre d’y vivre et d’y agir[12].

En l’occurrence, nous nous devons d’évoquer ce que James écrit de l’humanisme qu’il envisage comme « vérité » du point de vue de son pragmatisme radical, compris à la fois comme un idéal auquel nous devons nous conformer et aussi comme des propositions concrètes au sein desquelles nous croyons que cette conformité est déjà advenue à l’existence  :

{Humanism] “is only a manner of calling truth an ideal. But humanism explicates the summarizing word ‘ought’ into a mass of pragmatic motives from the midst of which our critics think that truth itself takes flight. Truth is a name of double meaning. It stands now for an abstract something defined only as that to which our thought ought to conform; and again it stands for the concrete propositions within which we believe that conformity already reigns -- they being so many 'truths.' Humanism sees that the only conformity we ever have to deal with concretely is that between our subjects and our predicates, using these words in a very broad sense.” [13]
Comme on le voit, James souligne les deux aspects de la vérité telle que nous la vivons, à la fois comme un idéal auquel nous devons nous conformer et comme une réalité que nous avons atteinte. En tout cas, James rejette le rationalisme parce qu’il s’avère être impuissant à suivre l’évolution de la vie : le rationalisme n’est rien d’autre pour lui qu’une métaphore stupide qui donne du monde une vision esthétique mais qui, en outre, laisse le monde loin derrière lui, en négligeant et perdant son pouvoir propre de transformation et d’évocation. Dans le domaine de la vérité, il ne faut considérer, selon James, la théorie de la correspondance que pour un nombre limité de cas et de circonstances, étant donné certains paradigmes : c’est ce que nous rappelle John Capps[14]. Aussi William James préfère-t-il user du terme même de « vérité » dans les cas de description de croyances liées à l’action. Ce qui met la vérité en ligne directe mais a posteriori avec ce qui a pu se produire réellement, la vérité n’étant pas encore « vraie »,
avant qu’elle ne se manifeste pour se confirmer dans la réalité constatable, comme l’écrit John Capps :

“As I read James and Seigfried, it would not, strictly speaking, be correct to say that this belief was true until it is actually verified. Of course, there's not much harm, in the abstract, in saying that a belief is true in advance of its verification: ordinarily, it would simply be a gesture of linguistic courtesy to call such a belief true even though it has not yet been verified. But that's not to say that there's no harm in saying this.”

Pour reprendre le point de raisonnement auquel elle est parvenue, nous voyons Megan Rust Mustain en venir au « test de la métaphore philosophique », qui doit, pour être valide, satisfaire nos intérêts divers et, au moins, révéler tout à la fois ses conditions et ses limitations pour s’annoncer en tant que métaphore ! La lecture de James va confirmer ces deux points : il a commencé, en effet, à décrire le monde de l’expérience comme un « donné neutre », dans l’indifférenciation entre objets et sujets, puis, passant au-delà, il a replacé ce donné dans le courant continu, qualifié par tout ce qui ne cesse de s’écouler. Dès lors, dans une vision rétrospective, James en vient à l’élément constructeur de la métaphore reliant le donné passé et le donné présent. C’est pourquoi James peut maintenant changer la métaphore du « donné » par celle du « champ » : car les relations s’établissant entre les donnés successifs relèvent désormais de l’ordre de la connaissance et non plus simplement de la perception ou de l’intuition directe. Cette métaphore du champ nous inclut dans une vision large dans laquelle nous devenons une partie, une simple unité ; la métaphore peut même s’élargir encore en une pluralité de champs continus, répondant à notre demande esthétique d’unité, sans sacrifier la demande d’un caractère discret du donné. Guidés par Megan Rust Mustain, nous avons compris que la métaphore de James a passé avec succès la première alternative du test. Quant à la seconde alternative à laquelle elle devra aussi se plier, la métaphore de James doit répondre maintenant à l’exigence exprimée par James et qui est relative à sa manière de philosopher, autrement dit un procédé permettant précisément de vérifier les métaphores. S’il atteint la possibilité de traduire la réalité, non pas en termes de stabilité mais en termes de concrétude[15], James jugera avoir réalisé ce en quoi ont échoué les grands systèmes philosophiques du passé. Test passé avec succès, nous affirme Megan Rust Mustain !

La commentatrice passe enfin à la question de « la métaphore comme méthode ». Alors, nous abordons le sens dans lequel la métaphore se tient dans son rapport à la philosophie : non pas pour captiver notre imagination et engager nos émotions – ce qui est ce pour quoi elle est le plus souvent couramment utilisée – mais plutôt à titre de masque : car pour user de la métaphore comme « méthode métaphorique », point n’est besoin d’écrire et de parler dans des termes analogiques, métaphoriques ou comparatifs, il suffit que nous nous astreignions de repenser les origines de notre langage prosaïque et de voir le rôle qu’il a joué dans la confection des systèmes conceptuels. C’est ainsi que la méthode métaphorique exige de nous que nous abandonnions, comme le fait le poète, notre notion de référence objective. Cette méthode nous contraint de penser les systèmes philosophiques passés et présents comme l’expression de réels besoins humains auxquels ils correspondraient parfaitement. James voit même dans cette tâche nouvelle l’épitomé de la réalité[16]. Sont alors invoquées dans cette multiple opération toutes les épistémologies et toutes les théories politiques, dans la mesure où chacune a la prétention de donner du monde une vision particulière, qu’elle soit sensible, convaincante, ou même active, puisque elle peut s’adresser, selon les styles, à notre sensibilité, à notre capacité de croire, ou même à notre pouvoir actif. Telle est donc, en dernier ressort, la lecture de la philosophie recommandée par William James, afin de pouvoir déterminer quelles sont les inclinations qu’un auteur suscite en nous avec les réponses capables d’y satisfaire. Mais à cette lecture de la philosophie correspond aussi une manière jamesienne de faire la philosophie à partir de la détermination des besoins à satisfaire et par suite afin de leur confectionner les philosophies qui y subviendraient. Par là est échafaudé un nouveau test imaginé par James afin de vérifier expérimentalement toute philosophie dans son bien-fondé. En effet, quand une philosophie échoue à intéresser hommes et femmes, c’est parce qu’en elle manque quelque chose, qui serait donc à rechercher sur la base d’intérêts humains qui auraient été négligés. Telle est la raison, selon Megan Rust Mustain, de la reconstruction jamesienne de la philosophie ! Les métaphores philosophiques de James, telles que les « champs », les « expériences pures », les « courants de conscience » – reconnaissables aussi chez Henri Bergson – ont passé en leur temps pour révolutionnaires. Mais, comme l’affirme Megan Rust Mustain, ce n’est pas dans ce type de métaphores que se tient l’originalité de James, c’est plutôt dans son insistance à nous faire admettre que la tâche de la philosophie se tient essentiellement dans la création et dans la reconstruction des images métaphoriques du monde qui conviendraient le mieux aux besoins et aux intérêts des êtres humains au cours de leur vie, soit individuelle soit collective. Ces considérations sur la philosophie proposée par Willliam James ont été possibles grâce aux analyses remarquables de Charlene Haddock Seigfried[17], qui attira l’attention sur l’herméneutique concrète jouant au centre de la vision de James, qu’il s’agisse de ce qu’il a avancé dans ses Principes de psychologie sur l’attention sélective ou dans ses Essais d’empirisme radical à propos de sa métaphysique pluralistique. James constatait que les métaphores du rationalisme et du matérialisme appauvrissaient la vie des hommes et des femmes de son époque. La première raison que William James avait de rejeter ces métaphores était pour lui d’ordre moral ; c’est pourquoi, pour affronter cet état de fait, il offrait à bon escient l’alternative philosophique de sa « description pluralistique du monde », en proposant in extenso l’anarchie au bon sens du terme, l’individualisme, le personnalisme, l’anti-esclavagisme, la tolérance, et la démocratie[18]. Charlene Haddock Seigfried[19], qui approuve la présentation du rôle de la métaphore philosophique de William James telle qu’elle a surtout été développée par Megan Rust Mustain et David Perley, conclut que nous ne choisissons pas une portion du monde parce qu’elle est là, mais parce que nous pouvons y faire ce qui nous intéresse :
“We do not select a portion of the world to interact with because it is there but because we are interested in doing one thing rather than another. If the world answers to our desires, well and good, if not, we try something else.”



Références

Abrams, Jerrold, "Pragmatism, Artificial Intelligence, and Posthuman Bioethics: Shusterman, Rorty, Foucault," Human Studies, 27, 2004.
Bachelard, Gaston, Le nouvel esprit scientifique, Paris, PUF, 1934.
Capps, John, “Jamesian Truth : Comments on Charlene Haddock Seigfried's William James's Radical Reconstruction of Philosophy”, William James Studies, vol.1, n°1, 2006.
James, William, Essays in Radical Empiricism. New York: Longman Green and Co, 1912.
James, W., Pragmatism , Cambridge, Harvard University Press, 1975 [1907].
William J., Some Problems of Philosophy (Cambridge: Harvard University Press, 1979.
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James, W., Essays in Religion and Morality, Ed. Frederick Burkhardt and Fredson Bowers, Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1982.
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Kremer-Marietti, Angèle, 1982. La symbolicité. Réédition l’Harmattan, 2000.
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Kremer-Marietti, A. 1994. La philosophie cognitive, Paris, PUF. Réédition L’Harmattan, 2002.
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http://www.dogma.lu/txt/AKM-Nietzsche02.htm
Kremer-Marietti, A. 2001. « Nietzsche, la métaphore et les sciences cognitives ». Colloque international de Philosophie "Penser après Nietzsche",
in Revue Tunisienne des Etudes Philosophiques, N°28-29, 2001 : http://www.dogma.lu/txt/AKM-Nietzsche-meta.htm
Kremer-Marietti, A. 2004. « Rhétorique sociale et métaphore du sujet : Perelman, Burke et Lacan », in Perelman Le renouveau de la rhétorique par Michel Meyer (dir.), Paris, PUF, 2004 :
http://www.psychanalyse.lu/articles/MariettiPerelmanLacan.htm
Mustain, Megan Rust, “Metaphor as Method : Charlene Haddock Seigfried's Radical Reconstruction”, William James Studies, vol.1, n°1, 2006.
Perley, David, “Explosive Metaphors and Vagueness: Seigfried's Contribution to James Scholarship and its Significance Beyond the Field of Philosophy” , William James Studies, vol.1, n°1, 2006.
Shusterman, Richard, “Aesthetic and Practical Interests and their Bodily Ground” , William James Studies, vol.1, n°1, 2006.
Shusterman, R., Performing Live, Ithaca : Cornell University Press, 2000. Shusterman, R., Pragmatist Aesthetics, 2nd. edition (New York: Rowman & Littlefield, 2000).
Seigfried, Charlene Haddock, William James's Radical Reconstruction of Philosophy, Albany: State University of New York Press, 1990.
Seigfried, C. H., “Is James Still Too Radical for Pragmatic Recognition? William James's Radical Reconstruction of Philosophy—Fifteen Years Later”, William James Studies, vol.1, n°1, 2006.
William James Studies, http://williamjamesstudies.press.uiuc.edu/



[1] Il s’agit des articles suivants :John Capps, “Jamesian Truth : Comments on Charlene Haddock Seigfried's William James's Radical Reconstruction of Philosophy” ; Megan Rust Mustain, “Metaphor as Method : Charlene Haddock Seigfried's Radical Reconstruction” ; David Perley, “Explosive Metaphors and Vagueness: Seigfried's Contribution to James Scholarship and its Significance Beyond the Field of Philosophy” ; Richard Shusterman “Aesthetic and Practical Interests and their Bodily Ground” ; Charlene Haddock Seigfried, “Is James Still Too Radical for Pragmatic Recognition? William James's Radical Reconstruction of Philosophy—Fifteen Years Later”.
[2] Voir sur le net : http://williamjamesstudies.press.uiuc.edu/
[3] Charlene Haddock Seigfried, William James's Radical Reconstruction of Philosophy, Albany : State University of New York Press, 1990.
[4] Megan Rust Mustain, “Metaphor as Method: Charlene Haddock Seigfried's Radical Reconstruction”. Voir William James, Manuscript Lectures, Ed. Frederick Burkhardt and Fredson Bowers (Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1988).
[5] William James's Radical Reconstruction of Philosophy, p. 210.
[6] William James, Principles of Psychology, Ed. Frederick Burkhardt and Fredson Bowers, Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1981.
[7] Richard Shusterman “Aesthetic and Practical Interests and their Bodily Ground”.
[8] Sur cette question, l’auteur de l’article renvoie à Richard Shusterman, Performing Live (Ithaca : Cornell University Press, 2000), chapters 7 and 8 ; et Pragmatist Aesthetics, 2nd. edition (New York: Rowman & Littlefield, 2000). Il note d’utiles références telles que le symposium “Performing Live”, in Journal of Aesthetic Education 36 (2002) ; le symposium “Pragmatist Aesthetics”, in Journal of Speculative Philosophy, 16:1 (2002) ; Jerrold Abrams, "Pragmatism, Artificial Intelligence, and Posthuman Bioethics: Shusterman, Rorty, Foucault," Human Studies, 27 (2004), 241-258.
[9] David Perley, “Explosive Metaphors and Vagueness: Seigfried's Contribution to James Scholarship and its Significance Beyond the Field of Philosophy”.
[10] William James, Some Problems of Philosophy (Cambridge: Harvard University Press, 1979), 45.
[11] William James, Pragmatism (Cambridge, Harvard University Press, 1975 [1907]), 25.
[11] Lettre du 6 Août 1901 ; voir The Correspondence of William James, 9: 526.
[12] William James, Essays Comments, and Reviews, Ed. Frederick Burkhardt and Fredson Bowers (Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1987), 545.
[13] William James, "Humanism and Truth Once More", Chapter 11 in Essays in Radical Empiricism. New York: Longman Green and Co (1912): 248-249.
[14] John Capps, “Jamesian Truth : Comments on Charlene Haddock Seigfried's William James's Radical Reconstruction of Philosophy”.
[15] William James, Manuscript Lectures, 228.
[16] William James, Essays in Religion and Morality, Ed. Frederick Burkhardt and Fredson Bowers (Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1982), 115.
[17] Charlene Haddock Seigfried, William James's Radical Reconstruction of Philosophy, Albany : State University of New York Press, 1990.
[18] William James, Manuscript Lectures, 311.
[19] Charlene Haddock Seigfried, “Is James Still Too Radical for Pragmatic Recognition? William James's Radical Reconstruction of Philosophy—Fifteen Years Later”.


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