Angèle Kremer Marietti

DE L'UNITÉ DE LA SCIENCE À LA SCIENCE UNIFIÉE :

DE COMTE À NEURATH

(Paru dans Auguste Comte. Trajectoires du positivisme, Paris, L'Harmattan, 2003.)

Il s'agit d'aborder le projet unitaire dans la comparaison des deux projets de Comte et de Neurath : celui de la philosophie des sciences positives de Comte à celui de l'Encyclopédie Internationale de la Science unifiée de Neurath. L'idée de l'unité de la science se présente, chez les savants, comme une tâche scientifique à accomplir dans le domaine de la théorie qui serait la "théorie de tout" (en anglais : Theory of Everything) (1). Chez les philosophes, elle peut être l'intention de saisir philosophiquement l'ensemble de toutes les sciences comme une réalité, une et identique, s'accomplissant d'elle-même et progressivement dans l'histoire universelle. L'unité de la science peut donc procéder d'intentions différentes et prendre diverses formes ; pour les philosophes, elle est soit la "logicisation" de la science, proposée par Rudolf Carnap (2), soit l'unification physicaliste des diverses sciences, proposée par Otto Neurath (3). L'idéal d'unité n'étant pas le même chez tous, quelle est donc cette idée d'une science unifiée, ramifiée dans des branches spécifiques, qui rapprocha Otto Neurath d'Auguste Comte?

Dès les premières pages du Cours de philosophie positive, en 1830, Comte écrivait qu'il fallait pouvoir considérer les différentes sciences "comme autant de branches d'un tronc unique" : « Il devient possible et même nécessaire de résumer les diverses connaissances acquises, parvenues alors à un état fixe et homogène, pour les coordonner en les présentant comme autant de branches d'un tronc unique, au lieu de continuer à les concevoir seulement comme autant de corps isolés » (4). Au départ, dans cette unification qui s'imposait à ses yeux, Auguste Comte visait avant tout l'unité de méthode par delà la diversité méthodologique spécifique aux différentes sciences positives. Ce désir d'unité relatif à la méthode Comte l'exprime parfaitement dans la 58e leçon du Cours de philosophie positive dont il a fait son "discours de la méthode". La finalité d'unifier la méthode au-delà des méthodes spécifiques pouvait se comprendre eu égard à la définition de la 'science positive' : définie comme tout savoir assujettissant l'imagination à l'observation et, surtout, se poursuivant dans le cadre d'une théorie quelconque, puisque à une observation isolée on ne pouvait attribuer une quelconque valeur scientifique. Le premier trait, le souci de l'observation, se retrouvera chez les défenseurs de l'empirisme logique. Mais, le second trait, le rapport nécessaire à une "théorie quelconque", se retrouve chez Duhem et chez les critiques de l'empirisme logique que furent Popper et Quine, dans l'argument selon lequel un concept observationnel ne peut être reconnu tel que si une théorie s'y trouve déjà impliquée (s'il est déjà theory loaded).

Remarquons, toutefois, que la recherche unitaire des philosophes reste spéculative, alors que les théories unitaires que conçoivent les physiciens visent en principe avant tout à décrire ou à formuler les différents aspects de la Nature au moyen d'un système unique de lois mathématiques. Ajoutons que d'autres peuvent souhaiter l'unité de la science pour d'autres raisons encore. Ainsi, les critiques féministes actuelles de la science sont sensibles aux préjugés sexistes, surtout dans les sciences biologiques. Pour elles, l'unification de la science, fondée sur une base physicaliste (5), serait le moyen d'opérer une rectification des erreurs androcentriques et pourrait même s'imposer comme devant compter parmi les objectifs importants de la science.

En 1938, quelle était l'intention des théoriciens du Cercle de Vienne, Neurath et Carnap, quand ils rallièrent une nouvelle forme de l'utopie de l'unité de la science, à savoir l'utopie de la science unifiée ? L'aventure néopositiviste du Cercle de Vienne (6) s'était officialisée en 1929, par la publication du Manifeste (7), dans l'euphorie d'une logicisation (8) universelle de la science. En 1930, l'empirisme logique (9) s'était introduit au cour du Septième Congrès International de Philosophie d'Oxford : Schlick (10) avait indiqué le point de départ du Cercle de Vienne dans deux thèses de Wittgenstein, l'une négative : "La philosophie n'est pas la science", et l'autre positive : "La philosophie est l'activité mentale de clarification des idées". Depuis la publication, en 1929, du Manifeste, intitulé Wissenchaftliche Weltauffassung (11), la résolution kantienne de mettre la métaphysique à l'écart de la philosophie de la connaissance et même la résolution comtienne de l'éliminer totalement de la philosophie positive avaient donc pris corps dans un programme radical, à la fois empirique et logique. Le projet du Cercle de Vienne avait été d'unifier les différentes sciences sur une double base déterminée : « en premier lieu, la science est un langage et, en second lieu, elle est le seul langage sensé du point de vue de la connaissance » (12).

On sait que la déduction transcendantale avait permis à Kant de valoriser, d'un point de vue universel et nécessaire, les sciences de la nature en impliquant le passage de la nécessité subjective à la nécessité objective ; c'est ce que Kant avait fait en mettant en cause le principe de possibilité de l'expérience en général ou ce qu'il appelait encore les "bornes de l'expérience possible". Reconnaissant les seules notions a priori de la logique ou des mathématiques, Carnap refusait « la notion d'un concept a priori se rapportant "nécessairement" à des objets » (13). Opposé à l'idée kantienne de la «constitution de l'expérience dans les pouvoirs de l'entendement et dans les formes de l'intuition » (14), Carnap retenait cependant pour valable la distinction entre "la contingence d'une simple genèse" et "la nécessité de la loi d'engendrement" (15). Dans sa réponse à Goodman (16), il invoquait une « exigence supplémentaire [qui consistait] dans la condition que la correspondance soit valide, non pas de façon accidentelle, mais sur la base de régularités universelles » (17). Cette position, qui était finalement proche du résultat kantien, permettait cependant de mesurer toute la différence qui séparait Carnap de Kant. Toutefois, la "ressemblance mémorielle" (18) que Carnap invoquait comme transition entre l'accidentel et l'universel, et qu'il admettait parce qu'elle était empirique, pouvait-elle réellement être reconnue comme un intermédiaire valide entre le sujet connaissant et l'objet connu ? Si oui, il fallait alors s'interroger sur le statut de cette ressemblance et se demander d'où pourraient bien venir les caractères d'universalité et de nécessité indispensables à la science. Au bénéfice de Carnap, Joëlle Proust constate qu'une traduction structurale des données sensibles est possible dans la logique de la science conçue par Carnap, et qu'elle permet d'assurer l'universel du divers. Ainsi, ce que Carnap appellait le "sens logique", valide sous la condition de la "clôture de l'information", jouait un rôle analogue à la synthèse a priori des phénomènes chez Kant. Moyen et objet de connaissance seraient donc tenus dans l'adéquation, et de manière a priori. Car, si la relation de "ressemblance mémorielle" était maintenant vidée de toute référence empirique, le système devenait une structure par laquelle Carnap pouvait résoudre le problème du rapport entre la forme et le contenu, et par laquelle surtout il prouverait la nécessité de la construction à partir d'une fondation strictement logique. Le sujet transcendantal de Kant ne serait donc plus nécessaire : la fonction de la logique de la science pourrait en tenir lieu, et l'empirisme de Carnap pourrait se justifier uniquement par la logique...

Non pas dans une démarche parallèle à celle de Carnap, mais cependant symétrique, et sur un mode non pas analytique mais synthétique, Auguste Comte avait déjà tenté d'interpréter les démarches kantiennes à la manière d'un positivisme évolutionnaire, en particulier au moyen de sa double théorie statique et dynamique de l'entendement, qu'il qualifiait globalement de "véritable économie intellectuelle". Les trois lois de sa théorie dynamique (objective) se référaient à l'histoire humaine, entraînant l'acceptation d'un mode de penser nouveau déterminé par le système historique et social prévalant. Quant aux trois lois de sa théorie statique (subjective) de l'entendement, elles exerçaient la fonction épistémologique d'une conversion positiviste de toute l'Analytique transcendantale de Kant (19). En effet, la première loi de l'entendement, proposée par Comte, subordonne l'homme au monde, et les constructions logiques aux matériaux objectifs (20), de sorte que la méthode positive s'appuie, nécessairement et à la base, sur l'analyse mathématique (21). Comte remplaçait les principes kantiens a priori de la possibilité de l'expérience par la simple subordination des constructions subjectives envers ce qu'il appellait les matériaux objectifs. Cette première loi se trouve d'ailleurs précisée par la seconde, qui donne à la perception le pas sur la représentation, reprenant par là ce que Kant avait affirmé : à savoir que connaître un objet c'est en avoir le concept et l'intuition, tandis que le penser c'est n'avoir que le concept sans l'intuition qui le donne. De la même façon, Carnap, fidèle à Hume, rattachait strictement toute idée à l'impression sensible qui la donne. De plus, avec la troisième loi de la statique de l'entendement, Comte invoquait la prépondérance nécessaire de ce qu'il appelait l'image normale, règlant le choix des produits de l'intuition en réponse à l'exigence de normalité : ce faisant, il reprenait autrement une autre affirmation de Kant, à savoir que l'entendement opère la synthèse transcendantale de la diversité des intuitions, produisant ainsi le concept. Cette dernière loi de l'entendement proposée par Comte instituait positivement, à travers le concept, la possibilité de la perception. Par conséquent, avec cette "prépondérance de l'image normale", Comte naturalisait ce qui chez Kant apparaissait comme la notion de catégorie. Et, dans l'hypothèse de Comte, l'hypothèse kantienne des catégories de l'entendement devenait inutile par le fait de cette théorie statique de l'entendement (22). Mais, autant pour Comte, pour Kant que pour Carnap, la philosophie se montrait apte à justifier l'application des mathématiques (pour Kant et Comte) ou de la logique (pour Carnap) à l'expérience. Et Comte, plus sensible à une quelconque sémiotique qu'à la logique proprement dite ne discernait plus, pour sa part, qu'une "logique naturelle". Eu égard à la méthode, il proposait néanmoins de recourir, si nécessaire, à la logique inductive de John Stuart Mill à laquelle, dans le Discours sur l'esprit positif (23), il renvoyait très explicitement.

Qu'en était-il de la doctrine de l'unité de la science du point de vue logique, qui avait été celle du Cercle de Vienne, et qu'avait défendue Carnap ? La première finalité de la constitution d'une langue universelle était avant tout d'éliminer radicalement la métaphysique. Dans cette perspective, tout ce qui ne peut s'intégrer au corps uni de la science "n'a pas de sens". Avec la critique de Neurath voyant dans les énoncés protocolaires des énoncés faillibles, avec celle de Popper taxant de non-sens tout langage unitaire et univoque, donc nominaliste, enfin avec le théorème d'incomplétude de Gödel rendant incomplète toute énumération des procédés de démonstration, il devenait clair que, dans sa première manière d'aborder l'unité de la science par la construction exclusive d'un langage universel, le Cercle de Vienne avait abouti à un échec qui a été dûment constaté (24) : «Au réveil, on s'aperçut que les langues effectivement parlées étaient 'intraductibles', )voire 'incommensurables'» (25). D'ailleurs, le principe même, adopté par Carnap, de décomposer la science dans ses énoncés, relevait d'un bien étrange procédé. À l'adresse des fermes assurances carnapiennes, il existe encore actuellement une critique de Quine - il l'a réaffirmée à l'occasion du Colloque (26) de Paris en 1983. Concernant la science, écrit Quine, « il n'y a pas de raisons bien claires pour séparer ses composantes énoncé par énoncé » (27) comme le recommandait le néopositivisme. L'évolution du Cercle de Vienne fut telle que ses militants finirent par mettre en doute la validité de l'énoncé protocolaire de base, qui avait pourtant été sa garantie empirique. Ils renièrent l'empirisme radical qui avait été le leur en versant dans une théorie de la vérité-cohérence, au point d'invoquer un fait culturel pour distinguer la science de la non-science.

Après 1935, toutefois, le projet unitaire qui subsistait prit une tout autre forme. Neurath mit sur pied, en 1936, un Institut de l'Unité de la Science en tant que département du Mundaneum Institute de La Haye, qu'il avait rejoint entretemps. L'Institut de l'Unité de la Science fut rebaptisé l'Institut International pour l'Unité de la Science : le comité exécutif était aux mains de Otto Neurath, Philipp Frank et Charles Morris. En 1937, cet institut fut à l'origine de l'Encyclopédie de la Science Unifiée avec un comité d'organisation composé de Neurath, Carnap, Frank, Joergensen, Morris, ainsi que du Français Louis Rougier. Le but explicite de cette Encyclopédie de la Science Unifiée demeurait la systématisation progressive de la science par le moyen de l'analyse, ce que Neurath qualifiait encore d' 'intégration du langage scientifique'. Cependant, Neurath parlait de « la nouvelle version de l'idée de science unifiée » (28). La raison en était un élargissement issu de la confluence de plusieurs courants. Pour Neurath, le devenir-empirique et le devenir-logique de la science allaient enfin se synthétiser pour la première fois dans l'Histoire. L'expression appropriée d'empirisme logique, qui était la sienne, se trouvait confirmée et désormais consacrée dans une synthèse d'un nouveau type. Le pensant en tant que 'rationalisme empirique', Neurath était convaincu que l'empirisme logique "ressuscitait certains éléments du rationalisme a priori" (29) !

Si Carnap persistait à mettre l'accent sur les "fondements logiques de l'unité de la science" (30), de son côté Neurath n'hésitait pas à faire une large place à l'Histoire. Et il peut être intéressant de relever que Neurath assimilait ouvertement le projet de l'Encyclopédie de la Science unifiée à celui de la grande Encyclopédie de Diderot et d'Alembert : du moins la nouvelle encyclopédie devait-elle à ses yeux représenter la continuité de la première. Neurath rappelait comment d'Alembert, dans le Discours préliminaire de l'Encyclopédie, s'en remettait à des précurseurs tels que Francis Bacon, pour l'idée du processus de la science positive, et Sir Isaac Newton, pour l'idée de la science en général. Neurath néanmoins remarquait - ce qui était d'ailleurs le cas - que d'Alembert ne faisait aucune mention d'une quelconque idée de "logicisation" (31). Et, pour ce qui concerne précisément son rapport à Auguste Comte, Neurath reconnaissait explicitement à la Philosophie positive de Comte des idées nettement plus constructives que celles de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.

Il est vrai qu'Auguste Comte, très tôt captivé par le projet encyclopédique, avait lui aussi souhaité - dès le temps de sa collaboration avec Saint-Simon et dans sa période consacrée aux "Programmes" - recommencer l'oeuvre encyclopédique de d'Alembert et Diderot pour la remettre au niveau des idées positives qui devenaient pour lui évidentes. C'est ce que montrent clairement les premiers Programmes que Comte rédigea en 1817 ; le tout premier s'intitule : Programme d'un concours pour une nouvelle encyclopédie (32). Auguste Comte y constate la chute de l'ancien système d'idées : aussi propose-t-il l'élaboration d'un "système philosophique de toutes les connaissances en général" (33). Il paraissait, en effet, nécessaire à Comte de faire correspondre au système des connaissances métaphysiques "un nouveau système des idées morales et politiques en particulier" , le tout devant permettre de constituer « une encyclopédie, conçue dans un esprit essentiellement organisateur » (34). Notons qu'en 1817 comme plus tard dans le troisième opuscule (1822 et 1824), l'idée d'organisation s'opposait à celle de désorganisation que Comte voyait régner partout. Comte qu'attendait-il de cette idée d'encyclopédie ? Tout simplement que le "corps positif" ne fût pas exclu de l'éducation. Comte voulait que l'Université autant que l'Institut parvinssent à compenser leurs lacunes respectives : l'Institut, en incorporant la 'philosophie' qui lui manquait, et l'Université, en découvrant les 'lumières' dont elle était privée. Ensuite, le vaste projet de rédaction du Cours de philosophie positive allait répondre à cette inquiétude en indiquant et en effaçant définitivement la dette essentielle qui avait été contractée par ses prédécesseurs à l'endroit de l'histoire des sciences, qu'Auguste Comte voulait enfin imposer autant aux philosophes qu'aux savants.

Or, il est clair que l'encyclopédisme (35), dont fait état Neurath, implique clairement le recours à l'histoire des sciences et surtout aux sciences dans leur histoire, car, avant tout, comme Comte, Neurath croit dans la vertu créatrice de l'Histoire également en ce qui concerne les sciences. Il reconnaît explicitement l'effet de « la tendance historique du mouvement de l'unité de la science » (36) à constituer une science unifiée : il concevait celle-ci détaillée en départements de sciences spéciales, la départementalisation étant mise au service de l'unification. L'encyclopédie se présentait, selon ses propres termes, comme « le modèle de la connaissance humaine » (37) ; c'est pourquoi elle devait nécessairement aller dans le sens de l'Histoire, contrairement à quelque système philosophique ou à quelque programme scientifique conçu a priori. L'argument de Neurath était positivement orienté dans le même esprit que celui de Comte, avec toutefois une différence essentielle aux yeux de Neurath. Si, selon Neurath, on ne pouvait effectivement comparer la science telle qu'elle était donnée historiquement avec ce que serait la "science réelle" - selon une expression commune à Neurath (38) et à Comte (39) -, on pouvait néanmoins élaborer une encyclopédie avec l'aide des savants, à partir des sciences telles qu'elles s'étaient réellement formées au cours de l'histoire. Le point de vue historique, qui était éminemment présent chez Comte, avait fondé le mouvement de formation des sciences positives dans le mouvement de l'histoire des sciences, puisque Comte affirmait s'appuyer fermement sur ce qu'il disait être le fait de son époque : « un état scientifique préexistant et unanimement reconnu » (40). Ainsi, autant pour Comte que pour Neurath, la science existait et se manifestait dans l'Histoire ; toutefois, Neurath différenciait nettement son entreprise de celle de Comte, quand il écartait tout "système de la science", une idée chère à Comte, et, de plus, quand il visait à établir une encyclopédie commençant avec "l'analyse de certains groupes d'énoncés scientifiques"(41), sans nécessairement considérer "ce groupe d'énoncés comme un modèle de la connaissance scientifique d'une époque déterminée"(42).

Dans cette perspective nettement démarquée de celle de Comte, loin d'ignorer Comte, Neurath, au contraire, l'appréciait beaucoup ; et, en particulier, il reconnaissait avec admiration la grande familiarité qui était celle de Comte avec les mathématiques et la physique, tout comme son intérêt pour les problèmes sociaux. Lui-même Neurath s'affirmait un penchant pour les idées sociales. C'est d'ailleurs pourquoi Neurath se plaisait à rappeler que d'Alembert faisait justement reposer les activités scientifiques sur l'institution sociale. Et tel devait être aussi, selon Neurath, le présupposé de l' Encyclopédie de la Science unifiée. Neurath aurait, certes, pu en dire de même du présupposé positiviste de Comte, chez qui il voyait clairement dominer une construction historique de la classification des sciences. Cependant, il ne pouvait faire autrement que de constater que, pas plus chez Comte que chez Spencer, duquel il le rapprochait (43), il n'y avait une construction logique de la science, comparable à celle qu'il croyait voir s'organiser, grâce à Carnap, avec l'Encyclopédie de la Science Unifiée. Si déjà Comte avait pensé aboutir à une synthèse et/ou à une logique de la science, c'était dans le rapport strict de sa loi des trois états et de sa classification des sciences : les deux constituaient pour lui les deux pôles de l'épistémologie positive. Pour ce qui concernait la perspective de la science unifiée, telle que Neurath la recherchait, il est clair que, désormais, pour Neurath, la synthèse empirique se substituait définitivement à l'ancienne "compréhension métaphysique", à jamais bannie pour lui autant que pour Comte qui lui substituait observation et théorie (avec cette originalité spécifique : pas d'observation sans une quelconque théorie (44().

Surtout, il faut lire un hommage explicite de Neurath à l'égard de Comte dans la disposition des titres abordés dans cette encyclopédie de la science unifiée, qui est le dernier grand projet de Neurath. Si certains évoquent encore avec quelque mépris ce qu'ils appellent vulgairement la "classification à la Comte", loin de partager ce mépris, Neurath avait pris la même voie que Comte quand il se fut agi de disposer les interventions des participants dont les travaux figurèrent dans l'ouvrage définitif en deux volumes, intitulé Foundations of the Unity of Science, nanti du sous-titre "Vers une encyclopédie internationale de la science unifiée". La succession des topiques représente une classification scientifique dont le modèle originaire demeure grosso modo celui de Comte, avec l'ordre suivant : 1) sciences physiques, 2) sciences biologiques, 3) sciences sociales. Qu'on lise les grands titres du premier volume (1971) : après les préambules logiques, sémiotiques, linguistiques, méthodologiques et mathématiques (45), viennent également des contributions en physique, en cosmologie, en biologie et en psychologie objective. Notons que le tableau cérébral de Comte dépendait lui-même d'une psychophysiologie. Le second volume (1970) publie des contributions en sciences sociales et en science de l'éthique (46) : or, notons que la morale en tant que science positive fondée par Comte était classée par celui-ci derrière la sociologie. Comte divisait (47) la science positive de la morale entre une étude théorique de l'ordre individuel et une étude clinique des réactions de l'individu en milieu social. Certes, le volume de 1970 est pour l'essentiel consacré à l'histoire et au développement de l'empirisme logique. L'ensemble se partage entre des textes anciens, comme ceux de Dewey (1939) et de Woodger (1939), et des textes plus récents : tel celui de Kuhn (écrit en 1962 et révisé en 1969) sur la "structure des révolutions scientifiques ", faisant on ne peut plus ouvertement participer l'histoire des sciences et la sociologie à l'édification des sciences.

Neurath en avait conscience : les perspectives, qui s'étaient élargies depuis les débuts du Cercle de Vienne, avaient également beaucoup changé depuis le temps d'Auguste Comte. Des disciplines et des méthodes nouvelles étaient apparues. Outre le texte liminaire de Neurath dans le volume I, sur "la science unifiée en tant qu'intégration encyclopédique", datant de 1938, auquel nous avons emprunté nos précédentes références, le second texte de Neurath publié dans le second volume de cette Encyclopédie est consacré délibérément à « la fondation des sciences sociales ». Or, que trouvons-nous dans ce texte de 1944 ?

Il faut tout d'abord noter que, de son côté, Carnap avait déjà lui-même dressé une liste des termes qu'il refusait : Parmi ceux-ci figurent les termes de 'cause' et d' 'effet' ; les termes d' essence, d'entité, tout comme l'opposition entre les diverses notions que ces termes dénotent, enfin les termes 'sciences mentales' / 'sciences physiques'. Dans la liste des termes acceptés par Carnap, nous relevons ceux de cohérence, d'histoire du futur, de conditions de vie, de physicalisme, naturellement ceux d'énoncés factuels et d'énoncés d'observation.

Quant au texte de Neurath, "Foundations of the Social Sciences" (1944), il traite, non pas des termes rejetés ou acceptés, mais bien des énoncés acceptés ou rejetés. À l'intar de Comte, il recommande de supprimer la phraséologie cause/ effet. Et il remodèle la classification des sciences : la classification peut être intéressante et stimulante, écrit Neurath, mais les frontières entres les sciences ne doivent pas être posées prématurément et par conséquent surtout pas définitivement. Neurath souhaite, d'une part, une classification ouverte et, d'autre part, opposée à toute idée de pyramide. L'opposition à l'ordre pyramidal désigne évidemment l'opposition à la règle ayant présidé à la classification des sciences de Comte. Ramenant encore - tout comme Carnap - l'ensemble du discours scientifique à un ensemble d'énoncés, il les conçoit selon des groupements variables. Neurath envisage en effet de combiner ces énoncés au-delà des limites d'une science déterminée. Ainsi, écrit-il, si j'évoque des énoncés sociologiques, je les considère comme les membres d'une famille d'énoncés qui comportent des résultats de recherches touchant à des objets différents et très variés : tels que le comportement des populations, ou les coutumes, ou les nombreux langages. Toute ce qui peut concerner la sociologie portera donc sur un grand nombre de disciplines concernant l'ensemble du genre humain. De plus, et comme cet exemple le montre déjà, les interrelations sont possibles entre les disciplines, et il n'est pas toujours possible de prévoir lesquelles elles seront précisément. Aussi faut-il donc laisser libre cours au jeu des combinaisons d'éléments. Par exemple, il est possible de se spécialiser dans la sociologie des animaux ou dans celle des plantes : ce qui implique la combinaison de plusieurs facteurs émanant de sciences différentes à l'origine. S'appuyant sur la base d'énoncés protocolaires, pour ainsi dire interchangeables d'une discipline à l'autre, et, en tous les cas, transportables d'un contexte à l'autre, la classification de base - dont nous avons vu qu'elle reproduisait celle de Comte - se trouverait donc sans cesse modifiée ou modulée. C'est sur cette lancée que Neurath finit par concevoir une "histoire cosmique", c'est-à-dire une science qui unifierait tout ce qui concerne le monde et l'homme. C'est ce qu'il écrit, certes en rectifiant la classification comtienne, mais en la supposant à la base :

"Ne serait-il pas préférable de traiter tous les énoncés et toutes les sciences en tant qu'ils et qu'elles sont coordonnés, et d'abandonner la hiérarchie traditionnelle : sciences physiques, sciences biologiques, sciences sociales, ainsi que les types similaires de pyramidismes scientifiques. Nous ne considérerons même pas la mécanique comme une science non biologique, mais préférerons dire plus prudemment que les énoncés de la mécanique traitent de la même façon les chats qui tombent que les pierres qui tombent » (48).

Ce qu'il faut retenir des propositions de Neurath quant à la classification des sciences, c'est finalement le principe du refus d'une départementalisation définitive de la science unifiée. Disons que Neurath accepte une départementalisation "à géométrie variable". Refusant les départements scientifiques catégoriels, Neurath leur préfère des énoncés multiples, mobiles, groupables dans des ensembles déterminés par l'orientation momentanée de la recherche. Il accepterait que les corps d'énoncés puissent circuler d'un domaine à l'autre, et même se chevaucher les uns les autres. En conclusion, Neurath considère toutes les sciences comme raccordées entre elles, ou raccordables entre elles, à l'aide de ponts se croisant sans limitation aucune. Et cela, à un degré tel qu'il serait possible de voir dans toutes les sciences des parties ou articulations d'une science unique, occupée tantôt des étoiles, tantôt des êtres humains, ou encore des plantes ou des animaux, soit des régions naturelles, des peuples, des nations ; bref, une science qui serait une "histoire cosmique", dans laquelle tout objet scientifique serait habilité à entrer pour y participer, du moment que le discours scientifique l'exige. On est loin désormais de l'épistémologie réflexive qui pouvait précédemment avoir été reconnue (49) comme dominant le Cercle de Vienne. Neurath était visiblement passé de la primauté accordée, au départ, à la Physique, à la priorité reconnue de la Sociologie, dans la finalité d'une unité de la science conçue comme ayant un but sociohistorique concernant l'homme et le monde.

Comparé à ce qu'on pourrait appeler, dans cette conception de l'histoire cosmique, le 'désir de science' de Neurath, il y a chez Comte un autre désir de science, au-delà même de sa sociologie et de sa morale virtuelles. C'est, sous la hantise d'une science unique, également une science désirée : non pas cosmique mais anthropologique, et mobilisant à son tour la classification des sciences, historique, hiérarchique et pyramidale. En effet, même si elle demeure pyramidale ou hiérarchique, la mobilité de la classification des sciences, conçue dans le développement de la réflexion sur les sciences positives, s'impose dans une disposition 'à échelle variable'. Cette variabilité s'exprime dans les diverses formulations de la classification comtienne des sciences. D'une part, Comte a usé du principe logique et historique qu'il supposait opérer au sein de son échelle encyclopédique pour fonder les deux dernières sciences fondamentales, la sociologie et la morale, les 6è et 7è sciences positives de l'échelle encyclopédique. L'ordre individuel s'y trouve généré au coeur de la sociologie, où il se subordonne à l'ordre social, lui-même subordonné à l'ordre vital, ce dernier à son tour subordonné à l'ordre matériel. En définitive, l'ordre individuel éprouve la pression de tous les ordres à travers l'ordre social auquel il est subordonné. Ces différents rapports sont bien connus. Comte n'a cessé de reformuler sa classification des sciences en regroupant certaines sciences coordonnées ; par exemple, aussi bien dans le tome II du Système de politique positive que dans le Catéchisme positiviste, il présente la sociologie absorbant la biologie comme préambule et la morale comme conclusion : les trois sciences réunies devant se dénommer Anthropologie. Autre présentation : on peut passer de la cosmologie (c'est-à-dire, l'ensemble des sciences physiques) à la biologie, et de celle-ci à la sociologie et à la morale, celle-là qualifiée par Comte de "science par excellence".

Ainsi l'échelle des sciences, qui au départ se présente comme un système fixe dans le Cours de philosophie positive, se révèle-t-elle comme un système mobile, à degrés variables, selon la perspective s'ouvrant à l'intérêt ou au point de vue du chercheur. Le déploiement complet de ce qui s'affirme comme l'échelle de l'endement peut désormais s'étendre entre la limite objective figurée par les lois de la physique et la limite subjective figurée par les lois morales. L'Histoire devenant, sous l'effet de la religion de l'Humanité, "science sacrée", on peut dire désormais que c'est finalement l'Histoire qui chez Comte unifie toutes les sciences en une seule. En effet, l'histoire humaine-collective, sous la forme de la sociologie statique et dynamique, et l'histoire humaine-individuelle, sous la forme de la morale, viennent l'une et l'autre compléter l'histoire naturelle. Ou inversement, on dira que l'histoire naturelle se prolonge en histoire humaine, collective (la sociologie) et individuelle (la morale). Toutefois, un renversement des valeurs se produit du fait de l'émergence de la sociologie qui ramène à l'humain la science qui en était sortie. Finalement, sous la marque de la positivité, la science de l'homme englobe pratiquement et justifie théoriquement toutes les autres : la présidence de la Sociologie faisant jouer son effet à un niveau différent de celle des Mathématiques.

Le désir de science, confirmant le désir d'unité de la science qui anime Comte déboucherait sur cette "grande science de l'humanité" qu'il présente dans le Traité d'Astronomie populaire et qui serait enfin "l'histoire positive de l'homme", l'Anthropologie. Depuis le Discours sur l'esprit positif (fin du §. 37), nous savons que la dernière expansion de la philosophie naturelle, la sociologie, tend à constituer « l'unique point de vue, soit scientifique, soit logique, qui puisse dominer l'ensemble de nos spéculations réelles, toujours nécessairement réductibles à l'aspect humain, c'est-à-dire social, seul susceptible d'une active universalité ». Tout comme Neurath, c'est au nom d'une science intégrale qu'Auguste Comte refuse la séparation de l'étude de l'homme en différentes études parcellaires, même s'il maintient une hiérarchie qu'il renverse en dernier ressort. L'étude positive de l'humanité, évoquée dans la 48è leçon du Cours de philosophie positive, y est présentée comme « un simple prolongement spontané de l'histoire naturelle de l'homme ». Au niveau des "premiers germes des relations sociales", l'étude sociale se confond avec l'histoire naturelle de l'homme, matrice originelle des sciences positives : là, il faut oser comparer la société humaine avec les sociétés animales (48e leçon). Ainsi, à l'instar de Buffon, Comte part-il d'une "histoire naturelle de l'homme".Très justement, Henri Gouhier qualifiait la finalité de l'entreprise de Comte des termes de mission intégrale (50), donnant à l'Histoire son rôle essentiel de fonder les sciences de l'homme et de la société.

Nous savons pourquoi Comte - il est vrai après Francis Bacon et après Descartes - a exprimé cette "utopie unificatrice" qui caractérise le positivisme à travers la philosophie des sciences positives. La perspective ouverte par Auguste Comte privilégiait la science positive, qui était alors le stade suprême du savoir dans l'histoire humaine, stade auquel Comte voulait donner une constitution légitime. Il voulait non seulement instituer mais encore propager, simultanément et alternativement. La finalité qu'il s'était donnée était ce stade auquel il voulait qu'accédât enfin l'étude de l'homme. Cela apparaît virtuellement, dès le début de sa réflexion, comprise sous la forme de la science politique, ensuite sous celle de la physique sociale, enfin sous celle de la sociologie conçue à la fois comme statique et dynamique. Le projet encyclopédique devait ainsi embrasser les sciences de l'homme et il était même destiné à aboutir dans sa dernière finalité à permettre une pratique politique heureuse.

La 46e Leçon du Cours réaffirmait et soulignait ce qui motivait la réalisation de l'échelle encyclopédique comme étant le projet de « dégager définitivement la science réelle (51) de toute influence indirecte de l'ancienne philosophie »(52). En quoi était signifiée une scission irrémédiable entre la théologie ou la métaphysique et la philosophie positive. Enfin, la 58e leçon confirmait explicitement « l'inévitable urgence d'une pareille unité philosophique »(53). La coordination définitive s'y accomplissait selon un principe unitaire que réalisait la classification des sciences. "Tronc unique" et "science réelle" obéissaient désormais à cette "unité philosophique" qu'il lui fallait proclamer en en tirant toutes les conséquences nécessaires pour secouer les anciennes attaches métaphysiques ou théologiques.

Voyons d'abord ce sur quoi reposait l'exploration philosophique conduite par Auguste Comte jusqu'à la 46e Leçon. Il l'énonce alors clairement : elle reposait sur "l'état scientifique préexistant". Même si la constitution générale de cet état scientifique était sans doute encore incomplète, c'est néanmoins sur celui-ci, parce qu'il est "si unanimement reconnu"(54), qu'a reposé et s'est développée l'exploration philosophique des cinq premières parties du Cours de philosophie positive, consacrées à l'examen des "diverses sciences positives déjà formées"(55) qu'étaient les mathématiques, l'astronomie, la physique, la chimie et la nouvelle biologie. Alternativement, une double prééminence mathématique et sociologique participe à l'unité de la classification : ce qui veut dire que la hiérarchie est inversable car elle bénéficie de deux pôles aux rôles distincts. Le point de vue universel y domine, soit représenté par le point de vue mathématique, soit représenté par le point de vue humain, et plus exactement social, qui est celui de la sociologie. C'est finalement la sociologie qui jouit, aux yeux de Comte, d'une supériorité confirmée par son ascendant scientifique et logique, et, sur laquelle, en tant que sociologie historique, repose en dernier ressort l'unité visée par Comte.

La "véritable unité" réalisée sous cette forme venait dissiper l'antagonisme originaire des deux points de vue philosophique et scientifique. Que l'on considère conjointement ces deux points de vue historiquement antagonistes. Le premier, celui de la philosophie, avait consacré les conceptions relatives à l'homme. Le second, celui de la science, avait surtout consisté à privilégier les conceptions relatives au monde. L'unité encyclopédique instituée est la base sur laquelle, à égalité, le monde et l'homme, à titre d'objets théoriques, appartiennent désormais conjointement au domaine de la science, humaine par son origine et par sa destination, et donc anthropologique. Le projet d'unité se développe au delà du Cours de philosophie positive, sur des présupposés identiques mais développés grâce à la méthode subjective, entre 1851 et 1854, dans le Système de politique positive : « L'univers doit être étudié, non pour lui-même, mais pour l'homme, ou plutôt pour l'humanité » (56). Certes, en 1856, dans la Synthèse subjective, Comte envisagera une forme nouvelle d'expansion du positivisme, tournée à la fois vers le monde intérieur des pulsions et des symboles et vers le monde extérieur dit "du Grand Milieu", l'intuition d'un espace que Comte jugeait spécifique à l'humain. Soucieux également de l'unité de son ouvre, Comte désigne alors rétrospectivement les trois grands travaux de sa vie, en les reliant strictement l'un à l'autre comme les maillons d'une chaîne dans une formule finale : « ma Synthèse résulte de ma Politique comme celle-ci de ma Philosophie».

 

Université de Picardie-Jules Verne

 

Notes

1. Cf. John D. Barrow, La grande théorie. Les limites d'une explication globale en physique (1991), trad. de l'anglais par Michel Cassé, Loïc Cohen et Guy Paulus, Paris, Flammarion, Collection Champs, 1996. Également : Steven Weinberg, Prix Nobel de physique, Le rêve d'une théorie ultime, trad. de l'américain par Jean-Paul Mourlon avec la collaboration de Jean Bricmont, Paris, Éditions Odile Jacob, 1997. La vision unitaire tente aujourd'hui quelques physiciens. La finalité de la connaissance scientifique serait pour certains d'entre eux de dégager la théorie Ultime, la formule synthétique absolument nécessaire, selon l'intuition des "théories à principes" dont Einstein disait lui-même avoir pris conscience à l'occasion de ses propres "créations" scientifiques (Cf. Albert Einstein, Comment je conçois le monde, Traduit de l'allemand par Régis Hanrion, Paris, Flammarion, Collection Champs,1989, pp. 132-133). Actuellement, c'est surtout Stephen Hawking qui souhaite combiner Relativité générale et Mécanique quantique en une 'théorie de la gravitation quantique' (Cf. Stephen Hawking,, Une brève histoire du temps. Du big bang aux trous noirs. Traduit par Isabelle Naddeo-Souriau. Paris, Flammarion, 1989), afin de permettre « un étalement des singularités de l'effondrement gravitationnel ou de l'expansion, comme dans le cas de l'effondrement de l'atome» (op. cit., p. 111). Il est vrai qu'a déjà été possible la synthèse de la Relativité restreinte et de la Mécanique quantique grâce au rôle joué par la notion de champ : la mécanique quantique relativiste est une théorie quantique du champ, dans laquelle désormais matière et champ sont décrits de la même manière.

2.  Cf. Rudolf Carnap, "Logical Foundations of the Unity of Science" (1938) , in Foundations of the Unity of Science. Toward an International Encyclopedia of United cience, Volume I, Nos. 1-10, Edited by Otto Neurath, Rudolf Carnap, Charles Morris. Chicago and London, The University of Chicago Press, Cloth Edition of Volume I published 1955, Third Impression 1971 ; voir Volume I (1971), pp. 42-75. Aussi, R. Carnap, The Unity of Science, 1934 edition, Partridge Green, West Sussex, UK, Thoemmes Press.

3. Cf. Otto Neurath , "Unified Science as Encyclopedic Integration" (1938), in Foundations of the Unity of Science, Volume 1 (1971), pp.1-27. Il faut signaler qu'un programme de souscription se trouva compromis par la seconde guerre mondiale. Ensuite, Otto Neurath mourut à Londres le 22 décembre 1945 à l'âge de 63 ans.

4. Auguste Comte, Cours de philosophie positive (notre sigle : CPP), Première Leçon (1830), vol. I, Paris, Hermann, 1975, p. 29.

5. Cf. Kathleen Okruhlik, "L'idéologie des sexes dans les sciences biologiques", in Sociologie de la science, sous la direction de Angèle Kremer Marietti, Sprimont, Pierre Mardaga Éditeur, 1998, pp. 195-208.

6. Voir Angèle Kremer Marietti, Parcours philosophiques, Paris, Ellipses/ édition marketing, 1997, pp. 61-71 : "Carnap et le Cercle de Vienne".

7. Cf. Hans Hahn, Otto Neurath, Rudolf Carnap, Wissenschaftliche Weltauffassung. Der Wiener Kreis, Wien, Artur Wolf Verlag, 1929. Traduction française dans Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits, Paris, P.U.F., 1985, pp. 105-151.

8. "Logicisation" est un terme de Neurath dans l'article "Unified Science as Encyclopedic Integration", in Foundations of the Unity of Science, Volume 1, p.1.

9. En anglais, "Logical empiricism", termes de Neurath,op. cit. , p. 15.

10. Cf. Schlick, "The Future of Philosophy", Seventh International Congress of Philosophy, Oxford, 1930 (Oxford, 1931), p. 115.

11. Wissenchaftliche Weltauffassung se traduit généralement par Conception scientifique du monde.

12. Cf. Francesco Barone, op.cit., p. 182-183.

13. Cf. Joêlle Proust, "Empirisme et objectivité ou du bon emploi d'une déduction des concepts", in Le Cercle de Vienne, Doctrines et controverses, Textes réunis et présentés par Jan Sebestik et Antonia Soulez, Paris, Méridiens Klincksieck, Collection d'Épistémologie, 1986, p. 136.

14. Op.cit., p. 137.

15. Ibid.

16. Cf. ThePhilosophy of Rudolf Carnap, A. Schilpp, ed., La Salle, Il., The Library of Living Philosophers, vol. XI, 1963.

17. Ibid.

18. Joëlle Proust, op.cit., p. 138.

19. Cf. Angèle Kremer Marietti, Le positivisme, Paris, P.U.F., "Que sais-je?", 1982, p 12-13. Id. Entre le signe et l'histoire, op.cit., p. 26-27.

20. Cf. Angèle Kremer Marietti, Entre le signe et l'histoire, op.cit., pp. 94, 98.

21. Op.cit., p. 27.

22. Ibid. Cf. Kant, Critique de la raison pure, Analytique : I, §. 10, 8, 16 ; II, ch. II, in fine.

23. Auguste Comte, Discours sur l'esprit positif (1844), Paris, Vrin, 1995, nouvelle édition avec chronologie, introduction et notes par Annie Petit. Voir, §.15, p. 74, la note de Comte citant expressément l'ouvrage de John Stuart Mill, A System of Logic, ratiocinative and inductive (1843).

24. Cf. François Recanati, "Le mythe de la langue universelle", Critique, Août 1979 ; Alain Boyer, "L'utopie unificatrice et le Cercle de Vienne", in Le Cercle de Vienne, Doctrines et Controveses, textes réunis et prés. par Jan Sebestik et Antonia Soulez, Paris, Méridiens Klincksieck, coll. Épistémologie, 1986. pp. 253-269.

25. Alain Boyer, op.cit., p. 266.

26. Nous renvoyons aux Journées internationales, Créteil-Paris, 29-30 septembre - 1er octobre 1983, organisées par Jan Sebestik et Antonia Soulez. Voir la publication des communications in Le Cercle de Vienne, Doctrines et Controveses.

27. Cf. W. V. Quine, "Le combat positiviste de Carnap", in Le Cercle de Vienne, p. 179.

28. Cf. Otto Neurath, Foundations of the Unity of Science. Toward an International Encyclopedia of United Science, Volume I, p. 1.

29. En anglais, "Logical empiricism", termes de Neurath, op. cit. , p. 15 : « Logical empiricism or empirical rationalism can also be regarded as a regeneration of certain elements of a priori rationalism».

30. Rudolf Carnap, "Logical Foundations of the Unity of Science", in Foundations of the Unity of Science. Toward an International Encyclopedia of United Science, Volume I, pp. 42-75.

31. En anglais : "logicalization", terme de Neurath, op. cit. , p. 2

32. Auguste Comte, « Programme d'un concours pour une nouvelle encyclopédie », in Écrits de jeunesse 1816-1828, Texte établis et présentés par Paulo E. de Berrêdo Carneiro et Pierre Arnaud, Paris, La Haye, Mouton, 1970, pp. 43-49.

33. Op. cit., p. 46.

34. Ibid.

35. En anglais : "encyclopedism", terme de Neurath, op. cit., p. 20.

36. Ibid.

37. Ibid.

38. En anglais : "the real science", terme de Neurath, op. cit., p. 20. Neurath prend ici avec ce terme le contre-pied de ce qu'il signifiait pour Comte.

39. CPP, Vol. II, p. 13 : « un simple travail d'appréciation rationnelle, toujours dirigé suivant des règles incontestables, et conduidant, presque spontanément, à l'indication motivée des principaux perfectionnements ultérieurs, destinés surtout à dégager définitivement la science réelle de toute influence indirecte de l'ancienne philosophie ». Les italiques sont de nous. Voir également Discours sur l'esprit positif, Paris, Vrin, 1995, p.ages 71, 73, 123.

40. CPP, Vol. II, p. 13.

41. Neurath, op. cit., p. 20.

42. Ibid.

43. Nous notons que Neurath relevait cependant quelques arguments métaphysiques aussi bien chez Comte que chez Spencer.

44. Auguste Comte, CPP, I, p. 23 : "si, d'un côté, toute théorie positive doit nécessairement être fondée sur des observations ; il est également sensible, d'un autre côté, que , pour se livrer à l'observation notre esprit a besoin d'une théorie quelconque".

45. Avec les contributions de Rudolph Carnap (1938, 1939), Charles Morris (1938), Leonard Bloomfield (1955), Victor F. Lenzel (1938) et Ernst Nagel (1939), les 760 pages du premier volume (1971) comprennent également celles : en physique de P. Frank (1946), en cosmologie de E. Finlay-Freundlich (1955), en biologie de Felix Mainx (1955) et en psychologie objective de Egon Brunswik (1952).

46. Le second volume de 1023 pages (1970) publie des contributions en sciences sociales de Neurath (1944) , de Kuhn (1962,1969) et en science de l'éthique de Abraham Edel (1961), de John Dewey (1939).

47. Angèle Kremer Marietti, "Auguste Comte et l'Éthique de l'avenir", Revue Internationale de Philosophie, Auguste Comte 1798-1998, N°1/ 1998, pp.157-177.

48. Otto Neurath, "Foundations of the Social Sciences", Foundations of the Unity of Science. Toward an International Encyclopedia of United Science, Volume II, p. 8.

49. Cf. Danilo Zolo, Reflexive Epistemology. The Philosophical Legacy of Otto Neurath, translated from Italian by David McKle, Danilo Zolo, Dordrecht, Kluwer Academic Publishers, 1989.

50. Henri Gouhier, La jeunesse d'Auguste Comte et la formation du positivisme, Paris, Vrin, I, p.158.

51. C'est nous qui soulignons.

52. CPP, II, p. 13.

53. CPP, II, p. 699.

54. CPP, II, p. 13.

55. CPP, I, p. 29.

56. Système de politique positive, Paris, Juillet 1851, I,"Discours préliminaire sur l'enzemble du positivisme", p. 36.