Les considérations médico-philosophiques qui
furent celles de Henri Ey, ainsi que le soulignèrent très
justement, dans plusieurs de leurs publications en tant que spécialistes,
ses disciples les Docteurs Claude-Jacques
Blanc
[2] et Robert
Palem
[3], nous situent dans un vaste
espace de réflexion, dans lequel parut l’article original
publié en 1947 par Henri Ey sous le titre «Théorie de
l’identité du rêve et de la pensée
délirante »
[4], et
naturellement jusqu’au grand
Traité des hallucinations de
1973
[5], qui affirme
l’identité de la perception et de l’hallucination ou
« perception sans objet à percevoir ».
L’approche permanente des hallucinations qui fut celle
d’Henri Ey a été illustrée par un parcours
psychiatrique qui s’est manifesté dès 1935 avec sa
première étude,
Hallucinations et
délires [6], ouvrage
dont Jacques Lacan écrivit, la même année, un compte rendu
pour
L’Évolution psychiatrique (fascicule n°1 de 1935,
pp. 87-91). Ce compte rendu est d’autant plus intéressant,
étant donné les débats qui eurent lieu par la suite entre
Ey et Lacan
[7]. Il peut être
utile de prendre connaissance du compte rendu de Lacan, car il manifeste une
lecture attentive et objective de l’ouvrage d’Henri Ey. Jacques
Lacan, en effet, s’y montre très ouvert à la position
présentée par Ey. Lacan souligne surtout le fait d’
« un programme méthodique d’investigation et
d’exposition », déjà perceptible dans les premiers
travaux de l’auteur, et qui caractérise cette première
étude publiée par Ey.
Chemin faisant, Lacan indique la
bonne connaissance historique des notions qui fut celle d’Henri Ey, une
connaissance historique qui a souvent permis de très importants
progrès en psychiatrie. La double alternative d’Henri Ey est
exposée dans un questionnement concernant directement
l’hallucination : celle-ci (en particulier, l’hallucination
psychomotrice) est-elle le parasite qui désorganise la vie mentale, ou
bien est-elle l’affirmation de la réalité par laquelle le
sujet perturbé défend sa propre objectivité ?
Or, il existe deux thèses selon lesquelles, soit, d’une
part, l’hallucination psychomotrice a été vue comme
accompagnée d’un dédoublement de la personnalité,
soit, d’autre part, son phénomène apparaît aussi comme
le garant de l’objectivité de l’automatisme supposé
causal. Ey montre pertinemment qu’il y a une double contradiction dans la
présentation de ces deux thèses : c’est-à-dire,
tout d’abord, une contradiction phénoménologique posant les
aspects réels du monologue comme étant hallucinatoires et,
ensuite, une contradiction clinique, car, lorsque le malade affirme son
dédoublement, en fait le phénomène est fortement
chargé de signification affective. De plus, en proie simultanément
à des automatismes verbaux, le malade semble remplacer son hallucination
par une simple attitude de jeu. D’après Ey, il s’ensuit que
l’hallucination relève, non pas d’un automatisme, comme on
l’avait généralement cataloguée, mais bien d’un
sentiment fondamental d’intégration à la
personnalité. Or, c’est dans la structure même de la fonction
du langage, non pas dans une kinesthésie perturbée, que se
découvre le phénomène de dédoublement de la
personnalité.
Citons le passage qui termine le compte rendu de
Lacan dans lequel ce dernier propose sa conclusion et ses propres
critiques de l’ouvrage de Ey :
« Pathologie de la
croyance, telle est donc l’essence des délires hallucinatoires
chroniques. L’ambiguïté que présentent tant
l’esthésie que l’extériorité dans
l’hallucination psychomotrice, en ont fait pour Ey un cas
particulièrement favorable à la démonstration que le
caractère essentiel de l’hallucination est la croyance à sa
réalité. La somme d’erreurs que cet ouvrage tend à
dissiper justifie son orientation polémique. Notre approbation nous en a
fait peut-être accentuer le ton dans notre analyse. C’est là
une interprétation délibérée de notre part et qui
nous ôte tout droit à chercher querelle à l’auteur en
souhaitant qu’il se fût plus étendu sur deux points
positifs de son exposé. Le premier concerne le mécanisme
créateur de l’hallucination psychomotrice : c’est la
double liaison phénoménologique qui paraît s’y
démontrer, d’une part, entre la croyance et à son
extériorité et le déficit de la pensée
phénoménologique qui se manifeste dans son cadre, d’autre
part, entre la croyance à sa validité et l’émotion
sthénique qui l’accompagne. L’auteur eût
peut-être mieux établi ces liaisons s’il avait touché
au problème des automatismes graphiques, à propos desquels nous
avons eu nous-mêmes l’occasion d’en être frappé.
Le second point concerne la notion que nous chérissons de la structure
mentale qui fait l’unité de chaque forme de délire chronique
et caractérise tant ses manifestations élémentaires que
l’ensemble de son comportement. Son usage systématique dans la
description des différents types de délires ici rapportés
eût peut-être conduit dans la plupart d’entre eux à
dissoudre plus complètement l’hallucination psychomotrice dans la
mentalité délirante »
Le modèle
organo-dynamique proposé par Henri Ey pour représenter le
fonctionnement psychique lui a été inspiré par
Jackson
[8], et il comporte
l’avantage d’aller bien au-delà des anciens modèles
(soit organogénique, soit psychogénique) ; il permet surtout
d’affirmer l’interdépendance de l’organisme et du
psychisme, contribuant ainsi à un édifice
hiérarchisé, dans lequel la maladie apparaît comme une
destruction se développant avec un processus organique qui est
l’agent de l’accident évolutif, par rapport auquel la maladie
mentale est une tentative de réorganisation mentale de l’individu.
Pour conséquences, on peut relever qu’un processus organique fonde
toute maladie mentale, c’est aussi pourquoi celle-ci relève de la
médecine dans l’explication de son déclenchement. Dans leur
interdépendance, le psychisme et l’organisme provoquent des
conflits inconscients. D’où, la définition de la maladie
mentale avancée par Ey, comme une forme de difficulté de
développement de la vie psychique déterminée par un
trouble de son substrat organique
Le grande Traité de 1973 a
amplifié les approches notées dans l’ouvrage de 1935, tout
en en affinant encore l’analyse et parachevant l’argumentation. Le
Traité des hallucinations a été qualifié par
Claude-Jacques Blanc comme étant «l’ ouvrage
psychiatrique du siècle », d’autant plus que
l’hallucination peut être considérée comme la
« clé de voûte » de la psychopathologie.
L’analyse du phénomène hallucinatoire est
développée dans la première partie du premier volume du
Traité, avec l’explicitation des rapports de la perception et de
l’hallucination, compte tenu de l’évolution des idées
sur ces questions. Les diverses hallucinations relatives aux divers sens sont
traitées ensuite dans la seconde partie du même volume ; il
s’agit d’hallucinations visuelles, acoustico-verbales, tactiles,
olfactives, ou encore corporelles. Les deux grandes catégories
d’hallucinations font l’objet de la troisième partie du
même volume : les
éidolies hallucinosiques et les
hallucinations délirantes. Ce premier volume se termine par une
quatrième partie qui articule les hallucinations avec la pathologie
cérébrale, en particulier en ce qui concerne les lésions,
les épilepsies, les substances hallucinogènes.
La
cinquième partie du Traité, qui ouvre le second volume, aborde
les psychoses aiguës ou délirantes avec hallucinations. En
sixième partie, sont étudiées les théories
pathogéniques linéaires, soit selon les modèles
mécanicistes, comprenant les modèles organicistes et
physicalistes, soit selon les modèles psychodynamiques. Henry Ey
s’est beaucoup investi dans la septième partie du Traité,
qu’il a consacrée à la dynamique de l’organisation
mentale et à ce qui est devenu avec Ey « le paradigme du corps
psychique » : le corps psychique étant l’ancienne
dénomination d’un concept du stoïcien Chrysippe, grâce
auquel Henri Ey a voulu faire comprendre le déploiement des
modèles néojacksoniens et surtout
« organo-dynamiqes », tels qu’il les présenta
dès l’origine de sa réflexion (voir, en particulier,
l’ouvrage consacré à la conscience). Le second volume du
Traité se termine par la thérapeutique des hallucinations :
voir la huitième et dernière partie.
Toutes ces
nombreuses indications enseignent sur les multiples éléments de la
table étendue des matières abordées et
traitées dans un souci de clarté exhaustive, ne négligeant
ni la relation cerveau-esprit ni non plus toutes les harmoniques
socioculturelles ouvertes à la psychopathologie. En effet, dans le
Traité des hallucinations, Henri Ey a su mettre en relief
« une recherche de la perception perdue », ainsi que
l’explicite Claude-Jacques Blanc, qui souligne que l’ouvrage
s’inscrivait en faux contre les préjugés tenaces dans la
conjoncture culturelle de l’époque où il vit le jour. En
effet, le théoricien Ey affirme quatre idées directrices
originales :
1) phénomène pathologique, l’hallucination
est anomique ;
2) l’hallucination n’est pas un simple
effet neurosensoriel ;
3) l’hallucination n’est pas
l’effet d’un désir inconscient ;
4) on ne peut
comprendre l’hallucination que relativement à un plan
d’organisation du psychisme.
Dans la perspective actuelle des
sciences cognitives, et ainsi que le souligne très justement
Claude-Jacques Blanc, il est utile de voir dans Henri Ey l’un des
précurseurs des recherches du cognitivisme, dans la mesure où les
chercheurs contemporains retrouvent ce qui caractérise
l’orientation générale de Henri Ey,
c’est-à-dire la « double exigence
d’une conceptualisation des structures de la connaissance et
d’une inscription de la vie mentale dans l’organisation
cérébrale ». C’est pourquoi, il peut être
intéressant de présenter quelques-uns des travaux de recherche
actuels dans les neurosciences dont les résultats confirment les
recherches cliniques de Henri Ey qui avait également pensé,
à l’instar de Sartre, une « psychanalyse
existentielle ». À commencer par le travail méticuleux
récemment produit par Peter Carruthers sur la
conscience
[9], qui n’est pas
sans rappeler les points de vue de Henri Ey, avec une très originale
« théorie du double contenu »: le contenu d’une
conscience phénoménale « intentionnelle » et
celui « d’une perspective d’ordre
supérieur » qui nous donne à apprécier nos
expériences phénoménalement conscientes. Dans cet ordre de
considérations, il faut ajouter le livre que vient de publier Joseph
Almog
[10] sur le fameux
« mind-body problem », et pour lequel sa solution rejoint
celle de Henri Ey, refusant l’indépendance des deux instances
spirituelle et corporelle : l’esprit humain, le corps et
l’être tout simplement étant dans une interrelation, voire
une intégration, remarquable.
2.
Les neurosciences nécessairement cognitives établissent la
connexion entre processus corporels et processus de conscience.
Une particularité des neurosciences est de
démontrer l’existence de similarités telles qu’il
paraît impossible de distinguer la perception de l’hallucination,
et même l’action réelle de l’action imaginaire.
C’est là une base essentielle des recherches actuelles et
c’est en quoi elles confirment de façon remarquable les
résultats cliniques et théoriques qui furent ceux de Henri Ey. On
peut simplement regretter que, pour la plupart, les chercheurs actuels en ce
domaine n’aient pas lu les travaux de Henri Ey, dont ils auraient pu tirer
un profit certainement non négligeable.
Commençons par
un bref historique qui donnera une idée des approches
expérimentales dans le domaine des hallucinations et des perceptions. En
tout état de cause, les sciences cognitives permettent de dresser la
cartographie de l’activité cérébrale par le moyen de
la tomographie, initiée dès 1984 par W.-D. Heiss et son
équipe
[11] : ils purent
mesurer le taux d’utilisation cérébrale de glucose chez
l’homme, afin de distinguer la différence du métabolisme de
l’énergie cérébrale entre le sommeil et la veille. La
conclusion étant que l’activité du cerveau de l’homme
qui rêve est pour ainsi dire identique à celle de l’homme
éveillé, avec cette différence toutefois que les
scènes du rêve sollicitent plus d’énergie que celles
de la perception. Ces résultats confirment parfaitement la théorie
de Ey, énoncée en 1947 dans son article «Théorie de
l’identité du rêve et de la pensée
délirante », déjà
cité
[12].
En 1999,
une autre équipe autour de W.-D. Heiss, du même Institut Max Planck
de Cologne
[13], suggéra que
la lésion de la matière blanche cérébrale a pour
intermédiaire un mécanisme cellulaire non synaptique ; les
auteurs ont alors inventorié la concentration extracellulaire en relation
avec la dépolarisation du tissu in vivo en utilisant des
électrodes sélectives d’ion dans la matière grise
corticale et dans la matière subcorticale blanche de chats
anesthésiés. Les résultats établirent que les petits
changements de membrane étaient en corrélation avec le
dysfonctionnement de la membrane ischemique qui avait été
retardé : ce qui peut s’expliquer par un défaut de
mécanismes synaptiques.
Toujours en utilisant la tomographie
par émission de positrons comme dans le premier exemple, afin
d’étudier les corrélats neuronaux des hallucinations des
schizophrènes, en 1994, D. A. Silbersweig, de l’Hôpital de
New York, avec une équipe anglo-américaine, donne une explication
de l’expérience du schizophrène par la désinhibition
des circuits assurant la modulation de l’activité
corticale
[14]. Le même D. A.
Silbersweig, avec E. Stern, publie en 1998, une étude,
Towards a
functional neuroanatomy of conscious perception and its modulation by volition:
implications of human auditory neuroimaging
studies[15] . Les auteurs y
montrent que la perception sensorielle consciente, avec ses modalités
selon la volonté, sont partie intégrante de la vie mentale
humaine : ils mettent en évidence que des techniques
neuro-imaginantes fonctionnelles procurent un moyen direct d’identifier et
de caractériser in vivo les modèles de niveau de système de
l’activité du cerveau associée à de telles fonctions
mentales. Dans une série d’expériences d’activation
par la tomographie d’émissions de positron, apparaissent des
états d’audition, normaux ou anormaux, qui, s’ils sont
contrastés, entraînent des dissociations relevant de la question
des substrats neuronaux de l’éveil sensoriel. Ces dissociations
incluent un éveil sensoriel en présence ou dans l’absence
de stimuli extérieurs, ainsi que la transition de l’inconscience
sensorielle vers la conscience sensorielle (ou inversement), avec ou sans
volition. Les états d’audition comprennent des hallucinations,
l’imagerie mentale, la surdité corticale modulée par
l’attention, l’audition modulée par la prise de calmants. Ce
qui prouve la distribution de la neuro-anatomie fonctionnelle, qui est
suffisante, sinon nécessaire, pour la conscience
sensorielle.
Par ailleurs, outre de nombreuses autres études
développées par les neurosciences, il existe des travaux sur le
langage, domaine non négligé par Henri Ey parce qu’il est
particulièrement apte à ouvrir le champ de la signification
apportée par le sujet à toute expérience hallucinatoire.
Dans cet ordre de recherches, la circulation de la parole a été
particulièrement analysée, entre autres, par Martine Morenon, dans
son cabinet de psychologie, étant donné que, pour elle,
l’hallucination appartient au système de la langue, et en
particulier l’hallucination auditive, souvent délaissée par
les auteurs.
Cette psychologue a lu Henri Ey et elle le montre
explicitement, puisque, pour elle, en particulier l’hallucination
auditive, associée au délire, a conduit à confondre les
deux contenus distincts de l’hallucination et du délire ; et
cela, étant donné le développement de la psychanalyse,
faisant de l’interprétation symbolique le fondement de sa pratique.
Or, pour Martine Morenon
[16], la
différence entre hallucination et délire est irréductible,
dans la mesure où le sujet n’entre pas de la même
façon dans la conviction délirante et dans la conviction
hallucinatoire. C’est surtout la production du sens qui diffère de
l’une à l’autre, et qui est un élément
important dans le déroulement de la psychogenèse. Certes,
l’hallucination peut augmenter le délire, mais elle implique, selon
Ey cité par Martine Morenon, « une référence
automatique à l’extraction du sens par les organes des
sens ». Dans l’hallucination, l’assertion est transmise de
l’extérieur et révélée au sujet par ses sens,
tandis que, dans le délire, elle s’exprime à partir des
propres déductions ou intuitions du sujet. Martine Morenon reprend les
distinctions faites par Ey entre les deux hypothèses pathogéniques
qui conduisent chacune à nier soit le délire ou
l’hallucination, aussi bien les thèses organicistes, qui annulent
la notion de délire, que les thèses courantes de la
psychogenèse qui font des hallucinations une position délirante.
Évoquant le compromis de la théorie organo-dynamique, que propose
Henri Ey, Martine Morenon rappelle, en les simplifiant quelque peu, les
thèses de Ey : 1) l’origine des hallucinations serait une
lésion ; 2) le versant psychotique viendrait d’une
désorganisation de la vie mentale. Morenon ne veut retenir que
l’aspect linguistique de la théorie de Ey, à savoir que la
caractéristique à partir de laquelle l’hallucination doit
être interrogée n’est autre qu’une structure
linguistique pourvue d’un sens.
Morenon retient donc que les
voix entendues sont des signes linguistiques, aussi n’étudie-t-elle
ces phénomènes mentaux que pour autant qu’ils donnent au
patient l’impression d’acquérir la conviction d’une
intrusion verbale authentique. Pour elle, il faut donc examiner le signe, tel
qu’il est conçu à notre époque, et approfondir
l’insertion elle-même du sujet dans le circuit de parole.
Dès lors, retour à la linguistique saussurienne !
D’où, se posent la question de l’articulation du signifiant
et du signifié et celle du sens comme produit de leur conjonction. La
circulation du sens étant la finalité de la parole, Morenon va
mettre en jeu les procédés de codage et d’encodage
nécessaires au circuit de la parole. Ey lui-même avait pressenti de
tels effets du langage dans l’organisation de l’hallucination.
Tandis que l’encodage consiste dans la sélection des constituants,
leur combinaison, et leur intégration dans un contexte, le
décodage procède inversement à partir du contexte. La
pensée manie les signes de la langue, c’est-à-dire le
langage intérieur autant que le langage entendu. Choisir les mots et
construire les phrases sont nécessaires dans les deux sens du codage.
Dans cet état des choses, l’hallucination ne serait autre
qu’une subversion des diverses séquences, qu’il
s’agisse de décodage ou d’encodage, mais au niveau de la
production du sujet :
L’illusion naîtrait d’une
extériorité affectant le contenu mental. Certes, mais ajoutons que
cette analyse purement psychologique (comme celle de Morenon) ne peut
éviter l’analyse expérimentale du cerveau faite par les
sciences cognitives : or, celle-ci conclut irréductiblement
qu’hallucination et perception coïncident strictement et pratiquement
dans les processus physiques du cerveau.
Pour terminer ce tour
d’horizon de quelques travaux relativement récents et surtout pour
souligner l’impact des sciences cognitives sur l’importance des
résultats des analyses cliniques de Henri Ey, je me réserverai de
considérer un ouvrage scientifique de la plus haute importance, celui qui
a été édité par Steven Laureys, chercheur du
Département de Neurologie et du Centre de Recherche du Cyclotron de
l’Université de Liège en Belgique, sur la conscience, ses
frontières, sa neurologie et sa
neuropathologie
[17]. Cette
étude se veut une approche purement neuroscientifique du fonctionnement
de la neuro-imagination durant des états altérés de la
conscience. C’est donc encore l’intérieur physique du cerveau
qui est mis à l’étude durant les hallucinations, y compris
auditives et autres, y compris également les troubles dus à la
maladie d’Alzheimer. Il s’agit aussi, dans cette étude,
d’approcher l’activité cognitive dans ses moments de veille
et dans ses moments de sommeil, le fait d’être conscient mais
paralysé et sans voix, ou d’avoir des expériences
« hors du corps » (
out-of-body).
[1] La Conscience, Paris,
PUF, 439 p. ; 2è édition revue et augmentée, en 1968,
Paris, Desclée de Brouwer, 500
p.
[2] Je pense en particulier
à la préface très éclairante écrite par
Claude-Jacques Blanc pour la réédition du
Traité des
Hallucinations de Henry Ey qui a été réalisée
par les Éditions Claude Tchou, en 2004, pour la Bibliothèque des
Introuvables. De Claude-Jacques Blanc, lire également l’article de
L’Évolution psychiatrique, I, 141-190, 1975 : «Le
‘traité des hallucinations de Henri Ey’.
Déconstructiion, refonte et réévaluation du savoir
psychiatrique ». Sur ces questions, Claude-Jacques Blanc a
publié deux ouvrages chez L’Harmattan :
Intercritique et
quête sans fin (1998),
Vie mentale et organisation
cérébrale (2000).
[3] Voir les deux
ouvrages publiés en 1997 par Robert M. Palem :
Henri Ey,
psychiatre et philosophe (Paris, Éditions Rive droite) et
La
modernité d’Henri Ey. L’orga- nodynamisme (Paris,
Desclée de Brouwer).
[4] Cf.
Journal Psychologique, 40, 1947, 3,
347-368.
[5] Henry Ey,
Traité des Hallucinations, 2 tomes, 1543 pages, Paris, Masson,
1973.
[6] Henry Ey,
Hallucinations et délires, 178 p., Paris, F. Alcan,
1935.
[7] Il faut mentionner
l’ouvrage très documenté de. Monique Charles,
Ey-Lacan : Du dialogue au débat ou l’homme en question (L’Harmattan, Collection Psychanalyse et civilisation, 2004), qui
évoque, entre autres, les journées de Bonneval de 1946 sur la
psychogenèse des névroses et des psychoses, qui furent
l’occasion d’une confrontation historique entre Henri Ey et Jacques
Lacan.
[8] Henri Ey,
Des
idées de Jackson à un modèle organo-dynamique de la
psychiatrie. Toulouse, Privat, Rhadamante,
1975.
[9] Peter Carruthers,
Consciousness. Essays from a Higher-Order Perspective, 257 pages,
Clarendon Press, 2005.
[10] Joseph Almog,
What am I ? Descartes and the Mind-body Problem, 158 pages,
Clarendon Press,2005.
[11] Equipe de l’Institut Max Planck de Cologne : Cf Heiss W-D, Pawlik G
Herholz K, Regional kinetic constants and cerebral metabolic rate for glucose in
normal human volunteers determined by dynamic positron emission tomography of [
18F]2-fluoro-2-deoxy- d-glucose J. Cereb. Blood Flow Metab. 4 212 223
1984.
[12] Voir ma note
4.
[13]Cf. E Kumura,
R Graf, C Dohmen, G Rosner and W D Heiss, Breakdown of
Calcium Homeostasis in Relation to Tissue Depolarization : ComparisonBetween
Gray and White Matter Ischemia,
Journal of Cerebral Blood Flow &
Metabolism (1999)
19, 788−793; doi:
10.1097/00004647-199907000-00009.
[14] D. A. Silbersweig; E. Stern; L. Schnorr; C. D. Frith; J. Ashburner; C. Cahill;
R. S. Frackowiak; T. Jones.
Imaging transient, randomly occurring
neuropsychological events in single subjects with positron emission tomography:
an event-related count rate correlational .
Journal of Cerebral Blood
Flow and Metabolism 14(5):771-782, 1994. PMID:
8063873.
BrainMap:
144.
[15] Philosophical Transactions : Biological Sciences,
ISSN: 0962-8436 (Paper) 1471-2970 (Online)
Volume 353, Number
1377 / November 29, 1998, pages :1883-1888, 10.1098/rstb.1998.0340.
[16] Voir le site du
Cabinet de psychologie de Martine Morenon, revu en janvier 2006 :
http://perso.wanadoo.fr/martine.morenon
[17] The Boundaries of Consciousness. Neurobiology and Neuropathology, edited
by Steven Laureys, Department of Neurology and Cyclotron Research Center;
University of Liege, Belgium, Included in series Progress in Brain Research,
150, 2005.
[18] Je renvoie
à l’article très documenté de Jean-Luc Petit,
« L’esprit-cerveau est-il idéaliste ? »,
dans
http://www.chez.com/jlpetit/matière
pensante.htm
[19] Pascal
Engel,
Philosophie et psychologie, Gallimard,
1996.
[20] Pierre Jacob,
Pourquoi les choses ont-elles du sens ?, Odile Jacob,
1997.
[21] Élisabeth
Pacherie,
Naturaliser l’intentionnalité. Essai de philosophie de
la psychologie,
P.U.F.,1993.
[22] Jean-Luc
Petit,
Les neurosciences et la philosophie de l’action, Vrin,
2000.