Angèle Kremer Marietti
(Groupe d’Études et de
Recherches Épistémologiques, Paris)
Langage et cognition
Introduction : la distinction objet/inobjet
À travers la distinction objet/inobjet, j’insiste
sur le référent fictionnel qui peut être
soit celui des arts de la fiction, soit celui de la
philosophie. Je souhaite ainsi mieux interroger le
problème du langage, abordé aujourd’hui
sous deux aspects opposés par les sciences
cognitives : soit le computationalisme soit le
connexionnime. La philosophie doit réfléchir sur
les processus réels du langage et de la cognition sur la
base d’une distinction objet/inobjet.
En effet, sur l'objet possible qu'est le personnage de
roman, il n'est que de songer à la prolifération
des personnages mis en scène par
Balzac[1]. On peut classer les personnages du
roman balzacien : 1) en personnages fictifs (Rastignac,
Rubempré, Molineux) ; 2) en personnages réels
(Charlemagne, Lord Byron, Vicq d'Azyr, Madame
Récamier). On pourrait même – comme
Balzac le suggérait – établir sur leur
compte un véritable fichier de police.
Peut-être alors aurions-nous la surprise de voir
surgir l'objet dont la description balzacienne tient
lieu chaque fois de symbole et de substitut. Il faut
reconnaître que ni fichier ni dossier ne
reconstituerait ce qu'est est véritablement le
personnage de Balzac, en fait un inobjet en soi qui,
en tant que personnage, ne tient pas dans un seul roman mais
déborde amplement hors des limites d'un titre. Les
conditions de possibilité, inhérentes au
système du roman gèrent la
réalité de la fiction balzacienne, parfois
plus « vraie » que la perception
ordinaire.
Une question se pose au sujet de la condition
dernière ou première – selon
l'orientation du processus emprunté – et qui donc
est là pour conditionner toutes les conditions de
possibilité du réel telles que Kant les a mises
en évidence. Car ces conditions vont toujours
au-delà d'elles-mêmes dans une progression
à l'infini. Kant montre que la série des
conditions, qui s'enchaînent les unes les autres,
pourrait atteindre un point éminent qui n'est autre que
ce que j’appelle le ‘référent
fictionnel’ propre au texte de la Critique de la
raison pure dans sa totalité. Kant, en effet, nous
rend à l'évidence de la réalité de
ce référent fictionnel qu’est pour lui
l'Inconditionnel (das Unbedingte),
c'est-à-dire ni plus ni moins à l'évidence
de l'absolu auquel invinciblement tendrait la raison
pure[2].
1. Le référent fictionnel[3]
L'instance insistante de l'inobjet parfois
imposé par la raison a été perçue
par Bergson[4], mais certainement pour la
dénoncer, car la critique simultanée de la
science, de l'entendement et du langage, qui est celle de
Bergson, a pour finalité de déstructurer le
symbolisme et tous les processus de symbolisation propres
à la science, et par là également ceux
de l'entendement qui y préside et du langage qui les
permet. Au-delà de ces structurations, Bergson table
essentiellement sur l'intuition qui nous ouvrirait à
l'expérience intégrale, et il espère
nous orienter vers l'appréhension qualitative d'une
réalité faite toute de scansions, de
vibrations et de rythmes.
On pourrait dire que, pour Bergson, le processus
créateur est tel que la mimesis n'est autre que
le moyen d'atteindre la catharsis : cette
dernière serait alors l'accès
privilégié au réel. Le déclencheur
du processus serait le rythme, propre à nous faire
pénétrer dans le réel le plus profond,
dont la jouissance absolue[5] serait en dernier ressort le
référent fictionnel de toute la philosophie
bergsonienne. Le réel n’était pour
Bergson qu’un inobjet qu'il se
représentait comme parfaitement
réalisé grâce à la
création artistique.
Comment le Symbole symbolise la pensée ou
Référence qui par définition
réfère au Référent, c’est ce
que montre le fameux triangle de la référence
avancé par C. K. Ogden et I. A. Richards
[6]. La relation entre le symbole et le
référent est souvent indirecte, chaque fois
tout au plus imputée. Mais les auteurs n'excluaient
pas une relation causale entre le référent et
le symbole. Sur la base de ce même schéma, nous
pouvons néanmoins décrypter comment, en
particulier dans la création romanesque, la
référence n'est autre que la
représentation de la fiction du
référent, celui-ci étant l'objet
ou plutôt l’inobjet assigné par
l'auteur à l'horizon de son texte. La fiction
romanesque est une élaboration symbolisatrice qui
tend à faire être un objet imaginaire,
à objectiver l'inobjet.
Si un auteur voulait formuler une vérité propre
aux sciences humaines, un objet qui concernât
véritablement tous les humains, ce qu'ainsi
l'écrivant il nommerait, désignerait et
interpréterait, serait loin de se tenir dans
l'évidence objective s'offrant à l'attention
universelle.
Le référent fictionnel peut être un
négatif, telle l'utopie dont le rôle positif n'est
plus à souligner. Ainsi, l'utopie est bien un
référent fictionnel même
négatif. Il est, en effet, négateur d'un
autre objet, conçu comme réel, qui,
celui-là, serait à compenser, ou même
à détruire ! Une semblable utopie a
été ponctuellement le fait d'Auguste Comte.
Songeant avant Nietzche à une « gaie science
»[7], Comte s'est réjoui
d'imaginer quel serait notre partage si nous vivions dans
une société de loisirs dans laquelle ni
l'effort dans l'étude ni la lutte pour la vie ne
seraient plus nécessaires, et au sein de laquelle les
hommes ne seraient plus talonnés par le souci de la
subsistance[8], ni par celui d’aucune
concurrence, intellectuelle, économique ou sociale.
Cet « état fictif »[9] présenté par Comte
serait « l'état normal du régime final
»[10], c’est-à-dire la
« synthèse
altruiste »[11], avec une économie des
pulsions différente de celle que nous connaissons
dans nos sociétés. Dans ce rêve de
réconciliation définitive, nos instincts
sympathiques prendraient sans entrave leur libre essor
harmonieux. Comte va jusqu'à concevoir une
société sans division du travail.
Mais, on le sait, une société sans division
du travail est explicitement conçue dans
l'Idéologie allemande, œuvre dans
laquelle Marx et Engels exprimaient la fiction communiste
:
« dans la société communiste, où
chacun n'a pas une sphère d'activité
exclusive, mais peut se perfectionner dans la branche qu'il
lui plaît, la société réglemente
la production générale, ce qui crée
pour moi la possibilité de faire aujourd'hui telle
chose, demain telle autre, de chasser le matin, de
pêcher l'après-midi, de pratiquer
l'élevage le soir, de faire la critique après
le repas, selon mon bon plaisir, sans jamais devenir
chasseur, pêcheur, ou critique »
[12].
Tel est, en tout dernier ressort, le
référent fictionnel du texte de Marx
!
2. Les deux cerveaux et les deux types de jugement
Qu’un référent fictionnel soit
nécessaire au discours philosophique comme au
récit fictif, on peut le concevoir. D’un point
de vue strictement positiviste, on peut justifier la
nécessité matérielle de ce recours en
se référant à la définition des
deux cerveaux d’après les travaux de Roger
Walcott Sperry[13] et surtout à partir des
résultats consécutifs à la
commissurotomie[14] : d’un
côté, il y a le cerveau gauche analytique
et apte à penser selon les normes des
scientifiques ; de l’autre, le cerveau droit
sensible à la métaphore, à la
synthèse, à l’art et à la
spiritualité[15].
Lorsqu’elle s’emploie à
déterminer exactement et
précisément, la raison est à
même, par ses méthodes rigoureuses,
d’élaborer les concepts les plus stricts de la
science moderne et contemporaine ; lorsqu’elle veut
réfléchir
(s’autodéterminer) et qu’elle
n’a pas à faire avec les objets mêmes,
elle peut à loisir – selon les règles
qu’elle se donnera – imaginer les œuvres
et contempler les transcendances. Dans un cas, la raison
créatrice produit la connaissance
scientifique ; dans l’autre, elle
génère croyances, opinions,
spéculations et contenus, œuvres ou savoirs
culturels de toute sorte : une palette
d’affirmations se rend alors possible, allant de
l’invraisemblable à l’improbable et de
l’improbable au probable jusqu’au vrai pur et
simple.
Car cette faculté commune à tous les humains
se tient à l’origine aussi bien de la science
moderne que de la pensée postmoderne la plus
échevelée. Le logos originaire s’est
spécialisé, particularisé,
diversifié. Il n’aura été
« déterminant » que dans la
connaissance scientifique proprement dite, aussi complexe
soit-elle, sur la base d’une capacité
intellectuelle et conceptuelle élaborée et
constamment vérifiée par
l’expérience qui demeure décisive en
matière de connaissance scientifique. Dès
lors, une approche demeure essentielle et elle est encore
d’actualité : elle peut se faire à
partir des deux types de jugement définis par
le génie de Kant : 1. le jugement
déterminant ; et 2. le jugement
réfléchissant.
Le jugement déterminant concerne l’action de
connaître ; or, cette action implique
(au moins dans un mouvement régressif) une
réalité extérieure bel et bien admise,
constatée, établie et
appréhendée méthodiquement. Le
jugement réfléchissant concerne plus
généralement l’action de
réfléchir et ne nécessite
aucune réalité extérieure
adéquate. Et nous aurons alors, avec l’aide
systématique de Kant, distingué entre
déterminer[16] et
réfléchir[17]. Dans les deux cas, le
langage exprime ou représente la pensée,
mais la cognition relève plus nettement
d’un jugement déterminant dans lequel le
langage est également cognition.
La réflexion n’implique pas
nécessairement que l’objet auquel nous
l’appliquons soit inexistant ou infondé, mais
il peut l’être ! On peut heureusement
réfléchir avec justesse sur les
données empiriques. Mais il peut être utile
à notre compréhension de classer les travaux
intellectuels non nécessairement soumis à la
méthode positive comme étant de l’ordre
de la réflexion. Pour Kant, la réflexion
était le terme le plus élevé des
facultés de l’entendement. Lui-même, il
pratiquait un jugement que je dirai purement
réfléchissant quand il
« pensait » que la série des
conditions ou des causes, qui s'enchaînent les unes
les autres dans l’univers, devait atteindre un point
culminant ou éminent : l’Inconditionnel
ou l’Absolu. Or, l’objet qu’il
« pensait » ainsi
n’était autre qu’un
référent fictionnel, non un
référent objectivement réel.
3. Langage et cognition
3.1. Ce qui est
« cognitif »
Nous finissons la
troisième décennie de la Science
cognitive ; celle-ci concerne des disciplines aussi
variées que la linguistique, l’intelligence
artificielle, la psychologie cognitive, les neurosciences,
et naturellement la philosophie. Est
«cognitif » tout processus mental
associé, d’une manière
générale, à la compréhension,
mais encore à la formulation des croyances et
à l’acquisition du savoir.
3.2. Les neurosciences et les capteurs sensoriels
Les
neurosciences étudient le fonctionnement des capteurs
sensoriels. Ainsi, par exemple, on
voit[18] avec son cerveau ;
c’est une forme d’intelligence, car la vision
peut s’apparenter à un véritable
raisonnement quand on émet des hypothèses que
l’on teste, ou lorsque entre en jeu une interaction
appropriée à l’environnement : si,
par exemple, on repère dans l’espace des objets
menaçants. On a étudié récemment
« la transformation
visuo-motrice »[19], se situant après la
captation de l’image sur la
rétine[20]. Et on a ainsi distingué
une succession d’étapes anatomiques avec la
constatation de modèles corticaux traitant les
différentes informations.
Ainsi, la perception n’est pas une simple copie de la
réalité, elle ne se produit que comme le
résultat d’un grand nombre de calculs
effectués par un grand nombre de réseaux,
à l’occasion d’une confrontation avec la
réalité.
3.3. Les modèles de la cognition
De nombreux
modèles de la cognition[21] ont été
explicités, allant de la tradition symbolique
jusqu’au connexionnisme pur et simple. Ainsi, au point
de vue strictement symbolique peut se ramener l’usage
quotidien d’expressions anaphoriques,
c’est-à-dire répétitives, ou
reprenant des termes apparus antérieurement dans le
discours. Littré donne l’exemple suivant de
cette figure de rhétorique qui a pour finalité
d’indiquer l’identité :
«Tendre épouse, c’est toi
qu’appelait son amour, Toi qu’il pleurait
la nuit, toi qu’il pleurait le
jour » (Delille, Géorgiques,
livre IV). En fait, ce qui est intéressant,
c’est ce que ces expressions répétitives
peuvent impliquer pour la théorie des modèles
mentaux concernant la compréhension textuelle. Du
même type sont les architectures classiques de von
Neumann qui sont à la base de modèles de
l’intelligence artificielle ; ou encore certains
faits psychologiques pouvant orienter vers la saisie de
divers modèles particuliers.
Il existe également des modèles qui sont
mi-symboliques mi-connexionnistes, mais il en est aussi qui
sont totalement connexionnistes.
3.4. Computationalisme et connexionnisme
Le
sérialisme ou computationalisme est l’une des
théories fondamentales - l’autre étant le
parallélisme ou connexionnisme. Cependant, concernant
les processus mentaux, on est passé du computationalisme
au connexionnisme, et, de nouveau, de ce dernier à un
computationalisme supérieur, apte à unifier
autant les traitements neuronaux parallèles que les
traitements cognitifs sériels.
Il faut dire que le computationalisme est fondé sur
l’hypothèse que l’esprit est un ordinateur
supérieur qui peut se décrire en termes
algorithmiques. Actuellement, ce n’est plus seulement
l’esprit qui est interprété comme un
ordinateur, mais tout le
« vivant » : en effet, il vient de
se créer le Biological Computer Laboratory dont
le fondateur est H. Von Foester[22] : il permet de calculer,
c’est-à-dire de formaliser l’être
vivant ; celui-ci apparaît ainsi comme
« un computer biologique qui doit calculer pour
survivre »[23]. Sur cette base, des
mécanismes conçus en tant que circuits
logiques pourront réaliser toutes les
activités du cerveau : le langage, la
perception, la mémoire, l’apprentissage, etc.
Quant aux modèles simplement connexionnistes, ils
sont inaptes à rendre compte des fonctions cognitives
supérieures et, en particulier, à donner une
explication du langage [24] ; c’est dans cette
finalité que Chomsky a, l’un des premiers,
opté pour la théorie computationnelle.
3.5. La connaissance selon
Piaget
Très tôt, Piaget avait conçu
le projet d’ une « embryologie de la
connaissance ». Et, dans son ouvrage de 1967,
Biologie et connaissance[25], il est très attentif au
réseau logique mis en évidence par McCulloch
et Pitts[26], dans lequel il voit la
possibilité d’étudier le système
nerveux à partir d’un traitement
logico-mathématique, ainsi que d’élargir
cette approche à l’ensemble de
l’organisme. Ce que Piaget comprenait, dans les
« idées immanentes au fonctionnement
nerveux » de McCullogh et Pitts,
c’était le fait d’un mécanisme
causal inhérent au fonctionnement du système
nerveux[27]. Ainsi, pour Piaget, une
connaissance ne se faisait pas sans être
assimilée à des structures antérieures
et, pour lui, le milieu jouait alors le rôle de
déclencheur des « ajustements
actifs », et tels que
« assimilation » et
« accommodation ».
4. Le langage selon Chomsky
L’originalité
de Chomsky a été de rapporter le langage à
un « système de connaissance »,
lui-même sous-jacent au langage. Par ailleurs, comme il
le souligne récemment dans la préface qui ouvre
le livre de Jean-Yves Pollock dont l’objet concerne
précisément le langage et la
cognition[28], il faut dire que « les
propriétés principales du langage sont, autant
qu’on puisse en juger, exceptionnelles dans le monde
biologique »[29].
C’est donc dans le contexte de la révolution
cognitive que s’est formée la grammaire
générative qui est, je le rappelle, un
ensemble de règles : celles-ci
« permettent au locuteur (au sujet parlant) de
construire (produire) un nombre infini de nouvelles phrases
dans une langue donnée à partir d’un nombre
fini de règles »[30].
Dans cet esprit, pour Chomsky, la grammaire d’une langue
n’est autre qu’une théorie d’un
état du cerveau. On peut donc considérer
qu’il existe un état L du langage d’un
individu, L est alors une langue intériorisée
propre à engendrer une infinité
d’expressions, équivalant chacune à un
complexe de propriétés.
L’autre originalité de Chomsky a
été de poser des questions déterminantes
sur le langage relativement au système de cognition, et
cela autant dans la tradition philosophique que relativement
aux sciences cognitives. Ces questions sont les
suivantes :
1) Quel est le système de connaissance ?
2) Comment ce système intervient-il ?
3) Comment ce système est-il fixé de
façon à s’utiliser dans le
discours ?
4) Quels peuvent être les mécanismes physiques
utiles à ce système cognitif et à son
usage ?
[3]
5) Avec la première question (
Quel est le
système de connaissance ?) Chomsky dit
rejoindre les recherches des XVIIe et XVIIIe siècles
au sujet de la grammaire philosophique. La seconde question
(
Comment ce système intervient-il ?) est
une forme du « problème de
Platon », en l’occurrence reformulé
par Bertrand Russell dans la référence
à l’esclave du
Ménon. La
solution à ce « problème de
Platon » n’est autre que la relation de la
faculté de langage à l’organisme
humain. Et la connaissance ne se confond pas avec la
capacité ni avec l’aptitude, ni même
l’habitude ou la disposition. La troisième
question (
Comment ce système est-il fixé
de façon à s’utiliser dans le
discours ?) de Chomsky se subdivise dans le
problème de la perception avec interprétation
et dans le problème de la production avec la raison
de ce que nous disons – on a alors le
« problème de Descartes »
–, mettant en avant le caractère innovateur du
langage. Là non plus, on ne peut invoquer une
quelconque analogie qui opérerait dans
l’apprentissage d’une langue. Le
« problème de Descartes » est
explicité par Chomsky comme étant posé
quand on s’interroge sur la façon dont le
langage est utilisé dans les cas ordinaires de la
créativité quotidienne. Cela revient à
se demander quelle peut être la définition du
corps : or, si c’est quelque chose qui
obéit à la mécanique du choc, il est
clair que l’esprit est tout autre, comme le pensait
Descartes ; mais la vérité est
qu’il n’y a pas aujourd’hui de
définition du corps qui soit compatible avec nos
connaissances actuelles du monde physique ; en fait,
le corps s’intègre à la matière
vivante et ce que nous appelons l’
esprit en
fait aussi partie. Dans cette perspective,
l’esprit-cerveau est placé au
cœur de la nature, mais surtout il faut remarque que
le « cartésianisme » de
Chomsky est désubstantialisé. Enfin, la
quatrième question (
Quels peuvent être les
mécanismes physiques utiles à ce
système cognitif et à son
usage ? ), qui est celle que posent les
spécialistes en neurosciences, dépend de la
solution apportée aux trois
premières
[31].
Relativement à la première question sur le
« système de connaissance »,
Chomsky refuse le concept d’
usage – en
quoi il s’oppose à Wittgenstein – et il
refuse également le concept de
connaissance
se maintenant au-delà de l’usage. Chomsky
explique, en effet, quels sont les facteurs selon lesquels
l’enfant maîtrise les règles du
« système accompli de la connaissance du
langage »
[32] ; ces facteurs sont les
suivants :
1) les principes génétiquement
déterminés de la faculté de
langage ;
2) les principes généraux des mécanismes
d’apprentissage, également
génétiquement
déterminés ;
3) l’expérience linguistique de l’enfant,
développée dans une communauté de
langage[33].
On peut dire, en conclusion, que le langage est bien, pour
Chomsky, un système cognitif acquis par
l’individu, mais en tant qu’un système
complexe impliquant à la base des
propriétés spécifiques de
l’esprit-cerveau humain.
5. Les mécanismes sous-jacents
Les sciences
cognitives s’attaquent à l’étude des
mécanismes internes sous-tendant la pensée et
l’action humaines ; et le langage fait partie de ces
mécanismes : il implique selon l’intuition
qu’en avait eue Humboldt « l’usage
infini d’un ensemble fini de
moyens »[34]. D’après les plus
récents travaux dont Paul M. Churchland fait
état, il est clair que le système du langage
ne dispose que d’un répertoire très
limité pour exprimer tout ce que le système
nerveux a le pouvoir de discriminer et de
reconnaître[35]. Ce qui signifie que la
pensée déborde largement le langage. Mais il
est vrai aussi, comme le montre Chomsky, que le domaine
linguistique déborde hors du champ propre au langage
pour s‘avérer proprement cognitif sous
l’effet d’une naturalisation qui soumet
l’analyse du comportement linguistique aux exigences
habituelles des sciences expérimentales. Car, comme
l’écrit Chomsky, « la grammaire du
linguiste est une théorie scientifique, correcte pour
autant qu’elle corresponde à la grammaire
représentée intérieurement. Exactement,
ce qui est signifié par le terme
‘correspond’ dans le cas où
l’étude abstraite d’un système
physique est une question complexe qui n’est pas
unique à cette
entreprise »[36]. C’est donc la
faculté du langage qui, selon Chomsky,
« stimulée de façon
appropriée, va construire une grammaire ; le
sujet connaît la langue engendrée par la
grammaire qui a été
construite »[37].
L’innéisme de Chomsky consiste avant tout dans un
« rationalisme » – qui,
d’ailleurs, n’exclut pas un
« empirisme » indispensable à la
recherche scientifique – n’attribuant aucune
structure intrinsèque à l’environnement.
Mais est par lui présentée comme relevant aussi
du rationalisme la reconnaissance de ce que le concept de
‘pertinence’ (relevance) joue un rôle
essentiel dans la pratique du langage qui cependant ne
néglige pas l’importance des facteurs de culture
ou d’interactions.
Chomsky[38] prétend ainsi continuer la
tradition du XVIIè siècle qui part de la
faculté de langage pour éclairer le concept de
‘nature humaine’. Cette forme linguistique du
cartésianisme a été vivement
attaquée, entre autres par Aarsleff en 1970 ;
à ces critiques, Pollock et Obenauer ont
répondu[39]. Les anti-chomskiens s’en
prennent surtout à l’habillage philosophique de
la théorie de Chomsky.
Du point de vue innéiste, Fodor – qui reprend la
psychologie des facultés de l’esprit de Gall dans
une approche modulaire – a conçu la théorie
du « langage mental » ou
« mentalais »[40], tandis que Chomsky concevait la
théorie de la « grammaire
mentale »[41]. Aujourd’hui Steven Pinker
n’hésite pas à parler directement
d’un « instinct du langage » et
surtout à renverser la convention selon laquelle
langage et pensée seraient identiques ou encore
à prétendre que la pensée serait
déterminée par le langage[42]. Jean-Yves
Pollock[43], continuant sur la lancée
de Chomsky, fait de la linguistique une branche de la
psychologie cognitive qui traite de la faculté de
langage. Ainsi les propriétés
générales du langage sont-elles comprises
comme formant la « grammaire
universelle »[44].
Deux positions théoriques opposées peuvent se
présenter à partir de l’innéisme :
soit le fonctionnalisme, soit une position neurobiologique. Le
fonctionnalisme est la conception selon laquelle la
réalisation physique d’un composant fonctionnel ne
constitue pas son essence mais se caractérise
d’après son rôle et sa relation aux autres
composants. Le fonctionnalisme est représenté par
Fodor[45] qui, tout en défendant une
théorie des localisations cérébrales,
ne reconnaît aux processus mentaux qu’une
existence relationnelle et symbolique.
La position neurobiologique est défendue, entre autres,
par Damasio[46] qui, dans les processus, souligne
l’existence de caractères directement
rattachés au substrat biologique, étant
donné les observations qu’il a faites à
partir de patients dont le cerveau avait subi une
lésion et grâce auxquels il apparaît
clairement que des mécanismes neuraux sous-tendent la
faculté de raisonnement : émotion et
raison n’étant pas séparées, pas
plus que le corps et l’esprit.
Quant à l’attitude biologique innéiste de
Chomsky en matière de cognition et de
langage[47], elle va de pair avec la
théorie computationnelle – d’ailleurs,
tout comme celle de Piaget qui se fondait cependant sur une
psychologie constructiviste. Ainsi, le langage que Chomsky
étudie a pour caractéristique une
propriété du jeu combinatoire (ou encore de
compositionalité), qui est confirmée à
tous les niveaux (phonétique, phonologique,
syntaxique, sémantique et pragmatique) : ce qui
veut dire que le principe de compositionalité
commande que les représentations atomiques
contribuent à l’identique dans chacun des
contextes où elles apparaissent.
6. Les fonctions cognitives supérieures
Les
événements cérébraux concernant les
fonctions cognitives supérieures n’ont pu encore
être saisis par des outils appropriés :
c’est à ces fonctions que s’adresse la
position de Fodor. Toutefois, on a pu déjà
constater dans le cortex plusieurs niveaux
d’organisation. Ainsi, Jean-Pierre
Changeux[48] a repéré trois
stages qu’il assimile aux trois étapes
conçues par Kant pour figurer le processus de la
connaissance : 1. la construction des images
externes ; 2. la transformation des images externes en
concepts ; 3. l’intégration de ces
concepts dans des abstractions plus élevées.
Mais, avec la question du langage, s’il s’agit
encore de trancher sur la relation entre les
mécanismes neurophysiologiques et les
mécanismes représentationnels de haut niveau,
une autre question s’impose : celle de la
réalité du « langage
interne » lié à la faculté
de langage, puisque la faculté de langage construit
une grammaire que le sujet connaît et utilise
« pour produire du discours comme expression de
la pensée, dans les limites imposées par les
principes intériorisés, et de manière
appropriée aux situations telles qu’elles sont
conçues par d’autres facultés mentales,
indépendamment du contrôle des
stimuli »[49].
6.1. Les représentations mentales
La machine
cérébrale construit des représentations
mentales qui représentent le monde qui l’entoure.
Le même individu produit et combine des objets mentaux
qu’il mémorise et communique à
d’autres individus ; la production et la combinaison
des objets mentaux dépend d’une capacité
caractérisée dans l’espèce humaine
par un déploiement remarquable. Les objets mentaux sont
extériorisés sous forme d’objets culturels
à travers la création des institutions sociales.
Et si l’on considère une langue définie,
établie comme institution sociale, en sont exclus
certains phonèmes qui auraient été par
ailleurs possibles ; dès lors, au cours de
l’apprentissage progressif du langage et
précisément au cours de l’acquisition
d’une langue déterminée, on peut constater,
chez l’enfant qui apprend une langue, une restriction des
capacités perceptives relatives aux sonorités de
certains phonèmes qui sont exclus par cette langue. On
peut parler alors d’un phénomène de
stabilisation sélective, qui est le double effet de la
culture et de la nature.
6.2. La controverse Piaget/Chomsky
Je ne ferai
qu’évoquer la controverse Piaget/Chomsky, datant
de 1975 ; elle avait pour objet l’apprentissage et
le langage. Il s’agit, en fait, de l’opposition
entre le constructivisme de Piaget et l’innéisme
de Chomsky. Comme l’écrit Putnam, qui ne
reconnaissait de bons arguments à aucun des deux, la
conclusion s’impose : « il est quasi
certain qu’il y a un fond de vérité dans ce
que dit chacun d’eux »[50]. Alors que Chomsky
présuppose chez l’être humain un noyau
fixe inné, Piaget proposait plutôt une
fixité construite, mais sa proposition resta sans
succès aux yeux de Chomsky.
6.3. L’innéisme de Chomsky et ses
hypothèses auxiliaires
Pour consolider son
innéisme, les hypothèses auxiliaires de Chomsky
sont nombreuses[51] ; ce sont : 1. la nature du
corpus linguistique initial ; 2. la conception de la
grammaire comme d’un modèle de
compétence pour les locuteurs ; 3.
l’hypothèse selon laquelle c’est
l’évolution de l’espèce humaine
qui produit les universaux linguistiques ; enfin 4. la
contribution de l’environnement, qui était pour
Chomsky un facteur uniquement concomitant,
c’est-à-dire nullement causal. Les structures
cognitives – et le langage humain en est une –
doivent, pour Chomsky, être traitées de la
même manière que les structures
organiques[52], c’est-à-dire, en ce
qui concerne le langage dans : 1. ses
caractéristiques chez tel individu ; 2. ses
propriétés générales ; 3.
sa place dans le système de structure ; 4. son
développement chez le même individu ; 5.
également dans ce qui fonde
génétiquement ce développement ;
6. enfin, dans son origine à partir de certains
facteurs au cours de
l’évolution[53].
6.4. Une introduction au programme minimaliste de la
grammaire générative
Un programme minimaliste
de la grammaire générative est proposé par
Jean-Yves Pollock sous le titre général de
Langage et cognition. Depuis plus de quarante ans, la
grammaire générative a élaboré de
nouveaux modèles de « langue
interne », celle-ci se distingue des
« langues externes » (entités
historiques, politiques, religieuses). Une langue interne
n’est pas l’effet d’un apprentissage (avec
répétitions, mémorisations, etc.) –
évidemment, sauf en ce qui concerne l’association
des formes phonétique et phonologique aux concepts et
notions : il s’agit là de l’arbitraire
du signe saussurien, également sauf en ce qui concerne
les irrégularités morphologiques des verbes
français. Toutes les langues se caractérisent par
un apprentissage naturel, sans effort et inconsciemment. La
langue interne se manifeste chez l’enfant vers dix-huit
mois quand il dit : « tout
cassé », « maman
partie », etc., puisque, comme l’écrit
par ailleurs Pinker, « Tous les nouveaux-nés
viennent au monde avec des compétences
linguistiques »[54]. C’est ensuite que vient
l’explosion grammaticale.
Pollock affirme que, depuis quarante ans, la grammaire
générative a pour objet l’étude de
la langue interne (LI). Il pose alors les quatre questions
fondamentales qui furent posées par Chomsky
(1988) :
1. Comment caractériser la langue interne ?
2. Comment la langue interne se
développe-t-elle ?
3. Comment la langue interne œuvre-t-elle dans la
performance des locuteurs ? 4. Quels sont les
mécanismes physiques et neurologiques sur lesquels
repose le langue interne ?
Avec les réponses à la première
question (
Comment caractériser la langue
interne ?), on obtiendra « des
modèles abstraits de réalités
psychologiques et biologiques auxquelles le linguiste
n’a pas accès
directement »
[55]. Répondant à la
deuxième question (
Comment la langue interne
se développe-t-elle ?), il rappelle
qu’il existe « un savoir linguistique
sans réel antécédent
factuel »
[56] : il s’agit donc
d’un savoir sans apprentissage, sauf pour certains
aspects de LI.
À propos de la première question (
Comment
caractériser la langue interne ?), Pollock
fait remarquer que la langue interne est d’une grande
complexité : elle définit un ensemble
d’opérations possibles sur les structures
syntaxiques ; par exemple, à partir de cette
phrase toute simple :
Marie frappera l’homme avec
un parapluie, on pourra comprendre soit :
1) C’est l’homme que Marie frappera avec un
parapluie,
2) C’est l’homme avec un parapluie que Marie
frappera.
On peut donc noter l’ambiguïté syntaxique
de la phrase entière Marie frappera l’homme
avec un parapluie, qui est déjà un
constituant. Cette phrase est elle-même faite de
‘constituants’ qu’on peut analyser :
d’abord, le constituant Marie ; il y a
ensuite le constituant l’homme avec un
parapluie ; ou encore, d’une part, le
constituant l’homme, et, d’autre part, le
constituant avec un parapluie. Marie et
l’homme sont des constituants de même
type ; de même Marie et l’homme avec
un parapluie. Dans le constituant l’homme avec un
parapluie, la suite avec un parapluie forme un
sous-constituant. Le sous-constituant avec un parapluie
est de même type, par exemple, que contre le mur
dans la phrase Marie posera le livre contre le mur, ou
encore que avec un parapluie compris comme un
circonstanciel de moyen.
Les phrases structuralement ambiguës sont fort
nombreuses ; par exemple : Pierre a dessiné
la femme au crayon ; Jean a rendu la voiture
propre ; À qui as-tu dit que Marie
téléphonerait ? ; Une femme avec
trois enfants aux cheveux blonds ; Pierre a fait endosser
un chèque à Marie ; Pierre a parlé de
ses frasques à Marie.
À partir de la phrase Marie frappera l’homme
avec un parapluie, Pollock va mettre en place un
modèle représentationnel et un modèle
computationnel ; or c’est cela même qui a
été fait pour d’autres facultés
cognitives, par exemple pour la vision. On voit donc
déjà l’importance de la grammaire
générative pour le développement des
théories computationnelles dans les sciences
cognitives.
7. Bernard Laks et la conception connexionniste du
langage
Alors que pour Chomsky le langage n’est pas
essentiellement destiné à la communication mais
à l’expression de la pensée, pour
Laks[57] il est surtout un agent de
communication. L’approche connexionniste de Laks ne
rejette pas nécessairement les acquis de la grammaire
générative, mais adopte une position
alternative à trois niveaux : symbolique,
subsymbolique et physique. Présentant le
modèle cognitiviste classique (computationaliste)
pour lequel l’esprit est une machine manipulant des
ensembles complexes de symboles, tandis que le paradigme
connexionniste (ou subsymbolique) serait plus physicaliste,
enraciné dans la cybernétique et les travaux
de McCullogh et Pitts, Bernard Laks critique
l’expulsion du sens qui est l’effet de la
première approche. Au lieu des notions de calcul
symbolique, ce sur quoi le connexionnisme met
l’accent, à travers la considération de
l’émergence qui fonde « la notion
d’interprétabilité entre niveau
subsymbolique et niveau
conceptuel »[58], ce sont « les notions
d’équilibre, de comportement probabiliste,
d’ajustement et d’effet statistique
global »[59]. A la stratégie descendante
du cognitiviste s’est substituée la
stratégie ascendante du connexionnisme.
Au centre du débat entre les deux approches se tient la
question des niveaux : le cognitivisme favorise le niveau
symbolique, car « le niveau computationnel est un
niveau conceptuel », certes avec des états
mentaux représentationnels entre lesquels la transition
emploie un langage formel, celui que Fodor appelle
« langage mental ». C’est donc la
syntaxe des langages formels qui régit les processus
cognitifs. Le connexionnisme traduit cette structure en termes
de réseaux, réunissant les deux démarches
descendante et ascendante, car les descriptions formelles des
phénomènes à expliquer sont
nécessaires ; ce qui entraîne trois niveaux
pour le point de vue connexionniste :
1. un niveau conceptuel qui permet la description
analytique systématique ;
2. un niveau subsymbolique, propre au connexionnisme, qui
permet des explications causales sous forme de
modélisations neuromimétiques ;
3. un niveau physique neuronal, architecturé selon
différents niveaux d’organisation et imposant
une contrainte aux descriptions de niveaux
supérieurs.
Si les travaux de Chomsky servent de base à ce
connexionnisme dit
« implementationnel », ce sont les
travaux de Piaget qui réapparaissent dans le fond de
cette position qui articule son mode propre
d’explication aux théories constructionnistes
de Piaget, de Lakoff et de Langacker. Au lieu de
l’innéisme, Laks professe une conception
évolutionniste néodarwinienne à partir
de laquelle intervient l’émergence de
représentations. Contrairement à la
théorie de la grammaire générative,
Laks considère que l’apprentissage joue un
rôle et que les catégories grammaticales ne
sont pas prédéfinies. La perspective
qu’il a du sens et de la communication est
pragmatique et constructionniste : ce qui,
d’ailleurs, n’exclut pas, chez Lakoff et
Langacker, une approche phénoménologique.
Enfin, la règle et le lexique ne sont pas davantage
des réalités mentales, mais l’effet de
produits d’interactions sociales.
Conclusion
Les deux positions ne s’excluent
donc pas totalement dans la seconde ; mais celle de la
grammaire générative, plus rigoureuse, parce
qu’elle est plus formaliste, se rapproche davantage
de la formulation scientifique, déterminante,
tandis que je verrais dans la seconde une position plus
réfléchissante. L’avenir des
recherches dissipera-t-il cette
ambiguïté ? Il est clair qu’une
philosophie purement réfléchissante ne peut
guère décider en la matière sinon
arbitrairement.
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[1] Cf. Jean Paris,
Balzac,
Paris, Balland, coll. Phares, 1986.
[2] Cf. Angèle
Kremer-Marietti,
La symbolicité, Paris,
P.U.F., 1982. Voir p. 77. Voir aussi
La raison
créatrice, Paris, Kimé, 1996, p.
89-130 : "L'abîme de la raison".
[3] Cf. Angèle
Kremer-Marietti, « La référence
fictionnelle »,
Encyclopédie
philosophique, Paris, PUF, 1998, tome IV.
[4] Cf. Angèle
Kremer-Marietti, "Physique et métaphysique du
rythme comme mimesis", in
Revue Internationale de
Philosophie,
Bergson, Numéro 177,
2/1991, pp. 137-150.
[5] Cf.
La symbolicité,
pp. 168-169.
[6] Cf. C. K. Ogden and I. A.
Richards,
The Meaning of Meaning, London,
Routledge & Kegan Paul, 1923, 1949, p. 11.
[7] Voir Auguste Comte,
Système de politique positive (1851-1854),
1928, édition conforme à celle de juillet
1851, et à celles de 1879 et 1890, Paris,
Librairie Scientifique-Industrielle de L. Mathias, 4
tomes. Sigle SPP. Voir SPP, II, p.145.
[8] Cf. SPP, II,
2, pp.
141-149.
[9] Cf. SPP, II,
2, p.
146.
[10] Cf. SPP, II,
2, p.
141.
[11] Cf. SPP, II,
2, p.
142.
[12] Cf. Karl Marx - Friedrich
Engels,
L'idéologie allemande
(première partie),
Thèses sur
Feuerbach, Classiques du Marxisme, édition
bilingue, Paris, Éditions Sociales, 1972. Voir
p.107-109.
[13] Roger Sperry, prix Nobel de
médecine (1981), « Neurology and the
mind-brain problem », 1952,
American
Scientist, 40, 291-292 ; « The great
cerebral commissure », 1964,
Scientific
American, 210, 42-52 ; « In search
of psyche », in Worden, F. G. Swazey, J. P.
and Adelman, G. (eds),
The Neurosciences : paths
of discovery (Cambridge, Massachusetts, 1975).
[14] Cf. « Forebrain
commissurotomy and conscious awareness »
(1977,
Journal of Medicine and Philosophy, 2,
101-26).
[15] Voir Juan de Mendoza,
Cerveau droit, cerveau gauche, Paris, Flammarion,
1995 .
[16] La détermination
(
Bestimmung) concerne tout existant, cela
étant donné le réalisme empirique
de Kant, que les commentateurs de Kant oublient trop
souvent d’interpréter, et qui implique pour
le connaissant la croyance dans la réalité
de l’objet à connaître (
Kritik der
reinen Vernunft, 1787, 599-601, 633).
[17] Dans la
Critique de la
raison pure (1781, 1787), le concept de
réflexion (
Reflexion ou
Überlegung) renvoie chez Kant à la
prise de conscience de la relation des
représentations aux diverses sources de notre
connaissance, relatives à l’entendement et
à la sensibilité : donc un retour
subjectif sur les modes de notre connaissance ;
voir l’Appendice précédant la
Remarque sur l’amphibolie des concepts de
réflexion,
Kritik der reinen Vernunft,
1787, 316.
Dans la
Critique du jugement (1790) - en
complément de la
teleologia rationis
humanæ annoncée dans l’avant-dernier
chapitre (sur l’architectonique de la raison) de la
Critique de la raison pure - Kant poursuit son
enquête cognitive sur la pensée pensant son
objet ; cf. Angèle Kremer-Marietti,
« Vérité kantienne et science
lacanienne »,
Revue Internationale de
Philosophie, N°180, 1992/1, pp. 6-29.
[18]Cf. Michel Imbert,
« Théorie de la vision
naturelle », in
Sciences de la
cognition, Grands Colloques de Prospectives, 28
janvier 1991, Ministère de la recherche et de la
Technologie, 1991, p. 32.
[19] Cf. Pierre Jacob et Marc
Jeannerod, « Quand voir, c’est
faire », in
Revue Internationale de
Philosophie, N°3/1999, p. 293-319.
[20] Op. cit., p.
302 : La représentation de
l’objet, d’abord codée dans un
référentiel
‘rétinocentré’, doit ensuite
pour assurer son invariance effectue une trransformation
de référentiel, qui sera axé sur
l’axe du corps, pour que le cerveau localise
l’objet par rapport à l’axe du corps,
par exemple en calculant l’écart
approprié pour pincer l’objet entre le
pouce et l’index.
[21] Cf. Noël E. Sharkey, 1989,
Models of Cognition : A Review of Cognitive
Science, Hove (East Sussex, England) Lawrence
Erlbaum Associates.
[22] Sur cette question la
littérature est abondante : Cf. H. Von
Foerster, « Computation in neural
nets », in
Currents in Modern Biology,
vol. 1, North Holland Publishing Company, Amsterdam,
1967, 47-97 ; Humberto Maturana, « The
neurophysiology of cognition », in P. Gurvin
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P. Dumouchel et J.P. Dupuy, Paris : Ed. du Seuil,
1983.
[23] Cf. Philippe Goujon,
« De la biologie à la cognition :
la nouvelle épistémologie de la
cybernétique de second ordre », in
Ludus Vitalis, vol. VII, num. 11, 1999, 57-104.
Voir p. 57.
[24] Cf. Elie Bienenstock, 1991,
« Nouvelles théories sur le
fonctionnement des réseaux
neuronaux », in
Sciences cognitives, p
10-11.
[25] Jean Piaget, 1967,
Biologie
et connaissance, Paris, Gallimard.
[26] Cf. W. C. McCullogh, W.Pitts,
1943, « A logical Calculus of the Ideas
Immanent in Nervous Activity », in
Bulletin of Mathematical Biophysics, 5.
[27] Cf. Jean Piaget (1967), p.
311-312.
[28] Cf. Jean-Yves Pollock, 1997,
Langage et cognition. Introduction au programme
minimaliste de la grammaire
générative, Paris, PUF.
[29] Op. cit.,
Préface, p. XIII.
[30] Robert Nadeau, 1999,
Vocabulaire technique et analytique de
l’épistémologie, Paris, PUF,
p.286.
11.Cf. Noam Chomsky, 1988,
Language and Problems of
Knowledge, the Managa Lectures, Cambridge Mass., MIT,
p. 3.
[31] Op. cit., p. 6.
[32] Op. cit., p. 15.
[33] Op. cit., p.
15-16.
[34] Expression de Humboldt reprise
par Chomsky,
op. cit., Préface, p. XV. Cf.
W. von Humboldt,
Über die Verschiedenheit des
menschlichen Sprachbaues (1836), Bonn, 1960.
[35] Cf. Paul M. Churchland, 1995,
The Engine of Reason, the Seat of the Soul. A
Philosophical Journey into the Brain, Cambridge,
Massachusetts, The MIT Press, p.21.
[36] Noam Chomsky, 1980,
Rules
and Representations, Oxford, Basil Blackwell, p.
220.
[37] Noam Chomsky, 1975,
Reflections on Language, New York, Pantheon
Books, p. 22-23.
[38] Noam Chomsky, 1966,
Cartesian Linguistics, Cambridge, MIT
Press.
[39] Pollock, J.-Y. et Obenauer,
H.-G.1990. « Le programme de recherches en
grammaire générative :
modalité et enjeux,
linguistique et
cognition : réponses à quelques
critiques de la grammaire générative,
Recherches linguistiques de Vincennes, n°19,
7-20.
[40] Cf. J. A. Fodor, 1975.
The
Language of Thought, New York, Cromwell.
[41] Selon l’expression de
Steven Pinker (1994),
L’instinct du l
angage, 1999, Paris, Odile Jacob, p. 21, 213..
[42] Op. cit.. , p.
56-61.
[43] Cf. Jean-Yves Pollock,
Langage et cognition.,
op. cit., chapitres
I, II.
[44] Op. cit.. , p.
14.
[45] Cf. Jerry A. Fodor, 1975,
The Modularity of Mind, London, The MIT Press,
1983 ; id.,
The Language of Thought,
Brighton, The Harvester Press.
[46] Cf. Damasio, A., & Damasio,
A. R., 1989,
Lesion Analysis in Neuropsychology,
New York, Oxford University Press ; Antonio R.
Damasio, 1995,
L’erreur de Descartes. La raison
des émotions 1994), traduit de
l’anglais (Etats-Unis) par Marcel Blanc, Paris,
Éditions Odile Jacob.
[47] Cf. Noam Chomsky, 1988,
Language and Problems of Knowledge, the Managa
Lectures,
op. cit.
[48] Cf. Jean-Pierre Changeux, 1983,
L’homme neuronal, Paris, Fayard, p.
121.
[49] Chomsky, 1975,
Reflections
on Language, p. 22-23.
[50] Théories du langage.
Théories de l’apprentissage, le
débat entre Jean Piaget et Noam Chomsky,
organisé et recueilli par Massimo
Piatteli-Palmarini, traduction des textes anglais par
Yvonne Noizet, Paris, Éditions du Seuil, 1979.
Voir p. 415.
[51] Cf. Pierre Jacob, Jean-Yves
Pollock, « Parlons-nous grâce à un
organe mental ? »,
Critique,
387/388, août-septembre 1979, p. 752-777.
[52] Théories du
langage...,
op. cit., p. 67.
[53] Ibid.
[54] Pinker,
op. cit., p.
262. Voir la description d’une
expérience : lorsque l’enfant entend
des ba ba ba ba ininterrompus, il tête
lentement ; quand on change par des pa pa pa, il
tête plus vigoureusement
[55] Cf. Jean-Yves Pollock,
Langage et cognition.,
op. cit., chapitre
I, p. 4.
[56] Op. cit., p. 12.
[57] Cf. Bernard Laks,
Langage et
cognition, l’approche connexionniste, Paris,
Hermès, 1996.
[58] Op. cit. , p. 60.
[59] Op.cit., p. 33.
.
