DOGMA

Angèle Kremer Marietti

(Groupe d’Études et de Recherches Épistémologiques, Paris)

 

Langage et cognition



Introduction : la distinction objet/inobjet

À travers la distinction objet/inobjet, j’insiste sur le référent fictionnel qui peut être soit celui des arts de la fiction, soit celui de la philosophie. Je souhaite ainsi mieux interroger le problème du langage, abordé aujourd’hui sous deux aspects opposés par les sciences cognitives : soit le computationalisme soit le connexionnime. La philosophie doit réfléchir sur les processus réels du langage et de la cognition sur la base d’une distinction objet/inobjet.

En effet, sur l'objet possible qu'est le personnage de roman, il n'est que de songer à la prolifération des personnages mis en scène par Balzac[1]. On peut classer les personnages du roman balzacien : 1) en personnages fictifs (Rastignac, Rubempré, Molineux) ; 2) en personnages réels (Charlemagne, Lord Byron, Vicq d'Azyr, Madame Récamier). On pourrait même – comme Balzac le suggérait – établir sur leur compte un véritable fichier de police. Peut-être alors aurions-nous la surprise de voir surgir l'objet dont la description balzacienne tient lieu chaque fois de symbole et de substitut. Il faut reconnaître que ni fichier ni dossier ne reconstituerait ce qu'est est véritablement le personnage de Balzac, en fait un inobjet en soi qui, en tant que personnage, ne tient pas dans un seul roman mais déborde amplement hors des limites d'un titre. Les conditions de possibilité, inhérentes au système du roman gèrent la réalité de la fiction balzacienne, parfois plus « vraie » que la perception ordinaire.

Une question se pose au sujet de la condition dernière ou première – selon l'orientation du processus emprunté – et qui donc est là pour conditionner toutes les conditions de possibilité du réel telles que Kant les a mises en évidence. Car ces conditions vont toujours au-delà d'elles-mêmes dans une progression à l'infini. Kant montre que la série des conditions, qui s'enchaînent les unes les autres, pourrait atteindre un point éminent qui n'est autre que ce que j’appelle le ‘référent fictionnel’ propre au texte de la Critique de la raison pure dans sa totalité. Kant, en effet, nous rend à l'évidence de la réalité de ce référent fictionnel qu’est pour lui l'Inconditionnel (das Unbedingte), c'est-à-dire ni plus ni moins à l'évidence de l'absolu auquel invinciblement tendrait la raison pure[2].



1. Le référent fictionnel[3]

L'instance insistante de l'inobjet parfois imposé par la raison a été perçue par Bergson[4], mais certainement pour la dénoncer, car la critique simultanée de la science, de l'entendement et du langage, qui est celle de Bergson, a pour finalité de déstructurer le symbolisme et tous les processus de symbolisation propres à la science, et par là également ceux de l'entendement qui y préside et du langage qui les permet. Au-delà de ces structurations, Bergson table essentiellement sur l'intuition qui nous ouvrirait à l'expérience intégrale, et il espère nous orienter vers l'appréhension qualitative d'une réalité faite toute de scansions, de vibrations et de rythmes.

On pourrait dire que, pour Bergson, le processus créateur est tel que la mimesis n'est autre que le moyen d'atteindre la catharsis : cette dernière serait alors l'accès privilégié au réel. Le déclencheur du processus serait le rythme, propre à nous faire pénétrer dans le réel le plus profond, dont la jouissance absolue[5] serait en dernier ressort le référent fictionnel de toute la philosophie bergsonienne. Le réel n’était pour Bergson qu’un inobjet qu'il se représentait comme parfaitement réalisé grâce à la création artistique.

Comment le Symbole symbolise la pensée ou Référence qui par définition réfère au Référent, c’est ce que montre le fameux triangle de la référence avancé par C. K. Ogden et I. A. Richards [6]. La relation entre le symbole et le référent est souvent indirecte, chaque fois tout au plus imputée. Mais les auteurs n'excluaient pas une relation causale entre le référent et le symbole. Sur la base de ce même schéma, nous pouvons néanmoins décrypter comment, en particulier dans la création romanesque, la référence n'est autre que la représentation de la fiction du référent, celui-ci étant l'objet ou plutôt l’inobjet assigné par l'auteur à l'horizon de son texte. La fiction romanesque est une élaboration symbolisatrice qui tend à faire être un objet imaginaire, à objectiver l'inobjet.

Si un auteur voulait formuler une vérité propre aux sciences humaines, un objet qui concernât véritablement tous les humains, ce qu'ainsi l'écrivant il nommerait, désignerait et interpréterait, serait loin de se tenir dans l'évidence objective s'offrant à l'attention universelle.

Le référent fictionnel peut être un négatif, telle l'utopie dont le rôle positif n'est plus à souligner. Ainsi, l'utopie est bien un référent fictionnel même négatif. Il est, en effet, négateur d'un autre objet, conçu comme réel, qui, celui-là, serait à compenser, ou même à détruire ! Une semblable utopie a été ponctuellement le fait d'Auguste Comte. Songeant avant Nietzche à une « gaie science »[7], Comte s'est réjoui d'imaginer quel serait notre partage si nous vivions dans une société de loisirs dans laquelle ni l'effort dans l'étude ni la lutte pour la vie ne seraient plus nécessaires, et au sein de laquelle les hommes ne seraient plus talonnés par le souci de la subsistance[8], ni par celui d’aucune concurrence, intellectuelle, économique ou sociale. Cet « état fictif »[9] présenté par Comte serait « l'état normal du régime final »[10], c’est-à-dire la « synthèse altruiste »[11], avec une économie des pulsions différente de celle que nous connaissons dans nos sociétés. Dans ce rêve de réconciliation définitive, nos instincts sympathiques prendraient sans entrave leur libre essor harmonieux. Comte va jusqu'à concevoir une société sans division du travail.


Mais, on le sait, une société sans division du travail est explicitement conçue dans l'Idéologie allemande, œuvre dans laquelle Marx et Engels exprimaient la fiction communiste :
« dans la société communiste, où chacun n'a pas une sphère d'activité exclusive, mais peut se perfectionner dans la branche qu'il lui plaît, la société réglemente la production générale, ce qui crée pour moi la possibilité de faire aujourd'hui telle chose, demain telle autre, de chasser le matin, de pêcher l'après-midi, de pratiquer l'élevage le soir, de faire la critique après le repas, selon mon bon plaisir, sans jamais devenir chasseur, pêcheur, ou critique » [12].
Tel est, en tout dernier ressort, le référent fictionnel du texte de Marx !



2. Les deux cerveaux et les deux types de jugement

Qu’un référent fictionnel soit nécessaire au discours philosophique comme au récit fictif, on peut le concevoir. D’un point de vue strictement positiviste, on peut justifier la nécessité matérielle de ce recours en se référant à la définition des deux cerveaux d’après les travaux de Roger Walcott Sperry[13] et surtout à partir des résultats consécutifs à la commissurotomie[14]  : d’un côté, il y a le cerveau gauche analytique et apte à penser selon les normes des scientifiques ; de l’autre, le cerveau droit sensible à la métaphore, à la synthèse, à l’art et à la spiritualité[15].

Lorsqu’elle s’emploie à déterminer exactement et précisément, la raison est à même, par ses méthodes rigoureuses, d’élaborer les concepts les plus stricts de la science moderne et contemporaine ; lorsqu’elle veut réfléchir (s’autodéterminer) et qu’elle n’a pas à faire avec les objets mêmes, elle peut à loisir – selon les règles qu’elle se donnera – imaginer les œuvres et contempler les transcendances. Dans un cas, la raison créatrice produit la connaissance scientifique ; dans l’autre, elle génère croyances, opinions, spéculations et contenus, œuvres ou savoirs culturels de toute sorte : une palette d’affirmations se rend alors possible, allant de l’invraisemblable à l’improbable et de l’improbable au probable jusqu’au vrai pur et simple.

Car cette faculté commune à tous les humains se tient à l’origine aussi bien de la science moderne que de la pensée postmoderne la plus échevelée. Le logos originaire s’est spécialisé, particularisé, diversifié. Il n’aura été « déterminant » que dans la connaissance scientifique proprement dite, aussi complexe soit-elle, sur la base d’une capacité intellectuelle et conceptuelle élaborée et constamment vérifiée par l’expérience qui demeure décisive en matière de connaissance scientifique. Dès lors, une approche demeure essentielle et elle est encore d’actualité : elle peut se faire à partir des deux types de jugement définis par le génie de Kant : 1. le jugement déterminant ; et 2. le jugement réfléchissant.

Le jugement déterminant concerne l’action de connaître  ; or, cette action implique (au moins dans un mouvement régressif) une réalité extérieure bel et bien admise, constatée, établie et appréhendée méthodiquement. Le jugement réfléchissant concerne plus généralement l’action de réfléchir et ne nécessite aucune réalité extérieure adéquate. Et nous aurons alors, avec l’aide systématique de Kant, distingué entre déterminer[16] et réfléchir[17]. Dans les deux cas, le langage exprime ou représente la pensée, mais la cognition relève plus nettement d’un jugement déterminant dans lequel le langage est également cognition.

La réflexion n’implique pas nécessairement que l’objet auquel nous l’appliquons soit inexistant ou infondé, mais il peut l’être ! On peut heureusement réfléchir avec justesse sur les données empiriques. Mais il peut être utile à notre compréhension de classer les travaux intellectuels non nécessairement soumis à la méthode positive comme étant de l’ordre de la réflexion. Pour Kant, la réflexion était le terme le plus élevé des facultés de l’entendement. Lui-même, il pratiquait un jugement que je dirai purement réfléchissant quand il « pensait » que la série des conditions ou des causes, qui s'enchaînent les unes les autres dans l’univers, devait atteindre un point culminant ou éminent : l’Inconditionnel ou l’Absolu. Or, l’objet qu’il « pensait » ainsi n’était autre qu’un référent fictionnel, non un référent objectivement réel.


3. Langage et cognition

3.1. Ce qui est « cognitif »

Nous finissons la troisième décennie de la Science cognitive ; celle-ci concerne des disciplines aussi variées que la linguistique, l’intelligence artificielle, la psychologie cognitive, les neurosciences, et naturellement la philosophie. Est «cognitif » tout processus mental associé, d’une manière générale, à la compréhension, mais encore à la formulation des croyances et à l’acquisition du savoir.


3.2. Les neurosciences et les capteurs sensoriels

Les neurosciences étudient le fonctionnement des capteurs sensoriels. Ainsi, par exemple, on voit[18] avec son cerveau ; c’est une forme d’intelligence, car la vision peut s’apparenter à un véritable raisonnement quand on émet des hypothèses que l’on teste, ou lorsque entre en jeu une interaction appropriée à l’environnement : si, par exemple, on repère dans l’espace des objets menaçants. On a étudié récemment « la transformation visuo-motrice »[19], se situant après la captation de l’image sur la rétine[20]. Et on a ainsi distingué une succession d’étapes anatomiques avec la constatation de modèles corticaux traitant les différentes informations.

Ainsi, la perception n’est pas une simple copie de la réalité, elle ne se produit que comme le résultat d’un grand nombre de calculs effectués par un grand nombre de réseaux, à l’occasion d’une confrontation avec la réalité.

3.3. Les modèles de la cognition

De nombreux modèles de la cognition[21] ont été explicités, allant de la tradition symbolique jusqu’au connexionnisme pur et simple. Ainsi, au point de vue strictement symbolique peut se ramener l’usage quotidien d’expressions anaphoriques, c’est-à-dire répétitives, ou reprenant des termes apparus antérieurement dans le discours. Littré donne l’exemple suivant de cette figure de rhétorique qui a pour finalité d’indiquer l’identité  : «Tendre épouse, c’est toi qu’appelait son amour, Toi qu’il pleurait la nuit, toi qu’il pleurait le jour » (Delille, Géorgiques, livre IV). En fait, ce qui est intéressant, c’est ce que ces expressions répétitives peuvent impliquer pour la théorie des modèles mentaux concernant la compréhension textuelle. Du même type sont les architectures classiques de von Neumann qui sont à la base de modèles de l’intelligence artificielle ; ou encore certains faits psychologiques pouvant orienter vers la saisie de divers modèles particuliers.

Il existe également des modèles qui sont mi-symboliques mi-connexionnistes, mais il en est aussi qui sont totalement connexionnistes.

3.4. Computationalisme et connexionnisme

Le sérialisme ou computationalisme est l’une des théories fondamentales - l’autre étant le parallélisme ou connexionnisme. Cependant, concernant les processus mentaux, on est passé du computationalisme au connexionnisme, et, de nouveau, de ce dernier à un computationalisme supérieur, apte à unifier autant les traitements neuronaux parallèles que les traitements cognitifs sériels.

Il faut dire que le computationalisme est fondé sur l’hypothèse que l’esprit est un ordinateur supérieur qui peut se décrire en termes algorithmiques. Actuellement, ce n’est plus seulement l’esprit qui est interprété comme un ordinateur, mais tout le « vivant » : en effet, il vient de se créer le Biological Computer Laboratory dont le fondateur est H. Von Foester[22] : il permet de calculer, c’est-à-dire de formaliser l’être vivant ; celui-ci apparaît ainsi comme « un computer biologique qui doit calculer pour survivre »[23]. Sur cette base, des mécanismes conçus en tant que circuits logiques pourront réaliser toutes les activités du cerveau : le langage, la perception, la mémoire, l’apprentissage, etc. Quant aux modèles simplement connexionnistes, ils sont inaptes à rendre compte des fonctions cognitives supérieures et, en particulier, à donner une explication du langage [24] ; c’est dans cette finalité que Chomsky a, l’un des premiers, opté pour la théorie computationnelle.


3.5. La connaissance selon Piaget

Très tôt, Piaget avait conçu le projet d’ une « embryologie de la connaissance ». Et, dans son ouvrage de 1967, Biologie et connaissance[25], il est très attentif au réseau logique mis en évidence par McCulloch et Pitts[26], dans lequel il voit la possibilité d’étudier le système nerveux à partir d’un traitement logico-mathématique, ainsi que d’élargir cette approche à l’ensemble de l’organisme. Ce que Piaget comprenait, dans les « idées immanentes au fonctionnement nerveux » de McCullogh et Pitts, c’était le fait d’un mécanisme causal inhérent au fonctionnement du système nerveux[27]. Ainsi, pour Piaget, une connaissance ne se faisait pas sans être assimilée à des structures antérieures et, pour lui, le milieu jouait alors le rôle de déclencheur des « ajustements actifs », et  tels que  « assimilation » et « accommodation ».

4. Le langage selon Chomsky

L’originalité de Chomsky a été de rapporter le langage à un « système de connaissance », lui-même sous-jacent au langage. Par ailleurs, comme il le souligne récemment dans la préface qui ouvre le livre de Jean-Yves Pollock dont l’objet concerne précisément le langage et la cognition[28], il faut dire que « les propriétés principales du langage sont, autant qu’on puisse en juger, exceptionnelles dans le monde biologique »[29].

C’est donc dans le contexte de la révolution cognitive que s’est formée la grammaire générative qui est, je le rappelle,  un ensemble de règles : celles-ci « permettent au locuteur (au sujet parlant) de construire (produire) un nombre infini de nouvelles phrases dans une langue donnée à partir d’un nombre fini de règles »[30].

Dans cet esprit, pour Chomsky, la grammaire d’une langue n’est autre qu’une théorie d’un état du cerveau. On peut donc considérer qu’il existe un état L du langage d’un individu, L est alors une langue intériorisée propre à engendrer une infinité d’expressions, équivalant chacune à un complexe de propriétés.

L’autre originalité de Chomsky a été de poser des questions déterminantes sur le langage relativement au système de cognition, et cela autant dans la tradition philosophique que relativement aux sciences cognitives. Ces questions sont les suivantes :
1) Quel est le système de connaissance ?
2) Comment ce système intervient-il ?
3) Comment ce système est-il fixé de façon à s’utiliser dans le discours ?
4) Quels peuvent être les mécanismes physiques utiles à ce système cognitif et à son usage ?[3]
5) Avec la première question (Quel est le système de connaissance ?) Chomsky dit rejoindre les recherches des XVIIe et XVIIIe siècles au sujet de la grammaire philosophique. La seconde question (Comment ce système intervient-il ?) est une forme du « problème de Platon », en l’occurrence reformulé par Bertrand Russell dans la référence à l’esclave du Ménon. La solution à ce « problème de Platon » n’est autre que la relation de la faculté de langage à l’organisme humain. Et la connaissance ne se confond pas avec la capacité ni avec l’aptitude, ni même l’habitude ou la disposition. La troisième question (Comment ce système est-il fixé de façon à s’utiliser dans le discours ?) de Chomsky se subdivise dans le problème de la perception avec interprétation et dans le problème de la production avec la raison de ce que nous disons – on a alors le « problème de Descartes » –, mettant en avant le caractère innovateur du langage. Là non plus, on ne peut invoquer une quelconque analogie qui opérerait dans l’apprentissage d’une langue. Le « problème de Descartes » est explicité par Chomsky comme étant posé quand on s’interroge sur la façon dont le langage est utilisé dans les cas ordinaires de la créativité quotidienne. Cela revient à se demander quelle peut être la définition du corps : or, si c’est quelque chose qui obéit à la mécanique du choc, il est clair que l’esprit est tout autre, comme le pensait Descartes ; mais la vérité est qu’il n’y a pas aujourd’hui de définition du corps qui soit compatible avec nos connaissances actuelles du monde physique ; en fait, le corps s’intègre à la matière vivante et ce que nous appelons l’esprit en fait aussi partie. Dans cette perspective, l’esprit-cerveau est placé au cœur de la nature, mais surtout il faut remarque que le « cartésianisme » de Chomsky est désubstantialisé. Enfin, la quatrième question (Quels peuvent être les mécanismes physiques utiles à ce système cognitif et à son usage ? ), qui est celle que posent les spécialistes en neurosciences, dépend de la solution apportée aux trois premières[31].

Relativement à la première question sur le « système de connaissance », Chomsky refuse le concept d’usage – en quoi il s’oppose à Wittgenstein – et il refuse également le concept de connaissance se maintenant au-delà de l’usage. Chomsky explique, en effet, quels sont les facteurs selon lesquels l’enfant maîtrise les règles du « système accompli de la connaissance du langage »[32] ; ces facteurs sont les suivants :

1) les principes génétiquement déterminés de la faculté de langage ;
2) les principes généraux des mécanismes d’apprentissage, également génétiquement déterminés ;
3) l’expérience linguistique de l’enfant, développée dans une communauté de langage[33].
On peut dire, en conclusion, que le langage est bien, pour Chomsky, un système cognitif acquis par l’individu, mais en tant qu’un système complexe impliquant à la base des propriétés spécifiques de l’esprit-cerveau humain.



5. Les mécanismes sous-jacents

Les sciences cognitives s’attaquent à l’étude des mécanismes internes sous-tendant la pensée et l’action humaines ; et le langage fait partie de ces mécanismes : il implique selon l’intuition qu’en avait eue Humboldt « l’usage infini d’un ensemble fini de moyens »[34]. D’après les plus récents travaux dont Paul M. Churchland fait état, il est clair que le système du langage ne dispose que d’un répertoire très limité pour exprimer tout ce que le système nerveux a le pouvoir de discriminer et de reconnaître[35]. Ce qui signifie que la pensée déborde largement le langage. Mais il est vrai aussi, comme le montre Chomsky, que le domaine linguistique déborde hors du champ propre au langage pour s‘avérer proprement cognitif sous l’effet d’une naturalisation qui soumet l’analyse du comportement linguistique aux exigences habituelles des sciences expérimentales. Car, comme l’écrit Chomsky, « la grammaire du linguiste est une théorie scientifique, correcte pour autant qu’elle corresponde à la grammaire représentée intérieurement. Exactement, ce qui est signifié par le terme ‘correspond’ dans le cas où l’étude abstraite d’un système physique est une question complexe qui n’est pas unique à cette entreprise »[36]. C’est donc la faculté du langage qui, selon Chomsky, « stimulée de façon appropriée, va construire une grammaire ; le sujet connaît la langue engendrée par la grammaire qui a été construite »[37].

L’innéisme de Chomsky consiste avant tout dans un « rationalisme » – qui, d’ailleurs, n’exclut pas un « empirisme » indispensable à la recherche scientifique – n’attribuant aucune structure intrinsèque à l’environnement. Mais est par lui présentée comme relevant aussi du rationalisme la reconnaissance de ce que le concept de ‘pertinence’ (relevance) joue un rôle essentiel dans la pratique du langage qui cependant ne néglige pas l’importance des facteurs de culture ou d’interactions.

Chomsky[38] prétend ainsi continuer la tradition du XVIIè siècle qui part de la faculté de langage pour éclairer le concept de ‘nature humaine’. Cette forme linguistique du cartésianisme a été vivement attaquée, entre autres par Aarsleff en 1970 ; à ces critiques, Pollock et Obenauer ont répondu[39]. Les anti-chomskiens s’en prennent surtout à l’habillage philosophique de la théorie de Chomsky.

Du point de vue innéiste, Fodor – qui reprend la psychologie des facultés de l’esprit de Gall dans une approche modulaire – a conçu la théorie du « langage mental » ou « mentalais »[40], tandis que Chomsky concevait la théorie de la « grammaire mentale »[41]. Aujourd’hui Steven Pinker n’hésite pas à parler directement d’un « instinct du langage » et surtout à renverser la convention selon laquelle langage et pensée seraient identiques ou encore à prétendre que la pensée serait déterminée par le langage[42]. Jean-Yves Pollock[43], continuant sur la lancée de Chomsky, fait de la linguistique une branche de la psychologie cognitive qui traite de la faculté de langage. Ainsi les propriétés générales du langage sont-elles comprises comme formant la « grammaire universelle »[44].

Deux positions théoriques opposées peuvent se présenter à partir de l’innéisme : soit le fonctionnalisme, soit une position neurobiologique. Le fonctionnalisme est la conception selon laquelle la réalisation physique d’un composant fonctionnel ne constitue pas son essence mais se caractérise d’après son rôle et sa relation aux autres composants. Le fonctionnalisme est représenté par Fodor[45] qui, tout en défendant une théorie des localisations cérébrales, ne reconnaît aux processus mentaux qu’une existence relationnelle et symbolique.

La position neurobiologique est défendue, entre autres, par Damasio[46] qui, dans les processus, souligne l’existence de caractères directement rattachés au substrat biologique, étant donné les observations qu’il a faites à partir de patients dont le cerveau avait subi une lésion et grâce auxquels il apparaît clairement que des mécanismes neuraux sous-tendent la faculté de raisonnement : émotion et raison n’étant pas séparées, pas plus que le corps et l’esprit.

Quant à l’attitude biologique innéiste de Chomsky en matière de cognition et de langage[47], elle va de pair avec la théorie computationnelle – d’ailleurs, tout comme celle de Piaget qui se fondait cependant sur une psychologie constructiviste. Ainsi, le langage que Chomsky étudie a pour caractéristique une propriété du jeu combinatoire (ou encore de compositionalité), qui est confirmée à tous les niveaux (phonétique, phonologique, syntaxique, sémantique et pragmatique) : ce qui veut dire que le principe de compositionalité commande que les représentations atomiques contribuent à l’identique dans chacun des contextes où elles apparaissent.

6. Les fonctions cognitives supérieures

Les événements cérébraux concernant les fonctions cognitives supérieures n’ont pu encore être saisis par des outils appropriés : c’est à ces fonctions que s’adresse la position de Fodor. Toutefois, on a pu déjà constater dans le cortex plusieurs niveaux d’organisation. Ainsi, Jean-Pierre Changeux[48] a repéré trois stages qu’il assimile aux trois étapes conçues par Kant pour figurer le processus de la connaissance : 1. la construction des images externes ; 2. la transformation des images externes en concepts ; 3. l’intégration de ces concepts dans des abstractions plus élevées. Mais, avec la question du langage, s’il s’agit encore de trancher sur la relation entre les mécanismes neurophysiologiques et les mécanismes représentationnels de haut niveau, une autre question s’impose : celle de la réalité du « langage interne » lié à la faculté de langage, puisque la faculté de langage construit une grammaire que le sujet connaît et utilise « pour produire du discours comme expression de la pensée, dans les limites imposées par les principes intériorisés, et de manière appropriée aux situations telles qu’elles sont conçues par d’autres facultés mentales, indépendamment du contrôle des stimuli »[49].


6.1. Les représentations mentales

La machine cérébrale construit des représentations mentales qui représentent le monde qui l’entoure. Le même individu produit et combine des objets mentaux qu’il mémorise et communique à d’autres individus ; la production et la combinaison des objets mentaux dépend d’une capacité caractérisée dans l’espèce humaine par un déploiement remarquable. Les objets mentaux sont extériorisés sous forme d’objets culturels à travers la création des institutions sociales. Et si l’on considère une langue définie, établie comme institution sociale, en sont exclus certains phonèmes qui auraient été par ailleurs possibles ; dès lors, au cours de l’apprentissage progressif du langage et précisément au cours de l’acquisition d’une langue déterminée, on peut constater, chez l’enfant qui apprend une langue, une restriction des capacités perceptives relatives aux sonorités de certains phonèmes qui sont exclus par cette langue. On peut parler alors d’un phénomène de stabilisation sélective, qui est le double effet de la culture et de la nature.

6.2. La controverse Piaget/Chomsky

Je ne ferai qu’évoquer la controverse Piaget/Chomsky, datant de 1975 ; elle avait pour objet l’apprentissage et le langage. Il s’agit, en fait, de l’opposition entre le constructivisme de Piaget et l’innéisme de Chomsky. Comme l’écrit Putnam, qui ne reconnaissait de bons arguments à aucun des deux, la conclusion s’impose  : « il est quasi certain qu’il y a un fond de vérité dans ce que dit chacun d’eux »[50]. Alors que Chomsky présuppose chez l’être humain un noyau fixe inné, Piaget proposait plutôt une fixité construite, mais sa proposition resta sans succès aux yeux de Chomsky.

6.3. L’innéisme de Chomsky et ses hypothèses auxiliaires

Pour consolider son innéisme, les hypothèses auxiliaires de Chomsky sont nombreuses[51] ; ce sont : 1. la nature du corpus linguistique initial ; 2. la conception de la grammaire comme d’un modèle de compétence pour les locuteurs ; 3. l’hypothèse selon laquelle c’est l’évolution de l’espèce humaine qui produit les universaux linguistiques ; enfin 4. la contribution de l’environnement, qui était pour Chomsky un facteur uniquement concomitant, c’est-à-dire nullement causal. Les structures cognitives – et le langage humain en est une – doivent, pour Chomsky, être traitées de la même manière que les structures organiques[52], c’est-à-dire, en ce qui concerne le langage dans : 1.  ses caractéristiques chez tel individu ; 2. ses propriétés générales ; 3. sa place dans le système de structure ; 4. son développement chez le même individu ; 5. également dans ce qui fonde génétiquement ce développement ; 6. enfin, dans son origine à partir de certains facteurs au cours de l’évolution[53].

6.4. Une introduction au programme minimaliste de la grammaire générative

Un programme minimaliste de la grammaire générative est proposé par Jean-Yves Pollock sous le titre général de Langage et cognition. Depuis plus de quarante ans, la grammaire générative a élaboré de nouveaux modèles de « langue interne », celle-ci se distingue des « langues externes » (entités historiques, politiques, religieuses). Une langue interne n’est pas l’effet d’un apprentissage (avec répétitions, mémorisations, etc.) – évidemment, sauf en ce qui concerne l’association des formes phonétique et phonologique aux concepts et notions : il s’agit là de l’arbitraire du signe saussurien, également sauf en ce qui concerne les irrégularités morphologiques des verbes français. Toutes les langues se caractérisent par un apprentissage naturel, sans effort et inconsciemment. La langue interne se manifeste chez l’enfant vers dix-huit mois quand il dit : « tout cassé », « maman partie », etc., puisque, comme l’écrit par ailleurs Pinker, « Tous les nouveaux-nés viennent au monde avec des compétences linguistiques »[54]. C’est ensuite que vient l’explosion grammaticale.

Pollock affirme que, depuis quarante ans, la grammaire générative a pour objet l’étude de la langue interne (LI). Il pose alors les quatre questions fondamentales qui furent posées par Chomsky (1988) :
1. Comment caractériser la langue interne ?
2. Comment la langue interne se développe-t-elle ?
3. Comment la langue interne œuvre-t-elle dans la performance des locuteurs ? 4. Quels sont les mécanismes physiques et neurologiques sur lesquels repose le langue interne ?

Avec les réponses à la première question (Comment caractériser la langue interne ?), on obtiendra « des modèles abstraits de réalités psychologiques et biologiques auxquelles le linguiste n’a pas accès directement »[55]. Répondant à la deuxième question (Comment la langue interne se développe-t-elle ?), il rappelle qu’il existe « un savoir linguistique sans réel antécédent factuel »[56] : il s’agit donc d’un savoir sans apprentissage, sauf pour certains aspects de LI.

À propos de la première question (Comment caractériser la langue interne ?), Pollock fait remarquer que la langue interne est d’une grande complexité : elle définit un ensemble d’opérations possibles sur les structures syntaxiques ; par exemple, à partir de cette phrase toute simple : Marie frappera l’homme avec un parapluie, on pourra comprendre soit :

1) C’est l’homme que Marie frappera avec un parapluie,
2) C’est l’homme avec un parapluie que Marie frappera.

On peut donc noter l’ambiguïté syntaxique de la phrase entière Marie frappera l’homme avec un parapluie, qui est déjà un constituant. Cette phrase est elle-même faite de ‘constituants’ qu’on peut analyser : d’abord, le constituant Marie ; il y a ensuite le constituant l’homme avec un parapluie ; ou encore, d’une part, le constituant l’homme, et, d’autre part, le constituant avec un parapluie. Marie et l’homme sont des constituants de même type ; de même Marie et l’homme avec un parapluie. Dans le constituant l’homme avec un parapluie, la suite avec un parapluie forme un sous-constituant. Le sous-constituant avec un parapluie est de même type, par exemple, que contre le mur dans la phrase Marie posera le livre contre le mur, ou encore que avec un parapluie compris comme un circonstanciel de moyen.
Les phrases structuralement ambiguës sont fort nombreuses ; par exemple : Pierre a dessiné la femme au crayon ; Jean a rendu la voiture propre ; À qui as-tu dit que Marie téléphonerait ? ; Une femme avec trois enfants aux cheveux blonds ; Pierre a fait endosser un chèque à Marie ; Pierre a parlé de ses frasques à Marie.
À partir de la phrase Marie frappera l’homme avec un parapluie, Pollock va mettre en place un modèle représentationnel et un modèle computationnel ; or c’est cela même qui a été fait pour d’autres facultés cognitives, par exemple pour la vision. On voit donc déjà l’importance de la grammaire générative pour le développement des théories computationnelles dans les sciences cognitives.


7. Bernard Laks et la conception connexionniste du langage

Alors que pour Chomsky le langage n’est pas essentiellement destiné à la communication mais à l’expression de la pensée, pour Laks[57] il est surtout un agent de communication. L’approche connexionniste de Laks ne rejette pas nécessairement les acquis de la grammaire générative, mais adopte une position alternative à trois niveaux : symbolique, subsymbolique et physique. Présentant le modèle cognitiviste classique (computationaliste) pour lequel l’esprit est une machine manipulant des ensembles complexes de symboles, tandis que le paradigme connexionniste (ou subsymbolique) serait plus physicaliste, enraciné dans la cybernétique et les travaux de McCullogh et Pitts, Bernard Laks critique l’expulsion du sens qui est l’effet de la première approche. Au lieu des notions de calcul symbolique, ce sur quoi le connexionnisme met l’accent, à travers la considération de l’émergence qui fonde « la notion d’interprétabilité entre niveau subsymbolique et niveau conceptuel »[58], ce sont « les notions d’équilibre, de comportement probabiliste, d’ajustement et d’effet statistique global »[59]. A la stratégie descendante du cognitiviste s’est substituée la stratégie ascendante du connexionnisme.

Au centre du débat entre les deux approches se tient la question des niveaux : le cognitivisme favorise le niveau symbolique, car « le niveau computationnel est un niveau conceptuel », certes avec des états mentaux représentationnels entre lesquels la transition emploie un langage formel, celui que Fodor appelle « langage mental ». C’est donc la syntaxe des langages formels qui régit les processus cognitifs. Le connexionnisme traduit cette structure en termes de réseaux, réunissant les deux démarches descendante et ascendante, car les descriptions formelles des phénomènes à expliquer sont nécessaires ; ce qui entraîne trois niveaux pour le point de vue connexionniste :
1. un niveau conceptuel qui permet la description analytique systématique   ;
2. un niveau subsymbolique, propre au connexionnisme, qui permet des explications causales sous forme de modélisations neuromimétiques ;
3. un niveau physique neuronal, architecturé selon différents niveaux d’organisation et imposant une contrainte aux descriptions de niveaux supérieurs.

Si les travaux de Chomsky servent de base à ce connexionnisme dit « implementationnel », ce sont les travaux de Piaget qui réapparaissent dans le fond de cette position qui articule son mode propre d’explication aux théories constructionnistes de Piaget, de Lakoff et de Langacker. Au lieu de l’innéisme, Laks professe une conception évolutionniste néodarwinienne à partir de laquelle intervient l’émergence de représentations. Contrairement à la théorie de la grammaire générative, Laks considère que l’apprentissage joue un rôle et que les catégories grammaticales ne sont pas prédéfinies. La perspective qu’il a du sens et de la communication est pragmatique et constructionniste : ce qui, d’ailleurs, n’exclut pas, chez Lakoff et Langacker, une approche phénoménologique. Enfin, la règle et le lexique ne sont pas davantage des réalités mentales, mais l’effet de produits d’interactions sociales.

Conclusion

Les deux positions ne s’excluent donc pas totalement dans la seconde ; mais celle de la grammaire générative, plus rigoureuse, parce qu’elle est plus formaliste, se rapproche davantage de la formulation scientifique, déterminante, tandis que je verrais dans la seconde une position plus réfléchissante. L’avenir des recherches dissipera-t-il cette ambiguïté ? Il est clair qu’une philosophie purement réfléchissante ne peut guère décider en la matière sinon arbitrairement.


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[1] Cf. Jean Paris, Balzac, Paris, Balland, coll. Phares, 1986.
[2] Cf. Angèle Kremer-Marietti, La symbolicité, Paris, P.U.F., 1982. Voir p. 77. Voir aussi La raison créatrice, Paris, Kimé, 1996, p. 89-130 : "L'abîme de la raison".
[3] Cf. Angèle Kremer-Marietti, « La référence fictionnelle », Encyclopédie philosophique, Paris, PUF, 1998, tome IV.
[4] Cf. Angèle Kremer-Marietti, "Physique et métaphysique du rythme comme mimesis", in Revue Internationale de Philosophie, Bergson, Numéro 177, 2/1991, pp. 137-150.
[5] Cf. La symbolicité, pp. 168-169.
[6] Cf. C. K. Ogden and I. A. Richards, The Meaning of Meaning, London, Routledge & Kegan Paul, 1923, 1949, p. 11.
[7] Voir Auguste Comte, Système de politique positive (1851-1854), 1928, édition conforme à celle de juillet 1851, et à celles de 1879 et 1890, Paris, Librairie Scientifique-Industrielle de L. Mathias, 4 tomes. Sigle SPP. Voir SPP, II, p.145.
[8] Cf. SPP, II, 2, pp. 141-149.
[9] Cf. SPP, II, 2, p. 146.
[10] Cf. SPP, II, 2, p. 141.
[11] Cf. SPP, II, 2, p. 142.
[12] Cf. Karl Marx - Friedrich Engels, L'idéologie allemande (première partie), Thèses sur Feuerbach, Classiques du Marxisme, édition bilingue, Paris, Éditions Sociales, 1972. Voir p.107-109.
[13] Roger Sperry, prix Nobel de médecine (1981), « Neurology and the mind-brain problem », 1952, American Scientist, 40, 291-292 ; « The great cerebral commissure », 1964, Scientific American, 210, 42-52 ; « In search of psyche », in Worden, F. G. Swazey, J. P. and Adelman, G. (eds), The Neurosciences : paths of discovery (Cambridge, Massachusetts, 1975).
[14] Cf. « Forebrain commissurotomy and conscious awareness » (1977, Journal of Medicine and Philosophy, 2, 101-26).
[15] Voir Juan de Mendoza, Cerveau droit, cerveau gauche, Paris, Flammarion, 1995 .
[16] La détermination (Bestimmung) concerne tout existant, cela étant donné le réalisme empirique de Kant, que les commentateurs de Kant oublient trop souvent d’interpréter, et qui implique pour le connaissant la croyance dans la réalité de l’objet à connaître (Kritik der reinen Vernunft, 1787, 599-601, 633).
[17] Dans la Critique de la raison pure (1781, 1787), le concept de réflexion (Reflexion ou Überlegung) renvoie chez Kant à la prise de conscience de la relation des représentations aux diverses sources de notre connaissance, relatives à l’entendement et à la sensibilité : donc un retour subjectif sur les modes de notre connaissance ; voir l’Appendice précédant la Remarque sur l’amphibolie des concepts de réflexion, Kritik der reinen Vernunft, 1787, 316.
Dans la Critique du jugement (1790) - en complément de la teleologia rationis humanæ annoncée dans l’avant-dernier chapitre (sur l’architectonique de la raison) de la Critique de la raison pure - Kant poursuit son enquête cognitive sur la pensée pensant son objet ; cf. Angèle Kremer-Marietti, « Vérité kantienne et science lacanienne », Revue Internationale de Philosophie, N°180, 1992/1, pp. 6-29.
[18]Cf. Michel Imbert, « Théorie de la vision naturelle », in Sciences de la cognition, Grands Colloques de Prospectives, 28 janvier 1991, Ministère de la recherche et de la Technologie, 1991, p. 32.
[19] Cf. Pierre Jacob et Marc Jeannerod, « Quand voir, c’est faire », in Revue Internationale de Philosophie, N°3/1999, p. 293-319.
[20] Op. cit., p. 302 :  La représentation de l’objet, d’abord codée dans un référentiel ‘rétinocentré’, doit ensuite pour assurer son invariance effectue une trransformation de référentiel, qui sera axé sur l’axe du corps, pour que le cerveau localise l’objet par rapport à l’axe du corps, par exemple en calculant l’écart approprié pour pincer l’objet entre le pouce et l’index.
[21] Cf. Noël E. Sharkey, 1989, Models of Cognition : A Review of Cognitive Science, Hove (East Sussex, England) Lawrence Erlbaum Associates.
[22] Sur cette question la littérature est abondante : Cf. H. Von Foerster, « Computation in neural nets », in Currents in Modern Biology, vol. 1, North Holland Publishing Company, Amsterdam, 1967, 47-97 ; Humberto Maturana, « The neurophysiology of cognition », in P. Gurvin (ed.), Cognition : a multiple view, New York : Spartan Books, 1970 ; Paul E. Weston and H. Von Foerster, « Artificial intelligence and machines that understand », in Annual Review of Physical Chemistry, vol. 24, 1973, 353-378 ; H. Von Foerster, « On constructing a reality », in Environnemental Design Research, vol. 2, Strousbourg, 1973 ; H. Von Foerster, « Notes pour une épistémologie des objets vivants », in L’unité de l’homme – le cerveau humain, essais et discussions présentés par A. Bejin, Centre de Royaumont, pour une science de l’homme, Paris : Ed. du Seuil, 1974 ; H. Atlan, Entre le cristal et la fumée (esai sur l »organistion du vivant), Paris : Ed. du Seuil, 1979 ; H. Maturana et F. Varela, Autopoiesis and cognition : the realization of the living, Boston Studies in the Philosophy of Science, t. 41, Boston : 1980, D. Reidel ; F. Varela, H Maturana, R. Uribe, « Autopoiesis : the organization of living systems, its characterization and a model », in Biosystem, 5 , 1984, 187-196 ; F. Varela, Autonomie et connaissance (essai sur le vivan), Paris : Ed. du Seuil, 1989 ; L’auto-organisation de la physique au politique, Colloque de cerisy, sous la direction de P. Dumouchel et J.P. Dupuy, Paris : Ed. du Seuil, 1983.
[23] Cf. Philippe Goujon, « De la biologie à la cognition : la nouvelle épistémologie de la cybernétique de second ordre », in Ludus Vitalis, vol. VII, num. 11, 1999, 57-104. Voir p. 57.
[24] Cf. Elie Bienenstock, 1991, « Nouvelles théories sur le fonctionnement des réseaux neuronaux », in Sciences cognitives, p 10-11.
[25] Jean Piaget, 1967, Biologie et connaissance, Paris, Gallimard.
[26] Cf. W. C. McCullogh, W.Pitts, 1943, « A logical Calculus of the Ideas Immanent in Nervous Activity », in Bulletin of Mathematical Biophysics, 5.
[27] Cf. Jean Piaget (1967), p. 311-312.
[28] Cf. Jean-Yves Pollock, 1997, Langage et cognition. Introduction au programme minimaliste de la grammaire générative, Paris, PUF.
[29] Op. cit., Préface, p. XIII.
[30] Robert Nadeau, 1999, Vocabulaire technique et analytique de l’épistémologie, Paris, PUF, p.286.
11.Cf. Noam Chomsky, 1988, Language and Problems of Knowledge, the Managa Lectures, Cambridge Mass., MIT, p. 3.
[31] Op. cit., p. 6.
[32] Op. cit., p. 15.
[33] Op. cit., p. 15-16.
[34] Expression de Humboldt reprise par Chomsky, op. cit., Préface, p. XV. Cf. W. von Humboldt, Über die Verschiedenheit des menschlichen Sprachbaues (1836), Bonn, 1960.
[35] Cf. Paul M. Churchland, 1995, The Engine of Reason, the Seat of the Soul. A Philosophical Journey into the Brain, Cambridge, Massachusetts, The MIT Press, p.21.
[36] Noam Chomsky, 1980, Rules and Representations, Oxford, Basil Blackwell, p. 220.
[37] Noam Chomsky, 1975, Reflections on Language, New York, Pantheon Books, p. 22-23.
[38] Noam Chomsky, 1966, Cartesian Linguistics, Cambridge, MIT Press.
[39] Pollock, J.-Y. et Obenauer, H.-G.1990. « Le programme de recherches en grammaire générative : modalité et enjeux, linguistique et cognition : réponses à quelques critiques de la grammaire générative, Recherches linguistiques de Vincennes, n°19, 7-20.
[40] Cf. J. A. Fodor, 1975. The Language of Thought, New York, Cromwell.
[41] Selon l’expression de Steven Pinker (1994), L’instinct du l angage, 1999, Paris, Odile Jacob, p. 21, 213..
[42] Op. cit.. , p. 56-61.
[43] Cf. Jean-Yves Pollock, Langage et cognition., op. cit., chapitres I, II.
[44] Op. cit.. , p. 14.
[45] Cf. Jerry A. Fodor, 1975, The Modularity of Mind, London, The MIT Press, 1983 ; id., The Language of Thought, Brighton, The Harvester Press.
[46] Cf. Damasio, A., & Damasio, A. R., 1989, Lesion Analysis in Neuropsychology, New York, Oxford University Press ; Antonio R. Damasio, 1995, L’erreur de Descartes. La raison des émotions 1994), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marcel Blanc, Paris, Éditions Odile Jacob.
[47] Cf. Noam Chomsky, 1988, Language and Problems of Knowledge, the Managa Lectures, op. cit.
[48] Cf. Jean-Pierre Changeux, 1983, L’homme neuronal, Paris, Fayard, p. 121.
[49] Chomsky, 1975, Reflections on Language, p. 22-23.
[50] Théories du langage. Théories de l’apprentissage, le débat entre Jean Piaget et Noam Chomsky, organisé et recueilli par Massimo Piatteli-Palmarini, traduction des textes anglais par Yvonne Noizet, Paris, Éditions du Seuil, 1979. Voir p. 415.
[51] Cf. Pierre Jacob, Jean-Yves Pollock, « Parlons-nous grâce à un organe mental ? », Critique, 387/388, août-septembre 1979, p. 752-777.
[52] Théories du langage..., op. cit., p. 67.
[53] Ibid.
[54] Pinker, op. cit., p. 262. Voir la description d’une expérience : lorsque l’enfant entend des ba ba ba ba ininterrompus, il tête lentement ; quand on change par des pa pa pa, il tête plus vigoureusement
[55] Cf. Jean-Yves Pollock, Langage et cognition., op. cit., chapitre I, p. 4.
[56] Op. cit., p. 12.
[57] Cf. Bernard Laks, Langage et cognition, l’approche connexionniste, Paris, Hermès, 1996.
[58] Op. cit. , p. 60.
[59] Op.cit., p. 33..

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